1988 - LE DEMON D'HALLOWEEN

(Pumpkinhead)
de Stan Winston (Etats-Unis)
avec Lance Henriksen, Jeff East, Kimberly Ross, John d’Aquino, Joel Hoffman, Cynthia Bain, Kerry Remsen, Florence Schauffler 

Pour son premier film en tant que réalisateur, l’as des effets spéciaux Stan Winston puise son inspiration dans un poème d’Ed Justin et en tire un scénario qu’il co-écrit avec Mark Patrick Carducci, Richard Weinman et Gary Gerani. Au fin fond de l’Amérique profonde, le fermier Ed Harley (Lance Henriksen) tient une petite épicerie avec son jeune fils Billy (Matthew Hurley). Bientôt débarque la traditionnelle bande de jeunes écervelés, qui ont hâte de faire crisser les pneus de leurs motos dans la montagne. Deux d’entre eux se lancent dans une course pétaradante et Billy est renversé par accident, succombant vite à ses blessures. 

Fou de douleur, Ed se met en quête de la vieille Haggis (Florence Shauffler), une femme qui vit dans une cabane sinistre au sommet de la montagne et possède selon la rumeur des dons de guérisseuse. « Je n’ai pas le pouvoir de ressusciter les morts », lui dit-elle d’emblée. En revanche, elle peut lui permettre de se venger. Suivant ses instructions, Ed se rend dans un cimetière abandonné, déterre un cadavre desséché et le lui ramène. « Pour chacun des maux de l’homme, il y a un démon particulier », explique Haggis. « Celui-là, c’est la vengeance. La vengeance cruelle, sournoise, pure comme le venin ». Elle entaille la main d’Ed et Billy, fait couler leur sang sur le cadavre. Aussitôt, Pumpkinhead revient à la vie. Haut de près de trois mètres, le crâne hypertrophié, les doigts griffus et les os saillants, c’est un monstre superbe, entré au pantéhon des créatures légendaires du cinéma d’horreur. 

Sa morphologie possède bien des points communs avec le prédateur d’Alien, et Stan Winston, qui fut à la bonne école, le filme  de manière fort similaire, fractionnant par le cadrage le dévoilement de son anatomie et le plongeant dans une pénombre constante. La mise en scène de Pumpkinhead s’avère ainsi très soignée. La tension est vraiment palpable dans la première moitié du film, celle qui raconte les prémisses de l’accident et ses conséquences immédiates. On constate du coup un décalage entre le traitement formel du film, typique des années 80 (lumières colorées peu réalistes, fumigènes à outrance, musique synthétique), et le réalisme avec lequel sont traitées les situations et les réactions des personnages. 

Hélas, dès que le monstre paraît et entame sa quête vengeresse, les lieux communs prennent le relais. Les protagonistes ne sont plus dès lors que de la chair à saucisse qui hurle et court en tout sens, sous les assauts répétés du croquemitaine sournois. L’originalité est alors à chercher du côté du personnage incarné par Lance Henriksen, qui regrette très vite d’avoir sollicité ce démon. Dévoré par les remords, il se tourne contre lui, tel un capitaine Achab, et n’a plus qu’une idée en tête : le détruire. « Je vais le renvoyer à l’Enfer d’où il vient », lance-t-il, un lance-flammes à la main. C’est là une belle métaphore de l’homme luttant contre ses propres désirs de vengeance. Pumpkinhead se clôt sur un climax déchirant, proche de celui de La Mouche et sur un bel épilogue qui annonce une suite possible. Il y en aura trois, respectivement réalisées par Jeff Burr en 1994, Jake West en 2006 et Michael Hurst en 2007.

© Gilles Penso