1997 - BIENVENUE A GATTACA

 

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(Gattaca)
d’Andrew Niccol (Etats-Unis)
avec Ethan Hawke, Uma Thurman, Jude Law, Alan Arkin, Loren Dean, Ernest Borgnine

Et si, dans un futur proche, la discrimination n’était plus liée au sexe ou à la couleur de peau mais au patrimoine génétique ? Tel est le postulat de Bienvenue à Gattaca, remarquable premier long-métrage du cinéaste néo-zélandais Andrew Niccol, jusqu’alors réalisateur de films publicitaires et auteur du scénario de The Truman Show. La première chose qui frappe, dans Gattaca, est la superbe sobriété de sa direction artistique. Dans cet avenir indéterminé, les modes vestimentaires, architecturales, automobiles ou musicales semblent s’être arrêtées dans les années 50, comme si les progrès technologiques étaient inversement proportionnels à l’évolution des états d’esprits et des idéaux. 

Bien entendu, le choix de ces bâtiments postmodernes et de ces costumes étriqués n’est pas hasardeux. Il évoque le totalitarisme réel des années staliniennes et celui, fictif, du roman le plus exemplaire du genre : « 1984 » de George Orwell, écrit justement en 1948. D’ailleurs, rien n’est laissé au hasard dans Gattaca, du choix de son titre (référence aux quatre nucléotides composant l’ADN humain) à celui du nom de ses personnages (Eugène pour eugénisme, Cassini pour l’astronome ayant mis à jour les spécificités de la planète Saturne) en passant par le choix du mobilier (notamment un grand escalier en colimaçon, lieu d’une séquence clef du film, qui évoque la double hélice de l’ADN). Andrew Niccol est un perfectionniste, et le paradoxe s’avère étonnant lorsqu’on découvre que son film est justement une ode à l’imperfection. 

Car dans ce futur faussement idyllique, seuls les « bien nés », autrement dit les êtres humains conçus par voie non naturelle et donc génétiquement « valides », sont promus aux postes et aux rôles les plus importants de la société. Les autres (désignés par l’euphémisme « enfants de la providence » pour ne pas dire « dégénérés ») sont relégués aux tâches subalternes. Personne ne remet en cause cet état de fait, sauf Vincent Freeman (Ethan Hawke) qui rêve de voyager dans l’espace, mais doit se contenter de nettoyer les toilettes des futurs astronautes dans la mesure où il est né par voie naturelle. Il décide alors de tricher et de prendre le système à son propre jeu, s’accaparant l’identité de Jérome Morrow (Jude Law), un homme « génétiquement parfait » mais cloué sur un fauteuil roulant suite à un accident. 

Jérome accepte pour l’argent, mais aussi et surtout parce qu’il va pouvoir vivre la destinée de son usurpateur par procuration. « J’ai eu la meilleure part dans l’affaire », avouera-t-il la larme à l’œil. « Je t’ai seulement prêté mon corps, tu m’as prêté ton rêve. » Dès lors, tous les faits et gestes de Vincent sont savamment calculés pour éviter d’être détecté comme invalide. Mais le directeur de la mission spatiale est un jour assassiné, et l’enquête qui se déclenche risque de fragiliser son stratagème. Truffée d’idées ingénieuses (le stand où l’on peut faire des analyses express d’ADN pour savoir si le garçon ou la fille qu’on a embrassé est un bon parti) et de séquences de suspense tétanisantes (le héros contraint de se débarrasser de ses lentilles de contact et de traverser une autoroute alors que sa vue défaille), Gattaca est un joyau d’autant plus savoureux qu’il s’avère terriblement plausible.

© Gilles Penso
Thema: FUTUR