TOUT EST PARDONNÉ ?

 
Quelques dents ont grincé face à la couverture du numéro 1178 de CHARLIE HEBDO. "Tout est pardonné" y lit-on. Comment peut-on pardonner l'impardonnable ? Les terroristes auraient donc gagné ? Auraient-ils fait plier l'adversaire ? D'autant que ce portrait de Mahomet, beaucoup moins caricatural qu'à l'accoutumée, se contente de nous regarder la larme à l'œil… L'esprit grinçant de Charlie se serait-il évaporé ? Le vitriol se serait-il adouci ? Allons donc ! Pour qui sait lire entre les lignes et regarder entre les coups de crayon, c'est évidemment tout le contraire qui saute aux yeux. 

Certes, le prophète n'est ni nu, ni égorgé, ni soumis à quelque pratique anale embarrassante. Il se tient debout, sobrement, sagement. Mais observez le bien. N'y entrevoyez-vous pas, sous les traits du visage, quelques attributs virils généreusement pourvus ? Et oui, qu'on se rassure, la grivoiserie est toujours là ! Mais ce n'est pas tout. En portant lui-même la pancarte "Je suis Charlie", Mahomet prouve aux assassins qu'ils ont échoué. Le prophète barbu ne les félicite pas, il se joint au cri d'un peuple soudain dressé contre la terreur, contre l'obscurantisme, contre la privation des libertés. Mais dans ce cas, comment comprendre le texte "Tout est pardonné" ? Il suffit sans doute d'y déceler une nouvelle preuve du lamentable échec de l'acte terroriste du 7 janvier. Alors que les fascistes de tous bords se frottent les mains, trop heureux de récupérer le drame pour attiser la peur de l'étranger, Charlie n'appelle pas à la haine mais au pardon. C'est un comble, non ? 

Ainsi, ce petit dessin d'apparence si naïf en dit long sur l'incroyable résurrection d'un Charlie jadis moribond, aujourd'hui tiré à des millions d'exemplaires et déjà en rupture de stock. Les terroristes ont échoué sur toute la ligne. Ils ont ravivé la flamme d'un journal en sérieuse perte de vitesse pour le muer en symbole et ont changé la xénophobie en gigantesque élan de fraternité. Ironie du sort suprême : les pathétiques crétins homicides sont morts dans une imprimerie ! Joli coup du sort, non ? A moins que Dieu (Jésus, Yahvé, Mahomet, chacun reconnaîtra le sien) n'y soit pour quelque chose…

Comment ? Tout ça n'a pas grand-chose à voir avec le cinéma fantastique ? Peut-être. Mais dès qu'il s'agit de menacer notre liberté d'expression, nous sommes tous concernés, n'est-ce pas ?

Votre humble serviteur.

P.S.: Arrêtez de vous entredéchirer pour essayer de récupérer le dernier numéro de Charlie Hebdo en kiosque. Laissez les marchands de journaux tranquilles et abonnez-vous. Le "journal des survivants" compte beaucoup là-dessus.

BONUS : Un tout petit aperçu du dernier Charlie, qui en dit déjà long…