1986 - THE GATE

de Tibor Takacs (Canada/USA)
Avec Stephen Dorff, Christa Denton, Louis Tripp, Kelly Rowan, Jennifer Irwin, Deborah Grover, Scot Denton 

A peine arrivé à Los Angeles, le réalisateur roumain Tibor Takacs s’est retrouvé aux commandes de The Gate, dont le postulat de départ s'avère être très inspiré de H.P. Lovecraft, à mi-chemin entre « La Couleur Tombée du Ciel » et le mythe de Cthulhu et des Grands Anciens. La foudre s’abat sur une petite ville des Etats-Unis, et dévoile une cavité étrange dans le jardin du jeune Glen (Stephen Dorff). Aidé de son ami Terry (Louis Tripp), Glen entreprend d’élargir le trou. Le sang de ce dernier, blessé au doigt, coule sur le sol. Il suffit alors d’une formule magique pour que les deux garçons libèrent malgré eux des forces maléfiques…

Armé de moins d’un million de dollars de budget, Takacs réussit bien des fois à créer une atmosphère insolite, avec un rythme languide et d’inquiétantes images récurrentes comme la fissure dans le sol ou l’ombre des insectes qui se détache sur les murs nocturnes. Quant aux effets visuels de Randy Cook, qui interviennent au bout de trois quarts d’heure de métrage, ils provoquent une surprise permanente dans la mesure où ils sont souvent indécryptables et parfois complètement inédits. Par une combinaison savante de maquillages spéciaux, de perspectives forcées, d’animation image par image et d’effets optiques divers, des démons miniatures s’agitent en tous sens, un bras coupé se mue en serpents gigotants qui se faufilent sous une porte, un titan à la morphologie bestiale et composite jaillit hors d’un plancher… Bref, c’est un festival de visions incroyables, fruit de techniques diablement inventives.

« Dans le scénario, le Seigneur des Démons était décrit comme un grand homme dans un costume de monstre, pourchassant les enfants dans la maison », raconte Randy Cook. « Je l'ai transformé en horreur gigantesque munie de plusieurs bras tentaculaires surgissant du centre de la terre, et ce changement d'apparence a dicté une approche différente : l’emploi d’une figurine d’animation à la Ray Harryhausen. » (1) Autre contribution de Cook au scénario : le mort-vivant qui surgit derrière un mur et s’écroule au sol avant que son corps ne se transforme en une nuée de monstres minuscules. « Ce plan a pratiquement été réalisé en direct sur le plateau », explique-t-il. « Le scénariste Michael Nankin avait écrit que le Démon s'éventrait lui-même, et que les démons se ruaient de l'intérieur de son corps. Je trouvais que l'homme tombant au sol et se démultipliant serait une surprise plus intéressante, une espèce de gag à la Tex Avery. » (2)

Pourquoi donc, avec tant d’atouts, The Gate ne parvient-il jamais à décoller ? Probablement à cause d’un scénario très évasif qui piétine, fixe ses propres limites et se perd dans la puérilité et l’incohérence. Comment croire une seconde à cette incantation trouvée sur un disque de hard rock ou à ces fusées de carnaval qui permettent de se débarrasser des démons ? Les jeunes héros du film étant par ailleurs assez insipides, le processus d’identification est exclu. Toutes les bonnes idées et les prouesses visuelles du film se perdent donc dans un tissus d’invraisemblances, mais on peut imaginer qu’en présence d’un scénario digne de ce nom, Tibor Takacs et Randy Cook auraient pu faire des merveilles. Les deux hommes se retrouveront d'ailleurs à l'occasion de Lectures Diaboliques, qui remportera en 1990 le grand prix du festival d'Avoriaz.

(1) et (2) : Propos recueillis par votre serviteur en mai 1999.

© Gilles Penso

BONUS : Un poster alternatif