mardi 1 octobre 2019

2019 - COLOR OUT OF SPACE

de Richard Stanley (USA)
Avec Nicolas Cage, Joely Richardson, Q’orianka Kilcher, Tommy Chong, Julian Hilliard, Madeleine Arthur, Elliot Knight

« La couleur tombée du ciel » est probablement l’un des textes les plus terrifiants jamais écrits par H. P. Lovecraft. En une quarantaine de pages, toute l’essence de son œuvre tourmentée s’y déploie, en un condensé intense d’horreurs indicibles et de peurs primaires. L’adaptation cinématographique d’un tel récit a toujours constituée une gageure. Certains s’y sont essayés, de manière officielle (Die Monster Die, La Malédiction Céleste, Die Farbe) ou non (le second sketch de Creepshow par exemple), mais aucun réalisateur n’était encore parvenu à plonger fidèlement dans les ténèbres protéiformes de l’écrivain de Providence pour les projeter sur un écran de cinéma... aucun jusqu’à Richard Stanley. 

« Les branches se tendaient toutes vers le ciel, coiffées de langues d’un feu immonde, et des ruissellements chatoyants de ce même feu monstrueux se glissaient autour des poutres de faîtage de la maison, de la grange, des apprentis »… Qui d’autre que l’auteur de Hardware aurait pu traduire en images et en sons de telles descriptions échappant aux canons cinématographiques traditionnels ? Cette réussite est d’autant plus remarquable que Stanley se brûla les ailes sur le tournage de L'Île du Docteur Moreau et vit son élan stoppé net sans espoir de retour. Il faut croire que notre homme attendait le bon projet pour rebondir. Et quel retour en force ! Color out of Space est probablement son film le plus abouti visuellement et le plus rigoureux narrativement. 

Pour décrire sans fard la démence gagnant les malheureux protagonistes du récit, il lui fallait des comédiens prêts à s’investir viscéralement dans leur rôle. A ce titre, Nicolas Cage est le choix parfait. Ceux qui sont allergiques aux excès exubérants de la star de Sailor et Lula seront probablement rebutés par ses moments de folie furieuse et de frénésie, qui nous ramènent à l’époque de Embrasse-moi Vampire. Mais ceux qui accepteront de jouer le jeu entreront dans la peau de ce paisible père de famille soudain victime du déchirement incompréhensible du voile de la réalité. La noirceur chère à Lovecraft se teinte souvent ici d’un humour grinçant, absurde ou désespéré, propre à la personnalité même du cinéaste qui, au détour d’une séquence savoureuse au second degré, montre son infortuné héros basculer dans l’ostracisme et la démence en regardant sur son téléviseur l’extrait d’un film mettant en vedette Marlon Brando. L’allusion au cauchemar que représenta le tournage de L'Île du Docteur Moreau n’échappera à personne. 

Pour ses retrouvailles avec le grand écran, après vingt ans de rendez-vous manqués et de projets ajournés (et après un court-métrage inspiré par Clark Ashton Smith dans l’anthologie The Theatre Bizarre), Stanley a décidé de mettre les formes. L’esthète révélé au début des années 90 n’a rien perdu de sa créativité artistique. La photographie signée par Steve Annis est magnifique, la musique de Colin Stetson occupe l’espace avec une ample étrangeté, les effets visuels surprenants tutoient le surréalisme et les effets spéciaux physiques extrêmes nous ramènent aux grandes heures de The Thing. Quoi de plus naturel quand on sait que John Carpenter et Rob Bottin s’étaient justement largement laissés influencer par les écrits de Lovecraft ?

© Gilles Penso
Thema: MUTATIONS

jeudi 15 août 2019

2019 - SCARY STORIES

Scary Stories to tell in the Dark
d'André Øvredal (Etats-Unis)
Avec Zoe Margaret Colletti, Michael Garza, Austin Abrams, Gabriel Rush, Austin Zajur, Natalie Ganzhom, Dean Norris, Gil Bellows, Doug Jones

A l’origine, plusieurs recueils de nouvelles pour enfants (souvent basées sur des légendes urbaines) signées Alvin Schwartz entre 1981 et 1991, agrémentées des terrifiantes illustrations de Stephen Gammell, occasionnant de sacrés cauchemars aux lecteurs les plus aventureux, dont un certain Guillermo Del Toro. Ce dernier ira même, dans une période financière difficile, jusqu’à s’endetter pour acquérir un dessin original, preuve d’amour irréfutable qui ne pouvait se solder que par une adaptation cinématographique. Au départ envisagé pour la réaliser lui-même, le Mexicain préfère déléguer le poste à son seul et unique choix, le norvégien André Øvredal, dont il adore le fameux The Troll Hunter et le soigné L’autopsie De Jane Doe. Del Toro, épaulé par le duo Patrick Melton/Marcus Dunstan (scénaristes de plusieurs épisodes de la saga Saw), décide de porter à l’écran les histoires les plus traumatisantes de Schwartz, et, plutôt que de suivre à la lettre la formule structurelle usuelle du film à sketches, fusionne plusieurs récits indépendants avec son intrigue principale (à l’image du majestueux Trick r’ Treat de Michael Dougherty). A savoir les pérégrinations d’un groupe de jeunes amis menés par Stella, romancière en herbe, découvrant le soir d’Halloween un livre écrit par la mystérieuse Sarah Bellows, ouvrage qui semble déceler leurs peurs les plus intimes et les matérialiser…

L’une des qualités premières de l’entreprise est de ne pas surfer sur la vague Stranger Things et sa nostalgie des glorieuses années 80 qui commence dangereusement à sentir le réchauffé (malgré une affiche française opportuniste qui, elle, ne s’est pas privée de l’analogie). L’action se situant à la fin des années 60 porte plutôt le sceau de Stephen King et de sa contextualisation historique et politique, rappelée ici à plusieurs reprises par des écrans de télévision affichant des images du conflit au Vietnam et de l’élection de Richard Nixon. La décision de respecter la cible enfantine du matériau originel est ouvertement assumée : ici point d’éclaboussures gore ou de tension insoutenable. A l’instar de La Prophétie De L’Horloge et ses explosions de citrouille, les moments de violence sont habilement détournés (voir la séquence de l’épouvantail où la paille remplace le sang). Les aficionados de Chair De Poule seront donc aux anges, les autres pourront toujours passer poliment leur chemin. La patte poétique de Del Toro demeure néanmoins bien prégnante, sa passion immodérée pour les monstres s’exprimant à la moindre occasion et bénéficiant au maximum d’effets spéciaux en dur. L’admiration du bonhomme pour le travail d’orfèvre de Gammell n’est également jamais démentie, la direction artistique et le design des créatures infernales venues tourmenter nos héros demeurant d’une fidélité exemplaire au coup de crayon du dessinateur.

La bonne idée est d’avoir assigné à chacun ses propres bourreaux et segments en fonction de sa personnalité et de ses démons spécifiques : Ramon le mexicain essaye d’échapper au service militaire et au racisme, il se voit poursuivi par l’impitoyable Jangly Man, désarticulé et morcelé comme lui au niveau identitaire ; Auggie est obsédé par le manger sain et déguste un ragoût dans lequel nage un gros orteil au détour d’une scène qui convoque le grotesque très comic book d’un Creepshow ; Chuck est étouffé par sa mère et se retrouve en proie à l’affection suffocante de la Pale Lady (homologue féminin du Pale Man du Labyrinthe de Pan au sourire dérangeant qui s’octroie la meilleure séquence) etc... Cette lecture psychologique, saupoudrée d’une réflexion en filigrane sur le pouvoir salvateur et évocateur de l’écriture, élève le métrage au-delà du tout-venant horrifique actuel. On pourra cependant reprocher à Guillermo, dans sa vampirisation du projet, d’en troubler l’originalité, l’œuvre se rapprochant par trop de ses propres travaux de cinéaste ou de producteur (on pense autant à Mama qu’à Crimson Peak), tout comme on sera en droit de le blâmer, du fait de son intention honorable de proposer un spectacle familial, d’annihiler la possibilité de toute angoisse véritable passé l’âge de rigueur. Si Scary Stories laisse au final peu de traces inconscientes une fois le générique de fin terminé, accusant un flagrant déficit de moments marquants et quelques longueurs, ce ténébreux livre d’images sait toutefois assez bien jouer de son charme suranné et bricolé pour permettre de passer un bon moment à l’ancienne.

© Julien Cassarino

dimanche 23 juin 2019

1983 - LA FOIRE DES TENEBRES

Something Wicked this Way Comes
de Jack Clayton (USA)
avec Jonathan Pryce, Jason Robards, Pam Grier, Diane Ladd, Royal Dano, Vidal Peterson, Shwan Carson, Richard Davalos

A l’aube des années 80, les studios Disney traversent une passe difficile : le jeune public, lassé des sempiternels animaux chantants, se tourne vers un cinéma plus moderne, comme l’atteste le succès phénoménal de La Guerre des Etoiles en 1977. La réponse de Walt n’attendra pas, avec l’effrayant Les Yeux De La Forêt en 1980 et le thriller haletant La Nuit De L’évasion en 1982, qui ne trouveront pas leur public. Pas encore tout à fait échaudée, la maison-mère s’intéresse alors au roman culte de Ray Bradbury, La Foire Des Ténèbres, que l’auteur désire ardemment porter à l’écran depuis plus de vingt ans. 1948 : le futur créateur de Farenheit 451 publie l’histoire La Grande Roue dans le magazine pulp Weird Tales. Plus âgé, émerveillé par Chantons Sous La Pluie, il offre à Gene Kelly un scénario basé sur sa nouvelle pour en tirer un film commun, idée tuée dans l’œuf faute de financements. Ne désarmant pas, l’écrivain proposera le manuscrit au britannique Jack Clayton, rencontré sur le tournage du Moby Dick de John Huston. Nouvel échec. Lassé, Bradbury convertit son script en roman : Something Wicked This Way Comes, référence à l’incantation d’une des sorcières du Macbeth de William Shakespeare. Ce récit initiatique, narrant les aventures de deux enfants en prise avec les forces maléfiques émanant d’une fête foraine, remporte un franc succès lors de sa parution en 1962 et traumatise durablement le jeune Stephen King (lequel, bien après, en proposera un traitement scénaristique non retenu). Neuf ans plus tard, les futurs producteurs de la saga Rocky, Robert Chartoff et Irwin Winkler, prennent une option sur le livre et demandent à l’auteur d’en signer l’adaptation. Sam Peckinpah est à ce moment pressenti pour réaliser, avec Jason Robards dans le costume du vénéneux Mr. Dark. Encore une fois, un coup d’épée dans l’eau. Kirk Douglas, à la tête de Bryna Productions, entend financer le film et jouer le personnage de Mr. Halloway. Son fils Peter demeurera seul à bord en producteur associé, allant démarcher Paramount. Le studio achète les droits du livre en 1977, mais le projet est annulé. Bradbury et Peter Douglas se battent alors quatre années durant pour trouver des fonds. Le salut viendra de Tom Wilhite, fraîchement promu chez Walt Disney Productions et porteur d’un vent plus audacieux, qui s’alliera à Bryna pour enfin matérialiser cinématographiquement La Foire Des Ténèbres.

Bradbury reprend son script de zéro. John Carpenter est un temps envisagé à la mise en scène ainsi que Joe Dante, mais le romancier voudrait Steven Spielberg ou David Lean. Au final, le nom de Jack Clayton revient sur le tapis, et même si les producteurs se montrent frileux (Gatsby a été un flop), le choix du réalisateur des majestueux Innocents paraît plus que pertinent au vu du sujet. Walter Matthau ou Hal Holbrook  sont en lice pour le rôle de Charles Halloway, mais c’est Jason Robards, devenu trop vieux entretemps pour jouer Mr. Dark, qui l’emporte. Pour incarner ce dernier, Bradbury hésite entre Peter O’Toole et Christopher Lee, cependant la production, afin économiser sur le budget, souhaite la présence d’un acteur moins connu : suite au refus d’Edward James Olmos (Blade Runner), l’ambigu Jonathan Pryce, futur héros de Brazil, est l’heureux élu. L’équipe technique s’enrichit du directeur de la photographie Stephen H. Burum (L'Emprise), du concepteur artistique Richard MacDonald (Exorciste 2 : L'Hérétique), et du superviseur des effets spéciaux révolutionnaires de Tron, Peter Anderson. Au fur et à mesure du tournage, les visions internes différent considérablement : Bradbury veut coller au plus près de la noirceur de son roman initial, et Clayton souhaite livrer un divertissement plus familial. Le premier montage proposé en souffre et déplaît à Wilhite, préfigurant une projection-test à l’été 1982 qui tourne au désastre : le public ne sait sur quel pied danser face à un film fidèle à l’atmosphère étouffante du livre mais peu généreux en scènes-choc. Des mesures radicales sont prises par la firme : la sortie est considérablement repoussée, des reshoots ainsi qu’un nouveau montage sont commandés à Lee Dyer, un réalisateur de seconde équipe, et le scénariste John Mortimer est dépêché pour retravailler le script. Outre une nouvelle narration en voix-off pour l’introduction et l’épilogue, les ajouts consistent surtout en des séquences spectaculaires, une attaque de mygales et une poursuite dans un labyrinthe de miroirs, remplaçant l’ambitieuse ouverture du métrage qui voyait la fumée d’un train se transformer en fête foraine et une toile d’araignée devenir une roue de la fortune. Le budget enfle de 5 millions de dollars supplémentaires, portant le total à 19 millions. Le compositeur Georges Delerue fait aussi les frais du remaniement : son score, jugé trop sombre (il convoquait pourtant les plus belles heures de la musique classique russe), est évincé au profit du jeune loup James Horner, déjà remplaçant au pied levé de Craig Safan sur Wolfen.

Malgré sa gestation tourmentée, la puissance évocatrice du matériau d’origine est miraculeusement retranscrite, dès les premiers plans restituant les couleurs rougeoyantes de l’automne dans un Technicolor resplendissant. La mise en place est concise et bénéficie de l’amplitude d’un mouvement de grue nous permettant de définir avec simplicité les personnages principaux : Will et Jim, figures à la fois jumelles et antagonistes, Charles, le père vieillissant de Will qui noie sa mélancolie dans une fuite éperdue de la réalité, les habitants de Greentown, tous portés sur un ailleurs chimérique ou pleurant un passé enfoui, et l’effrayant Mr. Dark qui électrifie l’image à chaque nouvelle apparition. Le réalisateur distille une atmosphère délétère proche des fleurons gothiques de la Hammer dès l’arrivée nocturne du train des forains, véhicule-personnage imposant, suivie du parcours des enfants jusqu’à la fête à travers un cimetière à la poésie macabre parcouru par une fumée phosphorescente sortie tout droit d’un Dracula. La fameuse foire envoûte les protagonistes et offre de réaliser leurs rêves les plus fous, au prix fort : ceux qui retrouvent leur jeunesse suite à un tour dans la galerie des miroirs ou sur les chevaux de bois perdent l’usage de la vue ou viennent, ensorcelés, grossir les rangs de la parade. Les enfants veulent devenir adultes au plus tôt et les aînés idéalisent sans fin leur lointaine jeunesse, allant à l’encontre de l’ordre naturel de la vie, et donc du grand dessin divin. Le Mal est à l’affût des faiblesses humaines et soumet ses victimes à la tentation, opposé à une résistance par l’érudition et l’apprentissage empirique. 

Le combat idéologique déterminant entre Mr. Dark, représentant infernal d’une force séculaire, et Mr. Halloway, gardien du temple de la connaissance (disant se nourrir, lui, des rêves de son prochain et non de ses cauchemars comme son adversaire) aura lieu dans une immense bibliothèque où chaque page arrachée d’un ouvrage équivaut à une année de vie en moins, tandis que les enfants se réfugieront littéralement dans les livres pour se cacher du démon. La ville sera sauvée par l’amour filial retrouvé de Will qui délivrera Charles de sa culpabilité : celui qui n’avait jamais totalement assumé son rôle de père triomphe ici par la transmission de sa sagesse, et la résilience lui permettant d’assumer ses erreurs passées l’amène à enfin embrasser un bonheur apaisé. Ces résonances philosophiques ne trouveront pas grand écho chez les spectateurs de l’époque, le film ne remportant pas la moitié de sa mise (Bradbury, quant à lui, juge le résultat « acceptable »), et le double échec commercial de Oz, Un Monde Extraordinaire et Taram Et Le Chaudron Magique sonnera le glas des noires expérimentations chez Disney. Une nouvelle adaptation est annoncée en 2014, hypothétiquement confiée à Seth Grahame-Smith (scénariste de Dark Shadows nouvelle mouture), restée lettre morte. Nul besoin de redite : ce conte fiévreux traversé de visions très osées dans l’univers de Tonton Walt (la tête coupée et ensanglantée de Will, l’éveil voyeuriste à la sensualité de Jim, la déesse de la Blaxploitation Pam Grier ralentissant les battements de cœur de Charles, un cadavre final décharné à la Poltergeist) n’a cessé d’influencer l’imaginaire collectif, de David Lynch à Harry Potter en passant par Neil Gaiman, Tim Burton et évidemment Big, aux thématiques similaires. Juste retour des choses.
© Julien Cassarino
Thema: DIABLES ET DÉMONS

dimanche 5 mai 2019

PETER MAYHEW : UNE ANECDOTE DU MONTEUR DE "L'EMPIRE CONTRE-ATTAQUE".


L'histoire est toute simple, sans fioritures. Elle ne fera pas la une des journaux, ni le buzz sur les réseaux sociaux, mais elle dit en quelques mots toute l'importance de l'homme sous le costume, fut-ce un costume de Wookie. Peter Mayhew n'était pas un simple figurant à la taille gigantesque capable d'agiter ses grands bras sous le pelage simiesque créé par le maquilleur Stuart Freeborn. C'était un comédien, un vrai. C'était aussi un homme d'une générosité proverbiale, dont les actions associatives sont aujourd'hui poursuivies par sa famille. Laissons la parole à Paul Hirsch, chef monteur de La Guerre des Etoiles et de L'Empire Contre-Attaque.

« Il y a quarante ans, nous étions en train de tourner L'Empire Contre-Attaque, et le planning prévoyait une scène avec Chewbacca. Mais Peter Mayhew ne se sentait pas bien ce jour-là. La décision fut prise malgré tout de tourner ce qui était prévu, avec une doublure dans le costume. J'ai regardé les rushes le lendemain, et aucune prise n'était utilisable. Ça ne ressemblait pas du tout à Chewie. C'est comme si l'acteur ne portait pas de costume et nous montrait qu'il n'avait rien à voir avec Chewbacca. La scène a été retournée lorsque Peter fut en meilleure forme. RIP Peter Mayhew. »

dimanche 28 avril 2019

2019 - AVENGERS ENDGAME

de Anthony et Joe Russo (USA)
Avec Robert Downey Jr, Chris Evans, Chris Hemsworth, Josh Brolin, Brie Larson, Scarlett Johansson, Mark Ruffalo

Le cliffhanger d’Avengers : Infinity War était vertigineux et générait une attente forte attisée par les séquences finales de Ant-Man et la Guêpe et Captain Marvel. Comment ne pas décevoir les expectatives de tant de spectateurs tout en servant de point de conjonction à tous les longs-métrages de la franchise Marvel ? Le pari était difficile et les nombreuses scories de l’épisode choral précédent, peinant souvent à remplir son cahier des charges hypertrophié, laissait imaginer les difficultés auxquelles firent face les frères Russo. La réussite de cette apothéose filmique, conçue comme le climax impensable de 21 longs-métrages consécutifs, n’en est que plus spectaculaire. 

Le tout premier Avengers de Josh Whedon reposait sur le motif du déséquilibre, celui d’une équipe de super-héros aux personnalités fortes s’efforçant maladroitement d’effacer leurs différences pour tenter d’agir ensemble avec complémentarité, sans jamais y parvenir totalement. Cet ultime opus cherche à retrouver l’équilibre, en passant par un nombre d’étapes et de péripéties nécessaires justifiant la longueur du métrage (180 minutes). Au commencement est le chaos. La société humaine cherche à se reconstruire après la disparition de la moitié de son effectif. Au lieu de profiter de la place laissée vacante pour prospérer, les survivants pansent leurs blessures, pleurent leurs disparus et refusent d’oublier. Le mal est-il encore réparable ? Captain America veut y croire. L’arrivée d’une nouvelle héroïne surpuissante, Captain Marvel, et le retour d’Ant-Man après son odyssée dans l’univers quantique semblent pouvoir changer la donne. Mais comment convaincre les Avengers encore vivants de refaire équipe ? Et comment s’assurer que les théories de voyage temporel déduites de l’expérience de Scott Lang pourront permettre de faire machine arrière ? La mission semble impossible, mais est-il envisageable de ne pas la tenter ? 

Tout résoudre en empruntant les chemins les plus tortueux : cet objectif est à la fois celui des héros du film et des réalisateurs, le phénomène de mise en abyme accroissant de fait l’implication du public. Bien sûr, la voie que choisissent les frères Russo est tout aussi hasardeuse que celle de leurs protagonistes de fiction. Avengers Endgame n’évite pas les raccourcis scénaristiques excessifs et jongle avec les notions de paradoxes temporels sans trop de rigueur. Mais comment ne pas s’enthousiasmer face à l’ambition étourdissante du long-métrage, face à sa gestion inattendue des ruptures de rythme, face à ses choix audacieux concernant certains personnages (tout le monde n’appréciera pas les traitements réservés à Thor et Hulk) et face à sa volonté manifeste de refermer toutes les portes ouvertes au fil des nombreux épisodes de la saga ? 

Mieux : l’un des défauts majeurs du film précédent, qui consistait à ne pas savoir gérer son trop-plein de personnages, s’est sensiblement estompé. Avengers Endgame est justement centré sur ses enjeux humains, malgré la dimension interplanétaire de son récit. Voilà pourquoi le rire et les larmes sont aux rendez-vous. On n’espérait plus pouvoir ressentir d’émotions aussi simples, aussi primaires, aussi indispensables face à une franchise qui menaçait de crouler sous son propre poids. La saga pourrait – devrait – logiquement s’arrêter là une bonne fois pour toutes. Les appétits financiers du studio Disney en ont bien sûr décidé autrement – pas question de tuer la poule aux œufs d’or – mais qu’importe : Avengers Endgame marquera à coup sûr la fin d’une ère, ce que semble confirmer sa volonté de renoncer au traditionnel clin d’œil post-générique.


© Gilles Penso

mercredi 24 avril 2019

2018 - THE MAN WHO KILLED HITLER AND THEN THE BIGFOOT

de Robert D. Krzykowski (USA)
Avec Sam Elliott, Aidan Turner, Caitlin Fitzgerald, Larry Miller, Ron Livingston

1987. Calvin Barr est un paisible septuagénaire qui coule des jours tranquilles dans la Nouvelle-Angleterre. Sa vie est rythmée par une routine simple : il vit seul, nourrit son chien, traîne dans le bar du coin… Mais régulièrement, des flashs issus de son passé viennent le tourmenter. Car plusieurs décennies auparavant, il fut chargé d’une mission capitale : se faire passer pour un officier allemand, pénétrer le bureau extrêmement protégé d’Adolf Hitler et le tuer. Il remplit cette mission impossible avec succès et parvint à s’enfuir. L’acte était exceptionnel, héroïque, miraculeux, mais Calvin n’en retira aucune gloire. Assassiner un homme, fusse-t-il le pire être humain de la planète, l’obligea à recourir à une violence qu’il a toujours exécrée. Or aujourd’hui, près de vingt-cinq ans plus tard, des membres du gouvernement viennent à sa rencontre pour le charger d’une nouvelle mission : partir traquer le légendaire Bigfoot, porteur d’un virus mortel susceptible de mettre en danger l’humanité toute entière, et l’éliminer… 

Sur un postulat aussi étonnant, Robert D. Krzykowski a bâti une œuvre totalement inclassable. Loin du film d’aventure fantastique postmoderne et référentiel que son titre laissait imaginer, The Man Who Killed Hitler And then the Bigfoot emporte ses spectateurs sur un terrain inattendu. Si l’action et les monstres sont de la partie, l’émotion est aussi au bout du chemin, portée en grande partie par la prestation de Sam Elliott, présent dans des œuvres aussi diverses que Butch Cassidy et le Kid, Psychose phase 3, Road House, Gettysburg, Tombstone, The Big Lebowski, Hulk ou A Star is Born. « Ça n’était pas le moindre des défis : raconter une histoire qui respecte la promesse du titre tout en étant crédible et honnête », raconte le réalisateur. « Derrière les grands événements historiques auxquels a contribué le héros du récit, je voulais adopter un ton mélancolique » (1). Parrainé par des figures prestigieuses du cinéma fantastique (l’équipe des effets visuels de Rencontres du Troisième Type, le réalisateur de May et The Woman, le scénariste de Piranhas et Hurlements), Krzykowski nous offre ainsi une œuvre à la fois ambitieuse et intimiste, fantasmagorique et pourtant réaliste, gorgée d’effets spéciaux invisibles et de paradoxes temporels imperceptibles. 

The Man Who Killed Hitler and then the Bigfoot ose ainsi le grand écart, passant d’une séquence extrêmement émouvante, où Calvin pleure seul dans sa chambre parce que la situation l’a obligé à recourir à la violence, à un flash-back très « pulp » où le même personnage, plusieurs décennies plus tôt, est déguisé en nazi et arbore une montre dont les aiguilles ont la forme d’une croix gammée qui tourne ! Cette « danse permanente » entre deux états d’esprits dote le film d’une qualité presque expérimentale. Et comme il a décidé de tenir ses promesses, Krzykowski met en scène l’un des Bigfoot les plus surprenants jamais vus à l’écran, une sorte d’homme-singe malingre et squelettique conçu par l’atelier Spectral Motion sous la supervision de Mike Elizalde (Hellboy, Stranger Things) et sous l’influence manifeste des dessins de Bernie Wrighston. Atypique, surprenant, drôle, émouvant, palpitant, ce premier film porte déjà la marque des plus grands.

(1) Propos recueillis par votre serviteur en septembre 2018.

© Gilles Penso

lundi 31 décembre 2018

LES MEILLEURS FILMS FANTASTIQUES DE 2018 ? ET LES PIRES ?


Le 31 décembre, c'est le moment des bilans. Traditionnellement, chacun y va de son TOP/FLOP de l'année. Et bien sacrifions à la traditions. Voici une liste de nos 10 films fantastiques préférés de l'année 2018, et celle des 7 que nous aimons le moins (parce qu'il y a plus d'aimés que de mal aimés, ce qui est plutôt rassurant finalement). Choix subjectif, forcément, comment pourrait-il en être autrement ?


TOP 10
par ordre de préférence


Les Indestructibles 2

Spider-Man New Generation



The Man Who Killed Hitler and then the Bigfoot







FLOP 7
sans ordre particulier



Deadpool 2



Un Raccourci dans le Temps

Darkest Minds: Rébellion