1994 - LA CITÉ DE LA PEUR

de Alain Berbérian (France)
Avec Alain Chabat, Chantal Lauby, Dominique Farrugia, Gérard Darmon, Sam Karman, Valérie Lemercier 

Pendant le festival de Cannes, Odile Deray (Chantal Lauby), petite attachée de presse de cinéma, essaie de faire parler de son film « Red is Dead », une série Z d'horreur navrante de médiocrité. Soudain, un tueur se met à commettre des meurtres de la même manière que dans « Red is Dead ». Opportuniste, Odile fait immédiatement venir à Cannes Simon Jérémi (Dominique Farrugia), l'acteur principal de « Red is Dead », histoire de profiter de cette publicité inespérée. Pour le protéger - et surtout pour la frime - elle engage un garde du corps, Serge Karamazov (Alain Chabat). Mais les meurtres continuent inlassablement, frappant un à un tous les projectionnistes qui osent toucher aux bobines du film maudit… 

L'idée d'un tueur psychopathe en plein Festival de Cannes est excellente, même si elle est était déjà présente dix ans plus tôt dans Les Frénétiques. Mais plutôt que reprendre à son compte l’humour noir et désespéré présent dans l’œuvre de David Wickes, « Le Film de Les Nuls » se réclame de la parodie pure et dure, genre comique peu pratiqué en France. Il faut dire qu’Alain Chabat, Dominique Farrugia et Chantal Lauby puisent directement leur inspiration chez David Zucker, Jim Abrahams et Jerry Zucker, trio impayable à qui le film semble presque dédié. Cela surprend peu, dans la mesure où leurs sketches télévisés étaient déjà très influencés par les ZAZ, ainsi que par les délires absurdes des Monty Pythons. « Ce qui est très agaçant avec les Monty Pythons, c’est qu’ils ont tout inventé trente-cinq ans avant tout le monde », raconte Chabat. « On a beau écrire des comédies, il est sacrément difficile d’être aussi inventif qu’eux. Si on revoit aujourd’hui le Monty Python’s Flying Circus, c’est toujours aussi fort. » (1) 

Après la télé et la radio, les Nuls franchissent sans mal le cap du grand écran, en particulier grâce à leur réalisateur Alain Berbérian qui a concocté un film techniquement très maîtrisé, lequel se paie le luxe du Dolby SR et du format Cinémascope. « On était entre copains, avec Alain Berbérian qui travaillait avec nous depuis longtemps, donc on était très détendus », confesse Chabat. « On était en famille. » (2) Évidemment, cette histoire de tueur fou n'est qu'un prétexte pour les gags divers, les apparitions de guest stars dans le rôle des projectionnistes assassinés (Jean-Pierre Bacri, Eddy Mitchell, Tchecky Karyo), et quelques savoureuses parodies, en particulier Basic Instinct, Les Incorruptibles, Terminator, Pretty Woman, et tous les sous Vendredi 13. Gérard Darmon se met au diapason des Nuls avec beaucoup de bonheur. 

Il faut dire qu'il avait déjà goûté à leur délire au cours d'un de leurs shows live sur Canal Plus "Les Nuls l'émission". Dommage en revanche que Valérie Lemercier, au lendemain des Visiteurs, soit si sous-exploitée. On peut aussi regretter que certains gags traînent un peu en longueur pour tomber finalement à plat (comme le baiser de Lauby et Darmon, ou l’interminable saut de Chabat en pleine course-poursuite). Quoiqu'il en soit, ce coup d'essai se muera en film culte pour toute une génération de spectateurs et mettra le pied à l’étrier d’Alain Chabat. Quelques années plus tard, ce dernier fera ainsi ses débuts de metteur en scène avec Didier

(1) et (2) Propos recueillis par votre serviteur en janvier 2007.

© Gilles Penso
Thema: Cinéma, TUEURS