mardi 18 septembre 2018

2018 - CLIMAX

de Gaspar Noé (2018) – France
avec Sofia Boutella, Romain Guillermic, Souheila Yacoub ; Kiddy Smile, Giselle Palmer, Claude-Emmanuelle Gajan-Maull

C’est dans une certaine urgence que s’est monté Climax, Gaspar Noé ayant profité de réunir le financement de son cinquième long-métrage pour accélérer sa préparation et son tournage. Avec une troupe de comédiens/danseurs inconnus du grand public et une équipe technique réduite à sa plus simple expression, il s’enferme dans un décor unique et boucle ses prises de vues en deux semaines. Le postulat est d’une grande simplicité : vingt-cinq jeunes danseurs répètent une dernière fois leur spectacle dans une salle située en bordure de forêt, en plein hiver, puis décompressent autour d’un apéritif copieusement arrosé. Bientôt, les comportements se modifient, l’agressivité et la paranoïa gagnent tout le monde, les cerveaux se détraquent… Alors qu’il devient évident qu’une substance hallucinogène a été versée dans la sangria, les choses dégénèrent jusqu’au chaos, à la démence et à l’horreur. 

Comme au temps de Irréversible, Gaspar Noé joue avec la temporalité, commençant son film par la fin avant de revenir aux prémisses du drame. Climax s’ouvre donc étrangement avec un générique final, la suite des crédits s’affichant de manière extrêmement graphique tout au long de la première partie du film, dans un ordre qui semble aléatoire. L’intrigue s’inscrit d’ailleurs dans une période indéterminée. La première apparition des danseurs, présentée comme une audition filmée par la chorégraphe, s’effectue sur un écran de télévision qui semble dater des années 80/90, ce que confirment les piles de cassettes VHS posées à côtés du poste (les titres ne sont évidemment pas choisis au hasard, des références aussi diverses que Possession, Salo ou les 120 jours de Sodome ou Vibroboy apparaissant sur les jaquettes). L’un des cartons d’introduction nous annonce que les faits s’inspirent d’une histoire survenue en 1995. Quant à la musique, elle mêle des titres récents avec d’autres beaucoup plus anciens comme des standards des années 70/80. 

C’est d’ailleurs sur le classique « Supernature » de Cerrone que se déroule le premier très long plan-séquence du film, au sein d’une chorégraphie syncopée, chorale et organique qui n’est pas sans évoquer le All that Jazz de Bob Fosse. La virtuosité des mouvements de la caméra (très souvent portée par le réalisateur lui-même) mêlée à la performance physique des danseurs donne déjà le vertige. D’autres plans-séquences (marque de fabrique de Noé) ponctuent régulièrement le film, suivant sans relâche chaque protagoniste dans ses mouvements et ses dialogues, avec une mobilité qui finit par étourdir, notamment lorsque le cadre se retrouve inversé. Ce processus de mise en scène n’est pas un simple gimmick. Il participe – tout comme la musique électronique lancinante qui envahit l’espace sonore – au rythme hypnotique du film. Le malaise s’accroit ainsi au fil des évolutions implacables de la caméra, jusqu’à un final écarlate nous plongeant allégoriquement dans les entrailles d'un enfer digne du Livre de l'Apocalypse. Certes, la démarche de Gaspar Noé est sans doute plus consciente et moins spontanée qu’à l’époque d’Enter the Void, mais l’impact du film n’en est pas amoindri pour autant, laissant ses spectateurs dans un état d’épuisement proche de celui des survivants du drame.

© Gilles Penso

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