jeudi 18 octobre 2018

2001 - SLASHERS

de Maurice Devereaux (Canada)
Avec Sarah Joslyn Crowder, Kieran Keller, Tony Curtis Blondell, Sofia de Medeiros, Jerry Sprio, Neil Napier, Claudine Shiraishi

En projet depuis 1998, Slashers est l’œuvre de Maurice Devereaux, un cinéaste canadien cumulant ici les postes de réalisateur, scénariste, producteur et monteur. Slashers est un peu la version gore du Prix du Danger. Mais au lieu du plagiat éhonté commis par Paul Michael Glaser dans Running Man, Devereaux échappe à l’influence d’Yves Boisset pour imposer son propre univers. Le jeu télévisé dont il est question ici est le programme le plus populaire du Japon. Six candidats ont une heure et demie pour échapper aux assauts des « slashers », trois assassins masqués qui s’inspirent des tueurs psychopathes du cinéma d’horreur. Le prix à remporter s’élève à douze millions de dollars, avec une prime supplémentaire de deux millions par « slasher » tué au cours de la partie. Les participants ont le choix de s’entraider ou de faire chacun cavalier seul, sachant que les survivants sont rares depuis que l’émission existe. 

Or aujourd’hui, le jeu accueille pour la première fois des candidats américains : un ancien boxeur, un comptable, une athlète, un videur de boîte de nuit, une aspirante actrice et une étudiante en droit. Quant aux trois « slashers », ils ne sont pas piqués des vers : Charlie la Tronçonneuse, un émule de Leatherface à l’accent texan, le Révérend, un prêcheur armé d’un crucifix poignard, et Docteur Dépeceur, un chirurgien armé d’une pince coupante géante. Tout ce beau monde est équipé d’un collier magnétique qui permet aux producteurs d’obliger les participants à rester immobiles pendant les coupures publicitaires ! Dès que les présentations sont faites, la jolie présentatrice Miho laisse la partie commencer, tandis que « DJ Slash » mixe une musique d’ambiance en direct et qu’un cadreur suit pas à pas les évolutions des candidats dans « le Hangar de la Mort ». 

Dès lors, le film n’est plus qu’un long et virtuose plan-séquence au steadycam. Car le parti pris du cinéaste est de jouer intégralement la carte de la mise en abîme, aucune séquence parallèle ne venant s’insérer dans le film, qui se visionne donc comme une émission complète. Nous sommes du coup plongés dans la peau des téléspectateurs virtuels de ce jeu imaginaire, nous y prenons goût, et le film nous renvoie à la face notre propre voyeurisme. En ce sens, Slashers s’avère bien plus constructif (et tellement moins prétentieux) qu’un Hostel qui cache son premier degré derrière un soi-disant discours philosophique. Ici, la donne est claire, et proche des thématiques développées dans Rollerball : le public a toujours voulu du sang, et si un jour un jeu comme « Slahers » était autorisé, nul doute qu’il ferait exploser tous les audimats. 

Les nombreux effets gore du film, résolument inventifs, voient leur impact décuplé par le tournage en plan-séquence. Certains personnages sont ainsi capturés par leurs agresseurs puis découpés en morceaux dans la continuité (les mouvements de caméra rapides et les variations lumineuses aident généralement à camoufler les points de montage, comme à la glorieuse époque de La Corde d’Alfred Hitchcock). A part un jeu d’acteur parfois un peu maladroit, Slashers est donc un exercice de style remarquable que Maurice Devereaux eut la bonne idée de tourner dans un décor aussi efficace qu’économique, en l’occurrence un club de paint-ball.

© Gilles Penso
Thema: TUEURSTELEVISION

mercredi 17 octobre 2018

2002 - ROLLERBALL

de John McTiernan  (USA/Allemagne/Japon)
Avec Chris Klein, Jean Reno, LL Cool J, Rebecca Romijn-Stamos, Naveen Andrews

Pour la seconde fois consécutive, John McTiernan s’attaque au remake d’un classique de Norman Jewison. Mais si sa version de L’Affaire Thomas Crown se distinguait par son élégance et ses choix artistiques judicieux, on ne peut vraiment pas en dire autant du nouveau Rollerball. A mi-chemin entre l’anticipation et la politique-fiction, cette relecture de la nouvelle homonyme de William Harrison donne la vedette à Chris Klein dans le rôle de Jonathan Cross, champion du monde du jeu ultra-violent « Rollerball » retransmis par toutes les télévisions du globe. La scène d’intro nous a révélé la personnalité de ce jeune casse-cou trompe-la-mort, s’amusant à dévaler les rues bondées de San Francisco allongé sur un skate board, pour se faire photographier contre quelques centaines de dollars. 

Si ce prologue se distingue par son dynamisme, le premier match de « Rollerball », situé dans une arène édifiée au Kazakhstan, souffre d’un montage confus ne permettant ni de comprendre les règles du jeu, ni d’en apprécier l’extrême brutalité. Lorsqu’un des membres de l’équipe de Jonathan est grièvement blessé, le pic d’audience mondiale grimpe d’un coup. Or on découvre peu après que la lanière de son casque avait été coupée. Le jeu serait-il truqué ?  Le match suivant se déroule en Azerbaïdjan. Là, les organisateurs du jeu provoquent une bagarre générale, afin d’augmenter une fois de plus l’audience télévisuelle. « Argent rime avec sang » se contente de commenter Ridley (LL Cool J), le coach de Jonathan, conseillant à son champion de fermer les yeux et d’empocher son chèque. 

La thématique est donc moins ici la quête de l’individualisme que les dilemmes de l’incorruptibilité. C’est louable, d’autant que le film joue souvent sur le contraste entre la pauvreté des pays où sont bâties les arènes et l’abondance obscène des sommes d’argents investies dans chaque match. Mais le discours ne va pas bien loin et demeure très superficiel. On sent bien, ça et là, quelques salves contre la pub, la télé, les médias et le monde du sport, mais elles sont plus récréatives que virulentes, d’autant que la réalité a rattrapé depuis longtemps les prophéties du premier film. Nous sommes finalement plus proche de l’ambiance de Fast and Furious ou de Running Man que du Rollerball original, McTiernan reprenant souvent à son compte l’imagerie du jeu vidéo. 

Avouons que le film souffre beaucoup de la prestation caricaturale de Jean Réno en patron véreux. Le final ne manque pas de suspense et de violence, sans parvenir à éviter le manichéisme primaire et le happy end béat inhérents à toute surperproduction de studio. Les multiples déconvenues du réalisateur (remontages interminables, tournages additionnels de dernière minute, date de sortie sans cesse repoussée) expliquent en grande partie ce fiasco qui aurait bien mérité un director’s cut. « Là d’où je viens, il existe un dicton qu’on pourrait qualifier d’Alzheimer Irlandais : “oublions tout, sauf les mauvais souvenirs !“. Donc je préfère aller de l’avant et ne pas chercher à remonter ce film » (1), explique avec humour un John McTiernan visiblement décidé à effacer ce Rollerball de sa mémoire – et de sa filmographie.

(1) Propos recueillis par votre serviteur en janvier 2010.

© Gilles Penso
Thema: FUTURTELEVISION

1971 - QUATRE MOUCHES DE VELOURS GRIS

4 Mosche di Velluto Grigio

de Dario Argento (talie/France)
avec Michael Brandon, Mimsy Farmer, Jean-Pierre Marielle, Aldo Bufi Landi, Calisto Calisti, Marisa Fabbri, Bud Spencer

L’oiseau exhibait de belles plumes de cristal, le chat arborait neuf queues éngimatiques… Désormais ce sont les mouches qui viennent hanter le cinéma de Dario Argento, pour un troisième long-métrage qui pousse encore plus loin les expérimentations scénaristiques et sensorielles. Bien sûr, ce titre animalier n’est qu’un leurre de plus, référence à une expérience scientifique révolutionnaire permettant de photographier la dernière image enregistrée par l’une des victimes d’un tueur avant sa mort… image qui s’avère être, en l’occurrence, quatre mouches grises. 

Dès le générique, Dario s’amuse à jouer les mouches du coche – si l’on ose dire – en montrant un insecte qui vient importuner son héros Roberto Tobias pendant qu’il joue de la musique. Ce dernier, incarné par Michael Brandon, n’est pas sans présenter de nombreuses ressemblances physiques avec le jeune réalisateur, comme si Argento cherchait à mettre en scène ses propres incertitudes de l’époque. Depuis une semaine, Roberto remarque qu’un homme étrange le suit partout. Pour démêler ce mystère, il le suit à son tour, l’interpelle et le tue accidentellement dans un grand théâtre bariolé, sous les yeux d’une présence masquée qui photographie la scène. L’étrangeté et le surréalisme s’invitent ainsi très tôt dans Quatre Mouches de Velours Gris

Le style baroque d’Argento se développe davantage que dans les deux films précédents, annonçant les géniales extravagances des Frissons de l’Angoisse et de Suspiria. Les prises de vues insolites abondent (plan filmé depuis l’intérieur d’une guitare, caméra qui suit un gourdin en train de frapper ou la balle d’un pistolet qui fend les airs) et les compositions d’Ennio Morricone cèdent souvent le pas à des morceaux pop rocks joués par le groupe dans lequel notre héros est batteur. Comme toujours, plusieurs passages virtuoses ponctuent le métrage, comme cette scène de poursuite dans un parc nocturne qui prend littéralement les allures d’un cauchemar claustrophobique et vertigineux, ou ce rêve récurrent au cours duquel Roberto assiste à une éxecution publique – sorte de remake gore de l’accident de voiture des Choses de la Vie

L’humour est aussi très présent dans le film, même si cette composante de la personnalité de Dario Argento est généralement peu citée. « J’ai toujours eu un petit faible pour l’humour, à condition qu’il soit saupoudré discrètement dans l’intrigue », nous avoue-t-il. « Vous trouverez de nombreuses touches d’ironie dans mes films. Pas dans tous, certes, parce que certains sont trop durs pour laisser la moindre place à la comédie, si discrète soit-elle. Mais chaque fois que j’en ai la possibilité, j’essaie d’injecter quelques doses de dérision et de drôlerie. » (1) D’où les prestations ubuesques de Jean-Pierre Marielle et Bud Spencer, respectivement détective privé homo qui n’a jamais résolu une seule affaire et pêcheur glouton qui se régale de poissons crus en répondant au surnom de « Dieu », ou encore cette scène improbable d’un salon international des arts funéraires dans lequel les visiteurs peuvent essayer les cercueils !

(1) Propos recueillis par votre serviteur en février 2011

© Gilles Penso
Thema: TUEURS

lundi 15 octobre 2018

1974 - PHANTOM OF THE PARADISE

de Brian de Palma (USA)
Avec Paul Williams, William Finley, Jessica Harper, George Memmoli, Gerrit Graham, Archie Hahn

Inspiré en partie par une malheureuse expérience que vécut Brian de Palma sur le tournage de son film Get to Know your Rabbit en 1972, dont il fut renvoyé par les cadres de la Warner et qui fut achevé et monté sans lui, Phantom of the Paradise permet au cinéaste de dresser un portrait au vitriol du monde du show business. Le personnage central est le puissant producteur musical Swan, incarné avec panache par Paul Williams qui écrit également toutes les chansons du film. 

Dénué du moindre scrupule, Swan dérobe l’œuvre du compositeur Winslow Leach (William Finley) et le fait emprisonner à Sing Sing, où le malheureux participe malgré lui à un programme médical qui le prive de toutes ses dents. Fou de rage, il s’évade et s’introduit dans la maison de disque de Swan avec la ferme intention de tout saboter. Mais il se retrouve coincé et broyé dans la presse à disques. Le visage défiguré, la voix brisée, il se précipite dans l’East River. C’est la fin de son chemin de croix. Sa « résurrection » (la reconstruction de son corps, de sa voix et de son œuvre) est symbolisée par le choix du nom de l’héroïne du film : la chanteuse Phoenix (Jessica Harper). En entendant sa voix, Winslow sait qu’elle sera la seule à pouvoir incarner son œuvre. Il erre alors dans les coulisses du « Paradise », se faufile dans la pièce des costumes et adopte son nouveau look : une combinaison noire, une cape et un masque argenté de rapace. 

Non content de réinventer « Le Fantôme de l’Opéra » en l’intégrant dans l’univers de la musique pop, De Palma détourne le mythe de « Faust » qui devient le motif central de la seconde partie du film, mais aussi celui du « Portrait de Dorian Gray ». Cette fusion des grands mythes fantastiques littéraires, à laquelle il faut ajouter des allusions directes à Dracula et à Frankenstein, trouve son écho dans le mélange des techniques de mise en scène que Brian de Palma adopte. Tout se passe comme si Phantom of the Paradise était déjà une œuvre somme, adaptant chacun de ses effets de style aux besoins de la dramaturgie : traveling circulaire vertigineux autour de Winslow qui chante et joue du piano, plan-séquence en caméra subjective où Leach s’immisce dans les coulisses pour dénicher sa panoplie, séquence virtuose en split-screen où l’on voit simultanément un groupe de pop sur scène et une voiture dans laquelle le Fantôme a placé une bombe, effets burlesques accélérés, etc. 

De Palma pousse l’exercice jusqu’à se moquer de lui-même et de ses habituelles inspirations hitchcockiennes en parodiant brièvement la scène de la douche de Psychose, une ventouse remplaçant le couteau de cuisine, et en clignant de l’œil vers L’Homme qui en savait trop au moment où un tireur embusqué s’apprête à tuer Phoenix pendant le spectacle. Le réalisateur utilise aussi sans retenue le grand angle déformant pour muer ses protagonistes en caricatures grimaçantes et même certains artéfacts du cinéma muet au sein de plusieurs scènes sans dialogues.  Au moment de sa sortie, Phantom of the Paradise décontenance le public et ne fait pas d’éclat au box-office. Ce n’est qu’au fil des ans qu’il se mue en œuvre culte adulée sur les cinq continents, remportant au passage le Grand Prix du Festival du Film Fantastique d’Avoriaz.

© Gilles Penso
Thema: SUPER-VILAINS



dimanche 14 octobre 2018

2017 - OKJA

de Bong Joon-ho (Corée du Sud/USA)
Avec Ahn Seo-hyeon, Tilda Swinton, Paul Dano, Jake Gyllenhaal, Byeon Hee-bong, Steven yeun, Lily Collins, Yoon Je-moon

Bong Joon-ho n’est pas du genre à arpenter les sentiers gentiment balisés par ses prédécesseurs. Avec des œuvres aussi atypiques que The Host ou Le Transperceneige, il s’emparait d'univers extrêmement codifiés (le film de monstre géant et la fable post-apocalyptique) pour les dynamiter de l’intérieur et les revisiter de fond en comble. En toute logique, son approche du conte allégorique ne ressemble à rien de connu. A tel point que Okja prend vite les allures d’un OVNI un peu indéfinissable. 

Tilda Swinton incarne avec une jovialité teintée de duplicité Lucy Mirando, héritière de l’empire Mirando Corporation. Face aux médias, elle annonce fièrement la création d’une nouvelle race de cochons géants. Vingt-six d’entre eux seront élevés en pleine nature, à différents endroits du globe, pendant une dizaine d’années. A l’issue de ce délai, l’un d’eux sera couronné plus beau cochon du monde. Nous découvrons alors la petite Mija (Ahn Seo-hyeon), qui vit avec son grand-père dans une montagne de Corée du Sud, loin de la ville, et voue une amitié indéfectible au cochon femelle géant Okja. Les premières images de la fillette et son ami quadrupède (une incroyable réussite numérique conçue par l’équipe de Method Studios) évoquent tour à tour Mon Voisin Totoro, Peter et Elliott le Dragon ou même E.T. l'extraterrestre. Or si Miyazaki, Spielberg et les studios Disney semblent influencer partiellement le film, Bong Joon-ho brise une fois de plus tous les codes. 

Lorsque la compagnie Morando vient réclamer son dû et que le Front de Libération des Animaux s’en mêle, les choses dégénèrent et d’époustouflantes séquences d’action scandent le film, comme la course-poursuite en camion dans les rues de Séoul ou encore l’évasion d’Okja qui sème une belle panique dans les rues de la ville puis dans un grand magasin. De tels passages nous coupent le souffle par leur ambition, même si l’on peine à comprendre où le film veut en venir. Cette salve manifeste à l’encontre de l’hypocrisie des grosses corporations, de certains « écolo-terroristes » extrémistes et de la bêtise humaine en général fonctionnerait sans doute si la quasi-totalité des protagonistes n’était pas traitée sous un angle aussi caricatural. La palme en ce domaine revient probablement à Jake Gyllenhaal, assez insupportable en présentateur d’émissions animalières complètement hystérique. Le message a donc du mal à passer, seule la jeune Ahn Seo-hyeon nous offrant une certaine sobriété de jeu. 

L’autre problème majeur du film est son positionnement. A priori, l’histoire d’une petite fille et de son ami le monstre gentil est destinée aux enfants. Mais avec un « fuck » inséré toutes les deux minutes dans les dialogues et une séquence très éprouvante située dans un monstrueux abattoir, la cible visée n’est manifestement pas enfantine. Partagé entre l’humour burlesque, le drame, le conte fantastique, le film de monstre, la satire sociale anticapitaliste et écologique et la science-fiction pure et dure, Okja semble ne pas savoir sur quel pied danser. En peine de trouver le bon équilibre et le ton juste, le film nous intrigue et nous surprend, ce qui n’est déjà pas si mal, mais laisse un arrière goût indigeste qui entrave notre pleine implication émotionnelle.

© Gilles Penso
Thema: MAMMIFÈRES

Théma MEDECINE EN FOLIE


« Un médecin est un homme qui verse des drogues qu’il connaît peu dans un corps qu’il connaît encore moins. »
Voltaire

INDEX DES FILMS CHRONIQUÉS:
1920: Le Cabinet du Docteur Caligari de Robert Viene
1932: Docteur X de Michael Curtiz
1933: L'île du Docteur Moreau  de Erle C. Kenton
1959: Les Yeux sans Visage de Georges Franju
1960: L'Impasse aux Violences de John Gilling
1962: L'Horrible Docteur Orloff de Jess Franco
1971: Orange Mécanique de Stanley Kubrick
1972: Traitement de Choc d'Alain Jessua
1973: La Griffe de Frankenstein d'Anthony Balch
1974: Frissons de David Cronenberg
1978: Morts Suspectes de Michael Crichton
1988: Les Prédateurs de la Nuit de Jess Franco
1997: L'Île du Docteur Moreau de John Frankenheimer
1997: Volte/Face de John Woo
1998: Cube de Vincenzo Natali
2004: Eternal Sunshine of the Spotless Mind de Michel Gondry
2008: The X-Files: Régénération de Chris Carter
2009: Splice de Vincenzo Natali
2011: Cadavres à la pelle de John Landis
2011: La Piel que Habito de Pedro Almodovar
2015: Renaissances de Tarsem Singh
2017: Get Out de Jordan Peele

1979 - SPIDER-MAN DEFIE LE DRAGON

Spider-Man and the Dragon Challenge

de Don McDougal (USA/Hong-Kong)
avec Nicholas Hammond, Robert F. Simon, Chip Fields, Ellen Bry, Rosalind Chao, Hagan Beggs, Richard Erdman, Benson Fong

Malgré son succès relatif – plus probablement lié à la popularité du personnage qu’à la qualité du programme lui-même – la série télévisée L'Homme-Araignée diffusée sur CBS à partir de l’automne 1977 s’interrompt au bout de treize épisodes seulement. Mais pour exploiter le filon jusqu’au bout avant l’improbable récupération du personnage par la société japonaise Toei, les deux derniers épisodes (« The Chinese Web » part 1 et 2) sont réunis en un seul et exploités sous forme de long-métrage sous le titre Spider-Man défie le Dragon. Cela semble certes difficile à imaginer, mais le résultat s’avère encore plus catastrophique que les pourtant gratinés L'Homme-Araignée et La Riposte de l'Homme-Araignée

Toujours incarné par le chenu Robert F. Simon, J. Jonah Jameson est un vieil homme affable à mille lieues du rédacteur en chef hargneux imaginé par Stan Lee. Son ami le diplomate chinois Min Lo Chan (Benson Fong) vient lui demander son aide pour prouver qu’il n’est pas un traitre à sa nation. L’opinion publique a en effet été manipulée par l’industriel américain Zeider (Richard Erdman) qui ne veut pas voir compromis ses sinistres projets en Asie et envoie des hommes de main pour assassiner le politicien. C’est là qu’entre en jeu Spider-Man, prélude d’une pataude aventure qui le conduira jusqu’à Hong-Kong. Extrêmement bavard, Spider-Man défie le Dragon n’en finit plus de recourir aux dialogues explicatifs pour exposer les situations en plans statiques et en champs et contrechamps scolaires. 

C’est avec une patience durement mise à l’épreuve que nous attendons l’entrée en jeu de l’Homme-Araignée, mais lorsque le monte-en-l’air intervient enfin, comment ne pas soupirer d’exaspération ou éclater d’un rire nerveux et libérateur ? Sous son costume toujours aussi mal fagoté – le tissus plisse, d’énormes lentilles cachent ses yeux, des bracelets et une ceinture en plastique ornent ses poignets et sa taille, des bottes en caoutchouc entravent ses pas – le « super-héros » s’avère désespérément lent, maladroit et dénué du moindre super-pouvoir. A peine sautille-t-il timidement et envoie-t-il quelques coups de poing timides à ses adversaires, lançant des ficelles censées figurer de la toile d’araignée et se laissant blesser par balles à deux reprises au fil d’une intrigue exaspérante d’ennui. 

Certes, Nicholas Hammond a toujours la tête de l’emploi et reste même rétrospectivement un Peter Parker bien plus acceptable que ceux incarnés par Andrew Garfield ou Tom Holland, son physique s’approchant beaucoup du personnage tel qu’il fut dessiné par John Romita Sr. A part ça, Spider-Man défie le Dragon nous offre une visite touristique de la Chine (démonstrations de kung-fu, visite de temples et de marchés, cérémonies taoïstes), la poursuite en bateaux la plus molle de tous les temps et – comble du ridicule – une scène clé au cours de laquelle l’Homme-Araignée se coiffe d’un chapeau pointu pour se faire passer pour un Chinois ! Les plus attentifs remarqueront la présence furtive de Ted Danson dans le rôle d’un officier militaire qui tuyaute Parker en début de métrage.

© Gilles Penso
Thema: SUPER-HÉROS
Saga: Spider-Man