1986 - HOWARD : UNE NOUVELLE RACE DE HEROS

 

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(Howard the Duck)
de Willard Huyck (Etats-Unis)
Avec Lea Thompson, Jeffrey Jones, Tim Robins, Ed Gale, Chip Zien, Paul Guilfoyle, Liz Sagal, Dominique Davalos

Dès ses premières secondes, Howard cultive un étrange sens du décalage. La musique envoûtante de John Barry, jazzy et lyrique, véhicule ou doux parfum de nostalgie, et l’on se demande assez rapidement si elle n’a pas été écrite pour un autre projet que celui-ci. Car lorsqu’on découvre le héros du film, un canard extra-terrestre (entendez un comédien nain costumé) dont la planète est une espèce de pastiche bizarre de la Terre (les posters, les magazines et la culture en général sont des variantes de la nôtre, si ce n’est que les humains y sont remplacés par des palmipèdes), on saisit mal l’adéquation entre cet univers parodique et la mélodie nostalgique du génial compositeur des James Bond. 

Produit par George Lucas, en quête de nouvelles franchises, et réalisé par Willard Huyck, co-scénariste d’Indiana Jones et le Temple Maudit, Howard adapte le comic book créé par Steve Gerber pour Marvel Comics. Notre canard y est propulsé par une force irrésistible, qui le déplace depuis son salon jusqu’à Cleveland sur Terre. Là, il rencontre la rockeuse Beverly (Lea Thompson) et le professeur Jenning (Jeffrey Jones) qui va tout tenter pour l’aider à rentrer chez lui. Mais le rayon laser que ce dernier utilise touche la planète des monstres noirs. L’un de ces démons s’incarne alors dans le corps du professeur qui enlève Beverly et prépare l’arrivée de ses semblables… Les recettes que Howard s’efforce d’appliquer sont assez évidentes. La présence de Lea Thompson, le choix de protagonistes adolescents, le traitement de la science-fiction sous l’angle de la comédie, tous ces ingrédients semblent provenir de Retour vers le Futur dont Willard Huyck et George Lucas tentent maladroitement de retrouver l’alchimie. 

Mais il eut fallu que les auteurs du film sachent plus précisément ce qu’ils avaient envie de raconter et surtout quel ton adopter. Car il devient vite évident que le film échappe à ses créateurs pour se muer en patchwork bizarre soumis à des choix artistiques et techniques qui laissent perplexe. Les effets spéciaux en sont un bon exemple. A côté du costume animatronique grotesque que portent à tour de rôle les huit interprètes du canard, le film recours aux splendides effets en stop-motion de Phil Tippett pour visualiser le professeur Jenning au stade final de sa transformation. Le démon est si réussi, si effrayant et si spectaculaire (« J’ai imaginé une chose que je n'aurais pas aimée avoir dans l'estomac, une sorte de cancer qui aurait atteint son stade terminal » (1) explique Tippett) qu’il n’a rien à faire dans un tel film, nouvelle démonstration du décalage permanent qui définit Howard et le mue finalement en objet fascinant. 

Avec un budget de 37 millions de dollars et des bénéfices de 16 millions, autant dire que le flop fut retentissant. George Lucas n’en ressortit pas indemne, dans la mesure où il comptait beaucoup sur les recettes du film pour renflouer ses caisses après l’achat exorbitant du Skywalker Ranch (50 millions de dollars). Pour rentrer dans ses frais, le père de Star Wars vendit donc à bas prix le département effets numériques d’ILM à son ami Steve Jobs. C’est ainsi que naquit le studio d’animation Pixar.

(1) Propos Recueillis par votre serviteur en avril 1998

© Gilles Penso

BONUS : Lea Thompson au lit avec un canard… Tout va bien !


BONUS : Phil Tippett et l'impressionnante figurine du Dark Overlord