1995 - LE VILLAGE DES DAMNÉS

(Village of the Damned)
de John Carpenter (USA)
avec Christopher Reeves, Kirtsie Alley, Linda Kozlowski, Michael Paré, Meredith Salenger, Mark Hamill, Pippa Pearthree 

« J’adore les vieux films de science-fiction. C’est mon amour premier, mon genre de prédilection », confesse John Carpenter. « J’ai vu Le Village des Damnés lorsque j’avais douze ans, et j’étais tombé amoureux d’une des jeunes filles du film ! » (1) En réalisant un remake du classique de Wolf Rilla trente-cinq ans plus tard, le réalisateur d’Halloween s’est heurté à un obstacle de taille : réussir à étonner un public qui a gardé en mémoire les incroyables péripéties du film original. 

La surprise n’est donc pas le moteur principal de cette nouvelle version, d’autant que contrairement à son remake de The Thing ou sa relecture de L’Homme Invisible, ce nouveau Village des Damnés reste fidèle, dans les grandes lignes, au film original, lui-même tiré du roman « Les Coucous de Midwich » de John Wyndham. Christopher Reeve reprend le rôle tenu par George Sanders en 1960, et se trouve à son tour confronté aux enfants télépathes et albinos. Petite différence avec le film original : au lieu d’être menée par un garçon (interprété jadis par Martin Stephens), la petite bande est dirigée par une fillette, à qui Lindsey Haun prête ses traits inquiétants. Le scénario intègre également deux éléments nouveaux : la scientifique qui tente de percer à jour le mystère de cette génération spontanée, et le petit garçon qui, privé de sa « compagne », se détache du groupe d’enfants assassins et commence à ressentir des émotions. 

Aux côtés de Christopher Reeve, on reconnaît le visage marqué de Mark Hamill, dans le rôle du révérend George. Transfuges respectifs de Superman et La Guerre des Etoiles, ces deux solides comédiens nous font magistralement oublier leur passé de super-héros, pour camper des personnages désespérément humains, fragilisés par une menace résidant dans ce qu’ils ont de plus cher : leur progéniture. « Que se passe-t-il si vous êtes le père d’un enfant qui n’a pas d’émotions, qui tue… ? C’est ce qui se passe en ce moment en Amérique, et c’est la métaphore que j’ai souhaité faire passer », nous explique John Carpenter. « Attention, ce n’est pas un film à message. Je me suis simplement demandé à quoi ce genre de comportement pourrait aboutir, en quoi est-ce que cela éveille une émotion chez nous, spectateurs. Avant tout, Le Village des Damnés traite d’extra-terrestres qui descendent sur notre planète pour engrosser toutes les filles qu’ils croisent ! » (2) 

Si les cheveux blonds platine passent moins bien en couleur qu’en noir et blanc, le regard hypnotique des enfants voit en revanche son potentiel inquiétant décuplé par l’ajout d’effets visuels et sonores agressifs (ceux de 1960, créés avec des caches optiques, étaient déjà très impressionnants). Quant aux suicides des adultes sous l’emprise des têtes blondes, ils ont évidemment gagné en violence. Carpenter se permet même quelques écarts gore que n’aurait jamais osé Wolf Rilla en 1960, comme cet homme grillé sur un barbecue pendant le black-out de Midwich. Le mur de brique, image clef du dénouement du premier film qui symbolise la barrière mentale créée par le héros adulte, a évidemment été repris par Carpenter, offrant au spectateur une ultime séquence de suspense franchement éprouvante.

(1) et (2) Propos recueillis par votre serviteur en février 1995

© Gilles Penso