2004 - CATWOMAN

de Pitof (USA)
Avec Halle Berry, Sharon Stone, Lambert Wilson, Benjamin Bratt, Alex Borstein, Frances Conroy, Michael Massee 

Deux questions nous taraudent pendant le visionnage de Catwoman : pourquoi avoir attendu si longtemps pour mettre en branle ce spin-off de Batman le défi, et surtout pourquoi en avoir confié la mise en scène à Pitof, alias Jean-Christophe Comar ? Certes, ce sympathique cinéaste est un pilier des effets spéciaux visuels, qu’il pratiqua intensivement tout au long de sa carrière sur les films français les plus ambitieux des années 90. Mais il est également l’auteur de Vidocq, qu’on ne peut pas décemment qualifier de réussite artistique et technique. Cela dit, avec un tel scénario, il était difficile de tirer son épingle du jeu.

Qu’on en juge : Patience Philips (Halle Berry) est une directrice artistique œuvrant pour la société Hedare Beauty, dirigée d’une poigne de fer par l’antipathique George Hedare (Lambert Wilson) et par son épouse Laurel (Sharon Stone), une ancienne mannequin ayant connu son heure de gloire. Or Beau-Line, le nouveau produit de beauté que s’apprête à commercialiser Hedare, présente des risques terribles pour la clientèle. Certes il renforce et rajeunit la peau. Mais si on cesse de l’utiliser, les effets secondaires sont quelque peu indésirables : dépendance, vomissements, vertiges et décomposition de l’épiderme ! Travaillant tard le soir, Patience découvre l’horrible vérité mais n’a pas le temps de la révéler, car les gorilles du couple Hedare lui règlent son compte et la laissent pour morte. Mais c’était sans compter sur « Minuit », un chat égyptien venu du fond des âges pour la ressusciter grâce à ses pouvoirs magiques.

A partir de là, c’est le point de non retour. Le look de cette nouvelle Catwoman, loin du cuir moulant ultra-sexy de Michelle Pfeiffer, ressemble à une tenue de carnaval à peine digne d’un bal masqué, et ses acrobaties en image de synthèse imitent sans vergogne celles du  Spider-Man  de Sam Raimi sans jamais en égaler la grâce. Au scénario absurde et aux dialogues laborieux (fruit du travail commun de quatre auteurs !) s’ajoute une mise en scène pataude. Certes, Pitof a calmé le jeu depuis les effets hystériques de Vidocq, mais le bon goût et la subtilité continuent à briller par leur absence. Grotesque, vulgaire et caricatural, ce massacre en règle de la féline imaginée par Bob Kane enchaîne sans vergogne les séquences embarrassantes au cours desquelles les comédiens en font des tonnes sans le moindre garde fou.

Il faut voir Sharon Stone jouer la duplicité avec la finesse d’un cartoon des Looney Tunes ou Hale Berry manger des boites de ronron et se frotter à de l’herbe à chat ! Et que dire de ce personnage féminin invraisemblable (mais très pratique pour les scénaristes) qui surgit de nulle part, sait tout sur les femmes-chats et raconte à notre héroïne ses nouvelles attributions avant de lui donner son masque de super-héroïne ! Quant à la scène-clef du film, le combat à mort entre Patience et Laurel qui nécessita pas moins de neuf jours de tournage, elle nous offre une ascension directe sur les sommets du ridicule. Bref voilà une belle franchise morte-née dès son premier épisode. Catwoman réapparaîtra sous les traits de Anne Hathaway dans  The Dark Knight Rises. Quant à Pitof, il s’échoua dans les direct-to-DVD anonymes. Notre femme-chat, elle, attend toujours le long-métrage qui lui restituera l’éclat qu’elle mérite.


© Gilles Penso
Thema: SUPER-HÉROS