mercredi 15 août 2018

Théma FANTÔMES


« Je ne crois pas aux fantômes, mais j’en ai peur. »
Madame du Deffand

INDEX DES FILMS CHRONIQUÉS :
1947: L'Aventure de Madame Muir de Joseph L. Mankiewicz
1959: La Nuit de tous les Mystères de William Castle
1960: La Chute de la Maison Usher de Roger Corman
1960: La Maison du Diable de Robert Wise
1961: Les Innocents de Jack Clayton
1971: Une Vierge chez les Morts-Vivants de Jess Franco
1976: Trauma de Dan Curtis
1976: Le Locataire de Roman Polanski
1976: Le Cercle Infernal de Richard Loncraine
1977: La Sentinelle des Maudits de Michael Winner
1979: Amityville la Maison du Diable de Stuart Rosenberg
1980: L'Enfant du Diable de Peter Medak
1980: Fog de John Carpenter
1980: Shining de Stanley Kubrick
1981: L'Emprise de Sidney J. Furie
1981: Le Fantôme de Milburn de John Irvin
1982: Amityville 2, le possédé de Damiano Damiani
1982: Poltergeist de Tobe Hooper
1983: Amityville 3 de Richard Fleischer
1984: S.O.S. Fantômes de Ivan Reitman
1985: Poltergeist 2 de Brian Gibson
1985: Turbo Interceptor de Mike Marvin
1987: Beetlejuice de Tim Burton
1988: Poltergeist 3 de Gary Sherman
1990: Always de Steven Spielberg
1991: Vengeance Diabolique de Tom Mc Loughlin
1991: Truly Madly Deeply de Anthony Minghella
1994: The Crow de Alex Proyas
1999: Hypnose de David Koepp
1999: Sixième Sens de M. Night Shyamalan
2000: Intuitions de Sam Raimi
2001: L'Echine du Diable de Guillermo del Toro
2002: The Eye de Xavier Palud et David Moreau
2003: Gothika de Mathieu Kassovitz
2005: Dark Water de Walter Salles
2006: Creepshow 3 de Ana Clavell et James Glen Dudleson
2007: Ghost Poker de Charles Band
2007: L'Orphelinat de Juan Antonio Bayona
2008: Dorothy de Agnès Merlet
2008: Sauna de Antti Jussi Anilla
2009: Lovely Bones de Peter Jackson
2010: The Ward de John Carpenter
2011: La Dame en noir de James Watkins
2011: La Maison sur le Lac de Mick Garris
2015: Poltergeist de Gil Kenan
2015: Crimson Peak de Guillermo del Toro
2016: S.O.S. Fantômes de Paul Feig

1949 - SAMSON ET DALILA

Samson and Delilah
de Cecil B. De Mille (USA)
Avec Victor Mature, Hedy Lamarr, Angela Lansbury, George Sanders, Henry Wilcoxon, Olive Deering, Fay Holden

Aujourd’hui, Samson et Dalila est généralement considéré comme l’un des classiques épiques de Cecil B. De Mille, au même titre que Les Dix Commandements. Mais il n’en fut pas toujours ainsi. Trop hollywoodien pour les fervents lecteurs de l’Ancien Testament, trop porté sur le sexe et la violence pour un public encore assez puritain, le film fut également vilipendé par les détracteurs du sculptural Victor Mature, ancienne vedette de Tumak fils de la jungle. Sujet à d’innombrables phobies malgré ses allures de colosse imperturbable, le comédien émailla en effet le tournage de nombreux incidents que la presse de l’époque colporta allègrement. Sans parler de cette fameuse boutade, généralement attribuée à Groucho Marx, selon laquelle « il est difficile de s’intéresser à un film dans lequel le héros a une plus grosse poitrine que l’héroïne. » 

Mais qu’importent les commérages d’antan. Samson et Dalila est un monument qui se bonifie à chaque vision, alternant avec maestria les séquences spectaculaires (le combat contre le lion, le massacre de mille Philistins, le climax cataclysmique) et les moments intimes (au sein desquels la parade amoureuse à laquelle se livrent les deux protagonistes du titre prend une place majeure). Dans le rôle de Samson, l’homme le plus fort de la tribu de Dan, héros du peuple juif oppressé par les Philistins, Victor Mature est tout simplement parfait. La vigueur de sa musculature et la hauteur de sa stature contrastent avec son sourire amer et son regard de chien battu. Par bien des aspects, il évoque la future star Sylvester Stallone, dont il faillit d’ailleurs interpréter le père dans L’Embrouille est dans le sac de John Landis (le rôle échut finalement à Kirk Douglas). Face à lui, Hedy Lamarr tient le rôle de sa vie, sous les atours ensorcelants de la perverse et délicieuse Dalila, amoureuse éconduite usant de ses charmes pour faire chuter le colosse aux pieds d’argile dont elle est éprise. A côté de son inoubliable prestation, la Scarlett O’Hara de Victor Fleming et la Cléopâtre de Joseph Manciewicz passeraient presque pour des modèles d’altruisme et de bienveillance. 

Le scénario du film suit assez fidèlement les péripéties décrites par le Livre des Juges, avec pour point d’orgue la révélation cruciale, que le texte biblique exprime en ces termes : « si j’étais rasé, ma force se retirerait de moi, je deviendrais faible et je serais pareil à un homme quelconque », et que le script, riche en répliques savoureuses aux allures d’aphorismes, reprend quasiment à l’identique. C’est là que Samson et Dalila exprime pleinement son rattachement au genre fantastique, la chevelure du héros étant le vecteur entre Dieu et l’homme, doté par sa foi d’une force surpassant celle de tous ses congénères. Et lorsque le temple de Dagon – divinité philistine réinventée en 1917 par H.P. Lovecraft et dès lors empreinte d’une forte connotation démoniaque – s’écroule sur ses bases, Samson et Dalila marque la fusion sublime entre le péplum, le film catastrophe et la fable mythologique. Avec 12 millions de dollars de recettes, ce fut le plus gros succès cinématographique de l’année 1949, et le meilleur score jamais enregistré alors par le studio Paramount.

© Gilles Penso

mardi 14 août 2018

Théma DOUBLES


« Des jumeaux vrais ne sont qu'un seul être dont la monstruosité est d'occuper 
deux places différentes dans l'espace. »
Michel Tournier, Les Météores

Jumeaux, sosies, clones, alter-egos ou personnalités multiples, le double se décline sous maintes formes, et le cinéma fantastique s’est avidement emparé de ces dualités variées pour en exploiter tout le potentiel dramatique.

INDEX DES FILMS CHRONIQUÉS :

1945: Le Portrait de Dorian Gray de Albert Lewin
1972: L'Autre de Robert Mulligan
1973: Sœurs de Sang de Brian de Palma
1974: Le Seuil du Vide de Jean-François Davy
1982: Frère de Sang de Frank Hennenlotter
1993: La Part des Ténèbres de George A. Romero
2000: A l'Aube du Sixième Jour de Roger Spottiswoode
2001: Replicant de Ringo Lam
2005: The Island de Michael Bay
2006: Le Prestige de Christopher Nolan
2006: Sisters de Douglas Buck
2007: Ne te retourne pas de Marina de Van
2016: Split  de M. Night Shyamalan

Théma DIEU, LES ANGES, LA BIBLE


« Dieu a créé l’homme. Et ensuite, pour le remercier, l’homme a créé Dieu. »
Philippe Geluck, Entrechats

INDEX DES FILMS CHRONIQUÉS :
1949: Samson et Dalila de Cecil B. De Mille
1973: The Wicker Man de Robert Hardy
1999: Dogma de Kevin Smith
2006: The Wicker Man de Neil La Bute

Théma CONTES


« Le conte de fées est l’abécédaire où l’enfant apprend à son esprit 
à lire dans le langage des images. »
Bruno Bettleheim, Psychanalyse des contes de fées

INDEX DES FILMS CHRONIQUÉS :

1939: Le Magicien d'Oz de Victor Fleming
1945: La Belle et la Bête de Jean Cocteau
1962: Jack, le tueur de Géants de Nathan Juran
1968: Chitty Chitty Bang Bang de Ken Hughes
1970: Peau d'Âne de Jacques Demy
1978: The Wiz de Sidney Lumet
1984: Ladyhawke de Richard Donner
1984: L'Histoire sans Fin de Wolfgang Petersen
1986: Labyrinthe de Jim Henson
1991: Hook ou la Revanche du Capitaine Crochet de Steven Spielberg
2000: Le Grinch de Ron Howard
2001: Le Petit Poucet de Olivier Dahan
2003: Big Fish de Tim Burton
2005: Charlie et la Chocolaterie de Tim Burton
2005: Le Monde de Narnia: Le Lion, la Sorcière Blanche et l'Armoire Magique de Andrew Adamson
2006: Le Labyrinthe de Pan de Guillermo del Toro
2007: Les Chroniques de Spiderwick de Mark Waters
2008: Le Monde de Narnia: Le Prince Caspian de Andrew Adamson
2008: Cœur d'encre de Iain Softley
2009: Max et les Maximonstres de Spike Jonze
2009: Arthur et la Vengeance de Maltazard de Luc Besson
2010: Alice au Pays des Merveilles de Tim Burton
2010: Le Monde de Narnia : l'Odyssée du Passeur d'Aurore de Michael Apted
2012: Blanche Neige et le Chasseur de Rupert Sanders
2016: Peter et Elliott le Dragon de David Lowery
2017: Santa & Cie de Alain Chabat

lundi 13 août 2018

Théma CINEMA ET TELEVISION


« La caméra - cette espèce d'arme sans munitions, cette grosse bête noire qui vous aspire, elle vous avale puis vous recrache sur un écran. »
(Jacques Dutronc)


INDEX DES FILMS CHRONIQUÉS :
1973  Last House on Dead End Street de Roger Watkins
1983  Le Prix du Danger de Yves Boisset
1985  Démons de Lamberto Bava
1986  Kamikaze de Didier Grousset
1987  Running Man de Paul Michael Glaser
1987  Cheeseburger Film Sandwich de Joe Dante, John Landis, Carl Gottlieb, Peter Horton, Robert K. Weiss
1989 Shocker de Wes Craven
1993 Panic sur Florida Beach de Joe Dante
1994 La Cité de la Peur de Alain Berbérian
1998 Ring de Hideo Nakata

dimanche 12 août 2018

1973 - SEASON OF THE WITCH

de George A. Romero (USA)
Avec Jan White, Ray Laine, Ann Muffly, Joedda McClain, Bill Thunhurst, Neil Fisher

En ces années 70 balbutiantes, George Romero cherchait encore sa voie, partagé entre le cinéma d’auteur et les films de genre. Il faut dire que le succès de La Nuit des Morts-Vivants le dépassa quelque peu, le public et la critique lui allouant même des intentions qu’ils n’avait guère soupçonnées lui-même. « Je ne pensais même pas faire un film de zombies », avoue-t-il. « Pour moi, les zombies étaient liés aux Caraïbes et au vaudou. J’imaginais plutôt des ghoules, comme dans les vieux films Universal. Comme quoi, parfois ce sont les spectateurs qui décident pour vous ! » (1) En abordant Season of the Witch, le cinéaste s’efforça une fois de plus de mêler le surnaturel à une réflexion socio-politique. « Nous avions très peu d’argent pour faire ce film, qui n’est pas très connu du public », regrettait Romero (2). 

Lasse de sa vie monotone d’épouse modèle, Joan (Jan White), une femme au foyer quinquagénaire, est en proie à des cauchemars lui renvoyant l’image de son existence morose. Elle y découvre un mari violent et abject, ainsi que son propre visage soudain vieilli. Le psychiatre à qui elle se confie ne lui est pas d’un grand secours, et sa fille adolescente, en opposition permanente avec son père, semble devenir une inconnue à ses yeux. Dès les premières minutes du métrage, Romero saisit le malaise de son héroïne avec beaucoup de justesse et le retranscrit de manière quasiment viscérale. Un premier déclic survient dans sa vie lorsque ses amies et elle rencontrent une tireuse de cartes de tarot qui prétend reprendre le flambeau d’une sorcellerie se perpétuant de mère en fille. Ce culte, qui se vit comme une religion et se transmettait jadis oralement, est désormais accessible à tous grâce à une abondante littérature grand public. 

Déçue par sa fille qui fugue, par le petit ami de celle-ci qui n’est qu’un jeune homme prétentieux et imbu de lui-même, par ses amies qui l’agacent, Joan décide de franchir le pas. Elle s’initie à la magie grâce à un livre, achète dans un magasin le matériel nécessaire (un petit chaudron, de l’encens, divers produits), se met à réciter une série d’incantations et se dénude entièrement pour célébrer son entrée dans le cercle fermé des sorcières. Ses nuits n’en sont pas moins agitées pour autant, bien au contraire. Désormais, un homme masqué et ganté hante ses cauchemars, pénétrant chez elle pour l’agresser. Ce rêve récurrent aura des conséquences désastreuses au cours d’un final qui évoque celui de La Nuit des Morts-Vivants. Fascinant dans sa description du désespoir né d’une vie où toute passion s’est peu à peu érodée, Season of the WItch pèche sans doute par excès de statisme et de dialogues, passant du coup un peu à côté de son sujet. Bien des années plus tard, George Romero nous confiait son envie d’en réaliser un jour un remake. Un vœu resté hélas sans suite.

(1) et (2) Propos recueillis par votre serviteur en juillet 2005

© Gilles Penso
Thema: SORCELLERIE