jeudi 8 mai 2008

ATTENTION : CHANGEMENT DÉFINITIF D'ADRESSE !

Face à son succès (1500 visiteurs en moins de trois semaines !), L'ENCYCLOPÉDIE DU CINÉMA FANTASTIQUE change définitivement d'adresse et de look. Retrouvez les dernières actus ciné et DVD, les bandes annonces, les critiques, les archives, les courts-métrages et les quizz à l'adresse suivante : www.filmsfantastiques.com
Bonne visite !

mardi 6 mai 2008

2007 - TEETH


Dans un style voisin :


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De Mitchell Lichtenstein (Etats-Unis)
Avec Jess Weixler, John Hensley, Josh Pais, Hale Appleman, Ashley Springer, Vivienne Benesch, Lenny Von Dohlen


Une jeune fille émascule ses amants avec son vagin hérissé de dents acérées ! Non, il ne s’agit pas du postulat d’une série Z produite par Troma mais de l’argument d’une œuvre sensible, drôle et horrifiante marquant les premiers pas du réalisateur Mitchell Lichtenstein. Si le patronyme de ce cinéaste n’est pas inconnu des esthètes, c’est qu’il est le fils du célèbre peintre Roy Lichtenstein, pilier du pop art. Après avoir été comédien et producteur, Lichtenstein junior décide de passer derrière la caméra pour narrer l’histoire de Dawn (Jess Weixler), une adorable jeune fille qui milite activement dans son lycée pour la chasteté jusqu’au mariage. Cette pruderie excessive s’exerce probablement en opposition à la sexualité extravertie et agressive de son demi-frère Brad (John Hensley).

Mais il y a autre chose… Si Dawn refoule tout désir sexuel, c’est peut-être parce qu’elle a du mal à assumer sa propre anatomie. Cette crainte va se révéler fondée le jour où le fringuant Tobey (Hale Appleman) la viole quasiment dans un décor de cascade champêtre digne du Lagon Bleu. En réaction à cette agression, le vagin de Dawn montre les dents – au sens propre ! – et sectionne violemment le pénis du jeune homme. Traumatisée, la lycéenne s’apprête à se livrer à la police. Mais les assauts d’autres mâles la poussent à changer d’avis. Désormais, elle utilisera ce « pouvoir » pour se protéger des agresseurs et partir en quête de « son héros », le seul homme susceptible d’être son prince charmant.

Un tel sujet était propice à la caricature, mais telle n’est pas l’intention de Lichtenstein. En un délicat exercice d’équilibre entre la comédie, l’horreur et le drame, il signe un film hors norme, qui entraîne le spectateur dans sa folie dès le générique de début, une vue microscopique soutenue par une partition insolite de Robert Miller digne des meilleures compositions de Danny Elfman. S’il ne refuse pas les traits d’humour décalés (« Je ne vais pas vous mordre » affirme le gynécologue qui s’apprête à examiner Dawn) et les séquences excessivement gores (les excellents maquillages spéciaux de Doug Field ne nous épargnent aucune castration, de préférence en gros plan !), le réalisateur dirige ses comédiens au premier degré, l’intensité et la profondeur de leur jeu contrastant à merveille avec l’incongruité du propos.

Ainsi la belle Jess Weixler nous livre-t-elle une interprétation extraordinaire, aux côtés de l’étonnant John Hensley (familier des amateurs de la série Nip/Tuck) dans le rôle du demi-frère violent et marginal. Les fantasticophiles apprécieront également la prestation de Lenny Von Dohlen, héros de la comédie de science-fiction Electric Dreams qui endosse ici la peau du père de Dawn. Amateur de SF à l’ancienne (Teeth nous offre quelques extraits télévisés du Scorpion Noir et de La Gorgone), Lichtenstein ne se prononce pas quant à l’origine de la mutation de son héroïne mais suggère une bonne vieille contamination radioactive, comme le laissent imaginer les deux cheminées fumantes d’une usine nucléaire sur lesquelles s’attarde souvent sa caméra. « Chaque rose a ses épines » annonce l’un des slogans du film. Gageons que les amateurs d’un cinéma insolite trouveront bien des charmes à cette fleur vénéneuse.

© Gilles Penso

1979 - MAD MAX


Le DVD :


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De George Miller (Australie)
Avec Mel Gibson, Joanne Samuel, Steve Bisley, Hugh Keays-Byrne, Tim Burns, Roger Ward, Lisa Aldenhoven, David Bracks


Le carton d’introduction de Mad Max annonce que nous sommes « quelque part dans le futur ». Aussitôt, les pneus crissent, les moteurs vrombissent, la tôle se froisse, et George Miller s’impose pour son premier long-métrage comme un cinéaste d’exception, assenant au spectateur une poursuite automobile proprement hallucinante qui dure dix minutes ininterrompues. On n’avait pas vu ça depuis Bullit ou French Connection. Un fou du volant, auto-proclammé « Chevalier de la Nuit », est pris en chasse par les voitures de la police, jusqu’à ce qu’intervienne le véhicule « Interceptor » piloté par l’agent Max Rockatansky.

Les cadrages au format scope, les mouvements de caméra, le montage, tout dans ce prologue est ciselé au millimètre près, tandis que notre héros ne nous est révélé que progressivement : d’abord les bottes, ensuite le dos, puis le regard dissimulé derrière les lunettes noires, jusqu’à ce que le visage d’un tout jeune Mel Gibson débordant déjà de charisme n’emplisse l’écran alors que la poursuite s’achève de manière explosive. Quand une horde de motards dirigée par le psychopathe Toecutter (Hugh Keays-Byrne) investit une petite ville pour récupérer à la gare le cercueil du Chevalier de la Nuit, nous comprenons que nous avons affaire à un western d’un nouveau genre. Dans ce futur proche peu engageant, la folie s’est emparée du monde, et des policiers désabusés (surnommés « bronzes » à cause de leur plaque) filent le train à des gangsters équipés de véhicules customisés aux moteurs surgonflés.

Le commissariat lui-même est un bâtiment délabré qui semble à l’abandon. Lorsque la bande de Toecutter prend au piège Jim Goose, le co-équipier de Max, et le brûle vif dans une voiture, la violence monte d’un cran. Le spectateur ne voit pas dans quel état Goose se retrouve, mais le regard de Mel Gibson à l’hôpital suffit amplement pour qu’on imagine l’ampleur des dégâts. Max préfère démissionner pour ne pas céder à la vengeance et se transformer en ceux qu’il combat. Mais son patron (Roger Ward) lui propose d’abord de prendre des vacances afin de se remettre les idées au clair. Le répit ne durera pas longtemps. Car les motards souhaitent venger la mort du « Chevalier de la Nuit ». Prenant en chasse Jessie (Joanne Samuel), la femme de Max, et leur garçon de deux ans, il les écrasent impitoyablement sur le bitume avant de prendre la fuite.

Inévitablement, Max bascule et laisse rugir la bête qui sommeille en lui. Un revirement symbolisé par un masque de monstre de carnaval qu’il utilisait jadis pour s’amuser à effrayer Jessie, et qu’il tord désormais de rage entre ses mains. Le point de non-retour est atteint, et Mad Max justifie enfin son titre, s’acheminant inexorablement vers un dénouement nihiliste. Le compositeur Brian May écrit à l’occasion une partition exagérément épique, parfois en décalage avec l’aspect brut de la mise en scène, mais qui dote le récit d’une indéniable dimension tragique. Chef d’œuvre de nervosité et d’efficacité, le premier long-métrage de George Miller fit découvrir au grand public la richesse potentielle du cinéma australien, remporta le Prix Spécial du Jury du festival d’Avoriaz et rapporta 250 fois son budget estimé à 400 000 dollars.

© Gilles Penso

1980 - NEW YORK 1997


Le DVD :


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(Escape From New-York)
De John Carpenter (Etats-Unis)
Avec Kurt Russell, lee Van Cleef, Ernest Borgnine, Donald Pleasence, Isaac Hayes, Harry Dean Stanton, Adrienne Barbeau


John Carpenter avait déjà détourné les codes du western pour les besoins de son thriller Assaut. Ici, il les transpose quelques années dans le futur. Alors que la ville de New York est devenue un quartier de haute sécurité pour trois millions de criminels, le prisonnier Snake Plissken (Kurt Russell) se voit offrir la liberté s’il peut secourir le président des Etats-Unis (Donald Pleasence) dont l’avion s’est écrasé dans la ville. Pour s'assurer de sa loyauté, on lui inocule une bombe miniature dans le corps qui explosera s'il n'a pas accompli sa mission au bout d'un délai de 24 heures. Lâché dans la jungle urbaine de New York, Snake Plissken se fait quelques alliés en chemin, dont Cabbie (Ernest Borgnine), Maggie (Adrienne Barbeau) et Brain (Harry Dean Stanton), et découvre que le président a été enlevé par la dangereuse bande de Duke (Isaac Hayes)…

Les films de John Carpenter reposent souvent sur une idée simple et diablement efficace. C’est plus que jamais le cas ici, et la mise en scène ciselée du réalisateur d’Halloween s’adapte à merveille à ce concept, profitant largement de toute l’étendue du format Cinémascope pour composer des images nocturnes superbes. D’autant que Carpenter n’a pas son égal pour maîtriser l’unité de lieu et de temps. 24 heures, les rues de New York, un homme seul contre tous : à partir de ces données simples, l’action est savamment orchestrée, avec une prédilection pour les décors sordides, les individus autant bigarrés que dangereux et les situations extrêmes. Le plus étonnant est sans doute que le résultat soit si spectaculaire malgré les faibles moyens du film.

« New York 1997 a coûté six millions de dollars, ce qui effectivement était un budget plutôt restreint », confirme John Carpenter. « Nous sommes allés tourner à Saint Louis, où avait eu lieu un grand incendie en 1977. Tout le centre ville avait été dévasté, et c’est ce qui nous a servi de décor principal. Pour les effets spéciaux, nous avons fait appel à la société de Roger Corman, New World, parce qu’ils étaient très bon marché. » (1) Parmi les talentueux artistes embauchés par Corman à cette époque, James Cameron, bientôt en passe de devenir metteur en scène, s’attela aux matte-paintings décrivant les buildings lointains de New York. Le casting du film, constitué de gueules impayables et de réjouissants seconds couteaux, est dominé par Kurt Russell, l’acteur fétiche du cinéaste, portant sur ses épaules le rôle le plus marquant de sa carrière.

Snake Plissken, l’homme dont tout le monde a entendu parler dans ce New York d’apocalypse, celui que l’on croit mort sans que personne ne s’en explique, ce mercenaire débonnaire et antisocial au patch de pirate et à la coupe hippie s’est mué en icône immuable du cinéma d’action et de science-fiction. Il est amusant de noter que le studio envisageait à l’époque de proposer le rôle à Charles Bronson ou Tommy Lee Jones, ce que le cinéaste refusa sans appel. Maintes fois imité, notamment via une myriade de petites productions italiennes, New York 1997 demeure une œuvre résolument à part, un petit miracle que Carpenter lui-même ne parvint pas à égaler lorsqu’il en signa tardivement une poussive séquelle.

(1) propos recueillis par votre serviteur en février 1995

© Gilles Penso

thema: LE FUTUR


« Pour voir le futur, il faut regarder derrière soi. » (Livre d’Isaïe)

Les futurs décrits dans le cinéma de science-fiction sont généralement de deux natures antithétiques, l’un étant franchement chaotique, l’autre parfaitement ordonné. Mais dans les deux cas, les cinéastes ne se montrent guère optimistes, comme s’ils tenaient à mettre en garde leurs contemporains contre des dérives inquiétantes qui précipiteraient les hommes vers des avenirs sinistres. Quand le chaos s’est emparé du monde, l’humanité revient quasi-systématiquement à la sauvagerie et aux instincts les plus bas. A mi-chemin entre les âges barbares, la préhistoire et le western, ces anticipations régressives comptent des œuvres aussi variées que Mad Max, Les Survivants de la Fin du Monde, Le Dernier Combat, New York 1997 ou New York ne répond plus.

Mais la situation est souvent pire encore lorsque l’ordre est rétabli parmi les citoyens. Car à l’exception d’une poignée de visions bienveillantes et optimistes (les séries télévisées et cinématographiques Star Trek en sont un bon exemple), les civilisations futuristes bien ordonnées offrent souvent le spectacle de véritables cauchemars dystopiens, autrement dit « anti-utopiques », dont le roman « Le Meilleur des Mondes » d’Aldous Huxley, taxé de pornographie lors de sa publication en 1932, est l’un des exemples les plus frappants. La déshumanisation, la perte des libertés, le contrôle permanent, des règlements stricts et un état policier s’y distinguent, comme dans Metropolis, THX 1138, 1984, Brazil ou Equilibrium. « L’utopie, c’est le monde tel qu’on l’espère, la contre-utopie, le monde tel qu’on le craint », résume à ce propos l’auteur Pierre Versins.

Une autre vision du futur, pas beaucoup plus optimiste, s’est développée en littérature au milieu des années 80 avec le courant « cyberpunk ». Le monde que nous en décrivent les auteurs est pollué, surpeuplé, saturé d’informatisation, d’univers virtuels, de fusion entre l’homme et la machine et de manipulations génétiques. Des œuvres telles que Strange Days, Johnny Mnemonic ou Paycheck en sont le fidèle reflet cinématographique, plaçant plus ou moins efficacement au cœur de leur narration les questionnements métaphysiques liés à la nature de l’homme.

© Gilles Penso

Un peu de lecture…


FILMS CHRONIQUÉS :
1960: La Machine à explorer le Temps de George Pal
1968: La Planète des Singes de Franklin J. Schaffner
1979: Mad Max de George Miller
1980: New York 1997 de John Carpenter
1984: Terminator de James Cameron
2008: Doomsday de Neil Marshall

lundi 5 mai 2008

2007 - PLANÈTE TERREUR


Le DVD :


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(Grindhouse : Planet Terror)
de Robert Rodriguez (Etats-Unis)
avec Rose McGowan, Freddy Rodriguez, Josh Brolin, Marley Shelton, Jeff Fahey, Michael Biehn, Naveen Andrews

Deuxième volet du diptyque Grindhouse, Planète Terreur s’avère infiniment plus réjouissant que Boulevard de la Mort, ne serait-ce que par le foisonnement de ses personnages et de ses rebondissements. Dans une petite ville américaine, William et Dakota Block (Josh Brolin et Marley Shelton), un couple de médecins, constate qu’un nombre croissant de patients est soudain affecté d’une étrange gangrène. Bientôt, de nombreux habitants se mettent à errer dans les rues tels des zombies. Leur peau se décompose, leur regard est vide, et leur appétit anthropophage semble insatiable.

C’est ainsi que la go-go danseuse Cherry (Rose McGowan), se fait attaquer en pleine nuit et arracher une jambe. Son ex-petit ami Wray (Freddy Rodriguez) veille sur elle, tandis que l’épidémie se propage à une vitesse alarmante. Pour faire face à l’invasion, Cherry et Wray prennent la tête d’une armée de combattants. Ils vont devoir se heurter aux assauts répétés des mutants cannibales, mais aussi aux militaires de la base voisine qui semblent être à l’origine du fléau…

On n’en finirait plus de citer les œuvres du cinéma d’exploitation auxquelles se réfère Planète Terreur, mais au lieu du vague patchwork référentiel auquel il se livra dans The Faculty, Robert Rodriguez nous livre ici un film hommage qui se déguste avec délectation. Le soin tout particulier que le cinéaste apporte à ses protagonistes n’y est pas étranger. Freddy Rodriguez (qui excellait déjà dans la série Six Feet Under) y est un anti-héros extrêmement charismatique, Rose McGowan (également vedette de Boulevard de la Mort) et Marley Shelton (que le réalisateur dirigea dans Sin City) s’avèrent irrésistibles, et le reste du casting réserve aux cinéphiles une galerie de trognes familières du plus bel effet (Michael Biehn, Tom Savini, Bruce Willis, Quentin Tarantino).

Visuellement, Planète Terreur est une pure merveille, combinant les prises de vues en HD et les effets numériques haut de gamme avec des trucages gore à l’ancienne (particulièrement gratinés) et un traitement de la pellicule digne des copies les plus éculées du plus petit des cinémas de quartier : l’image est rayée, salie, tachée, brûlée, et il manque même une bobine complète au beau milieu du métrage ! Véritable déclaration d’amour au cinéma de genre, le film est sous l’influence permanente de George Romero et John Carpenter (dont quelques extraits de la B.O. de New York 1997 sont d’ailleurs réutilisés). Et si Rodriguez ratait quelque peu son hommage à Zombie dans Une Nuit en Enfer, il le réussit ici haut la main, enterrant tous les Resident Evil dans son sillage.

De toute façon, comment résister à un film dans le climax duquel une pin-up bondit de sa moto pour mitrailler des soldats mutants décomposés avec sa jambe transformée en mitraillette ? Le fan d’horreur et de science-fiction n’aura sans doute aucun mal à classer Planète Terreur parmi les meilleurs films de Rodriguez, un cinéaste attachant mais très inégal qui commença à développer ce projet fou dès 1998 puis l’abandonna en cours de route pour se consacrer notamment à la saga Spy Kids et à la création de sa société de production Troublemakers Studios.

© Gilles Penso

1981 - CONAN LE BARBARE


Le DVD :


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(Conan the barbarian)
De John Milius (Etats-Unis)
Avec Arnold Schwarzenegger, James Earl Jones, Sandahl Bergman, Max von Sydow, William Smith


Douze mille ans avant notre ère, le jeune Conan reçoit de son père un glaive d’acier et une mission : découvrir le secret de cet alliage que détient le dieu Crom. Mais son village est dévasté par les cavaliers du Nord et sa mère est décapitée par leur chef, Thulsa Doom. Esclave, Conan passe sa jeunesse à actionner la roue d’un moulin, ce qui sculptera son impressionnante musculature. Un jour, il reconquiert la liberté et part avec deux compagnons, le Mongol Subotaï et la ravissante reine des voleurs, à la recherche de Thulsa Doom…

Il y a de fortes chances pour que les amateurs du Conan de Robert Howard (dix sept récits publiés dans « Weird Tales » entre 1932 et 1936) aient été assez déçus par cette adaptation appauvrie en terme de fantasy pure. Où sont donc passés les morts-vivants, les araignées géantes, les statues vivantes, les limaces monstrueuses et les vampires des merveilleuses pages de l’écrivain ? Pour autant, il serait injuste d’en conclure que Conan le Barbare, écrit par Oliver Stone et dirigé par John Milius (lui-même scénariste d’Apocalypse Now), soit un échec. Le producteur Dino de Laurentiis s’étant spécialisé dès le milieu des années 70 dans le sabotage des grands mythes fantastiques (King Kong, Flash Gordon, Sheena, Dune), on pouvait tout de même craindre le pire.

Fort heureusement, si on fait abstraction de la richesse incomparable de son origine littéraire, Conan se révèle être un film d’action mené avec beaucoup d’habileté, mais aussi le mètre étalon de toute l’héroïc fantasy cinématographique à venir. Une grande partie du crédit de cette réussite est à attribuer à Arnold Schwarzenegger, qui s’avère tout simplement parfait dans le rôle du Cimmérien. Ex Monsieur Univers, Ex Hercule, Arnold se rapproche tant du Conan décrit par Howard, ainsi que des magnifiques dessins de Frank Frazetta, qu’il paraît désormais inconcevable d’imaginer un autre acteur dans la peau du personnage. Le film comporte en outre un certain nombre d’attraits et de personnages étonnants : une fiancée coriace pour Conan qui prend les traits de Sandhal Bergman (tous deux effectuant eux-mêmes leurs cascades dans la mesure où aucune doublure convaincante ne fut dénichée pour les remplacer), James Earl Jones en méchant (dont le look et les attitudes sont directement inspirés par les guerriers du Alexandre Nevsky d’Eisentsein), le grand Max Von Sydow (L’Exorciste) en roi viking, et en prime un serpent géant fort impressionnant.

Conan le Barbare doit également beaucoup à la sublime et emphatique partition de Basil Poeldouris, qui lui donne bien souvent les allures d’opéra wagnérien. Assez curieusement, c’est d’abord Vladimir Cosma, le légendaire compositeur de La Boum et de Rabbi Jacob, qui était pressenti pour composer la musique du film. « Le succès de Diva avait fait connaître mon nom en Amérique », explique-t-il. « De Laurentiis m’a contacté, j’ai fait mes valises, j’étais prêt à partir… Et puis au dernier moment j’ai refusé leur offre, pour une raison très triviale : j’ai la hantise de l’avion ! » (1) Comme quoi, les grandes décisions artistiques du cinéma tiennent parfois à peu de choses.

(1) Propos recueillis par votre serviteur en mai 2005

© Gilles Penso

thema: HEROÏC FANTASY


« Il fut un âge de rêve, où des royaumes resplendissants s’étalaient comme des manteaux bleus sous les étoiles. » (Robert Howard, La Chose dans la Crypte)

Sous-genre important de la littérature fantastique anglo-saxonne, l’héroïc-fantasy est née à mi-chemin entre le 19ème et le 20ème siècle, sous la plume inspirée d’auteurs hors pair tels que Robert E. Howard (les aventures de « Conan le Barbare »), J.R.R. Tolkien (la trilogie du « Seigneur des Anneaux »), Lord Dunasny (« La Fille du Roi des Elfes ») ou Clark Ashton Smith (les cycles d’ « Hyperborée » et de « Zothique »). Les récits d’héroïc-fantasy se situent tous dans un monde imaginaire peuplé de créatures étranges, et sont dominés par la figure d’humains héroïques et intrépides. Nains, Elfes, Goblins, Trolls, dragons, démons et sorciers s’y croisent ainsi allégrement, au sein de royaumes grandioses et de forêts séculaires où végétaux et minéraux sont souvent dotés d’âmes anthropomorphes.

Fortement inspiré par la mythologie nordique, par les légendes arthuriennes et par quelques œuvres artistiques maîtresses dont la moindre n’est pas l’opéra « L’Anneau des Nibelungen » de Richard Wagner, l’univers de l’heroïc-fantasy prend pied dans une époque hybride et parallèle, mixant des éléments empruntés au moyen âge, à la préhistoire et à l’antiquité. D’où son autre appellation traditionnelle : « Sword and Sorcery », autrement dit « épée et sorcellerie », imaginée par l’écrivain Fritz Leiber. De nombreux illustrateurs en ont tiré de magnifiques peintures souvent passées à la postérité, notamment Frank Frazetta et Boris Vallejo.

Etrangement, le cinéma tarda à s’y pencher, malgré l’impulsion donnée par Fritz Lang et son impressionnant Nibelungen en 1924. Il faudra donc attendre le tout début des années 80, avec les monumentaux Conan le Barbare de John Milius et Excalibur de John Boorman, pour que les cinéastes américains et italiens n’y trouvent enfin une source vivace d’inspiration. Dès lors se bousculèrent sur les écrans moult sous-Conan plus ou moins inspirés (Ator, Dar l’Invincible, L’Epée Sauvage), des réadaptations vaguement médiévales de l’univers de La Guerre des Etoiles (Krull, Willow) et des œuvres audacieuses à mi chemin entre les romans de chevalerie et les contes de fées traditionnels (Dark Crystal, Legend). Le genre s’essouffla quelque peu à la fin des années 80, jusqu’à ce que Peter Jackson ne le ravive et ne le bouleverse à tout jamais en 2001 avec sa somptueuse trilogie du Seigneur des Anneaux, prompte à marquer une date définitive dans l’histoire du cinéma.

© Gilles Penso

Un peu de lecture…


FILMS CHRONIQUÉS :

1981: Conan le Barbare de John Milius

samedi 3 mai 2008

2007 - HALLOWEEN


Le DVD :


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De Rob Zombie (Etats-Unis)
Avec Malcolm McDowell, Sheri Moon Zombie, Tyler Mane, Scout Taylor-Compton, Brad Dourif, Danielle Harris, William Forsythe


Un remake d’Halloween n’avait rien pour réjouir les fans de films d’horreur, surtout après la catastrophique relecture de Fog qui leur fut infligée quelques années plus tôt. Mais avec Rob Zombie à la barre du projet, certains espoirs étaient permis. Et effectivement, la première moitié de cet énième Halloween s’avère prodigieuse, éclairant tout un pan de l’histoire de Michael Myers resté jusqu’alors dans l’ombre. C’est donc presque à une prequel que nous avons droit, au sein d’une de ces familles crasseuses et hystériques dont semble raffoler Zombie.

Pour nourrir ses trois enfants, Deborah Myers (Sheri Moon Zombie, épouse et égérie du cinéaste) gagne sa vie comme strip-teaseuse dans un bar louche d’Haddonfield, tandis que son épave de compagnon emplit sa panse de bière en se plaignant des braillements du bébé et en lorgnant sur les mini-shorts de la grande sœur. Au sein de cette atmosphère poisseuse, le jeune Michael Myers (l’hallucinant Daeg Faerch) grandit comme il peut, se refermant sur lui-même, cachant la plupart du temps son visage poupon sous un masque de clown et tuant les animaux qui ont le malheur de passer à proximité de son cutter. Profondément asocial, il finit par attirer l’attention du docteur Sam Loomis, un psychiatre ambitieux auquel l’immense Malcom McDowell prête son charisme, succédant sans rougir au pourtant inoubliable Donald Pleasence.

Un soir d’Halloween, Michael bascule dans la folie meurtrière, assassinant avec une violence inouïe son beau-père, sa sœur et son petit ami. Cette partie de la vie du « héros » d’Halloween, que Carpenter avait résumé en quelques minutes le temps d’un plan-séquence subjectif entré dans la légende, est donc l’un des moments les plus forts de cet audacieux remake, et le récit aurait du logiquement se raccorder ensuite au scénario qui nous est familier. Mais Rob Zombie décide d’aller plus loin dans l’exploration de son personnage, décrivant avec minutie la vie quotidienne de Michael dans l’institut psychiatrique où il est détenu, montrant la croissance de sa passion pour les masques, et la transformation du petit garçon psychopathe en colosse hirsute résolument impressionnant (incarné par Tyler Mane).

Lorsque Myers s’évade, le remake emboîte le pas de son modèle de 1978, et force est de constater que le film perd dès lors la majorité de son intérêt. Car la trame originale – extrêmement efficace en son temps, mais hélas galvaudé depuis – est quasiment reprise scène par scène. La surprise n’est plus vraiment au rendez-vous, les protagonistes redeviennent de simples archétypes (les lycéennes hilares, le croquemitaine muet, le policier incrédule, le psychiatre omniscient), et Zombie lui-même abandonne en cours de route les innovations de sa mise en scène. Certes, la violence paroxystique de certaines séquences assène de véritables coups de poings aux spectateurs, et les meurtres s’avèrent souvent longs, pénibles et douloureux – alors que le sang ne coulait qu’avec parcimonie dans l’originale Nuit des Masques – mais la seconde partie du film souffre d’une trop grande aliénation à son modèle, et le climax traîne artificiellement en longueur. Cet Halloween est donc une semi-réussite, qui vaut principalement pour sa remarquable entrée en matière.

© Gilles Penso

2007 - HOSTEL CHAPITRE 2


Le DVD :


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(Hostel Part II)
d’Eli Roth (Etats-Unis)
avec Jay Hernandez, Roger Bart, Richard Burgi, Edwige Fenech, Lauren German, Stanislav Ianevski, Roman Janecka


S’il s’efforce d’améliorer les problèmes de rythme et de structure du premier opus, notamment à travers une narration parallèle qui permet d’entrer un peu plus vite dans le vif du sujet, ce second Hostel se démarque difficilement de son aîné, dont il reprend servilement la trame et les ingrédients, se contentant principalement de changer le sexe de ses protagonistes. Alors qu'elles sont en vacances dans une Europe fort peu engageante, Beth, Lorna et Whitney, trois jeunes Américaines, rencontrent une femme charmante et mystérieuse avec laquelle elles sympathisent. Celle-ci se propose de leur faire découvrir pour le week-end un établissement de cure où elles pourront se reposer et s'amuser. Attirées par cette offre, les touristes la suivent avec enthousiasme et tombent dans un piège redoutable. Livrées à de riches clients associant l'horreur au plaisir, les malheureuses ne vont pas tarder à vivre un cauchemar absolu...

Avec cette séquelle, le problème majeur demeure : Eli Roth, incapable d’assumer un discours cohérent et une tonalité idoine, se laisse porter par toutes ses envies et part dans tous les sens : l’horreur gothique (l’effroyable séquence du massacre à la faux qui se réfère directement au personnage d’Elizabeth Bathory), le gore au second degré (le cannibale interprété par Ruggero Deodato qui déguste une pauvre victime lentement dépecée vive, le final excessif qui semble cligner de l’œil vers Street Trash), l’approche psychologique (le point de vue des « tueurs » qui sont en quête d’un pouvoir dont ils manquent cruellement dans leur propre foyer), la dénonciation d’un système abominable gangréné par l’argent (les enchères effectuées on-line sur les futures victimes, comme si des bourreaux pouvaient choisir sur Ebay les personnes qu’ils souhaitent trucider)…

Mais à tant sauter d’un style à l’autre, Hostel 2 ne touche personne et ne fait rien ressentir, à l’exception bien sûr du dégoût suscité par ses scènes de torture outrancières et désespérément complaisantes. Soucieux de bien marquer ses influences cinématographiques, notamment les films de genre italiens, Roth a orné son casting de quelques figures emblématiques transalpines. Ainsi, outre l’apparition du réalisateur de Cannibal Holocaust, on remarque la présence d’Edwige Fenech (L’Île de l’Epouvante de Mario Bava, Nue pour l’Assassin d’Andrea Bianchi) dans le rôle d’un professeur d’art, et celle de Luc Merenda (Le Parfum du Diable et Torso de Sergio Martino) sous la défroque d’un inspecteur de police.

Le réalisateur lui-même a fait mouler son visage par l’équipe des maquillages spéciaux pour que sa tête décapitée trône au milieu de dizaines d’autres dans une pièce sinistrement surréaliste, aux allures de salle de trônes, que n’aurait pas reniée le Comte Zaroff. Finalement aussi vain que le premier, cet Hostel 2 multiplie les passages horrifiques (un homme dévoré par des chiens, un visage découpé à la scie circulaire, des décapitations et des mutilations en tout genre, une émasculation digne d’Umberto Lenzi) à défaut de développer un récit palpitant et de discourir sur les horreurs qu’il étale.

© Gilles Penso