1971 - L'ABOMINABLE DOCTEUR PHIBES

(The Abominable Dr. Phibes)
de Robert Fuest (Grande-Bretagne)
avec Vincent Price, Peter Jeffrey, Joseph Cotten, Virginia North, Terry-Thomas, Hugh Griffiths, Caroline Munro, Alex Scott

Le docteur Phibes est probablement l’un des super-vilains les plus originaux de l’histoire du cinéma d’épouvante, même s’il présente de nombreux points communs avec L'Homme au Masque de Cire, déjà interprété par Vincent Price. Artiste de génie laissé pour mort dans un accident, lui aussi fomente une vengeance méthodique, cachant son visage défiguré sous un masque imitant les traits qu’il avait autrefois. Sauf qu’au lieu d’être brûlée au dernier degré, sa figure est carrément réduite à l’état de tête de mort grimaçante, dont seul le regard semble encore animé par un semblant de vie, une vision de cauchemar qui préfigure la célèbre affiche d’Evil Dead 2

Ancien spécialiste de music-hall, organiste de talent et mécanicien génial, Anton Phibes a basculé dans la folie après la mort de sa femme Virginia, due à l’incompétence des chirurgiens qui l’opéraient. Dès lors, réfugié dans une vaste demeure londonienne, il donne de grands concerts d’orgue, avec pour seule compagnie un orchestre d’automates et une jeune fille aux tenues extravagantes qui répond au doux prénom de Vulnavia, dont l’identité et les relations avec Phibes resteront un mystère. Son titre de docteur, Phibes le doit à un doctorat en théologie, et c’est là qu’il puise l’inspiration de sa redoutable vengeance : les dix plaies qui frappèrent l’Egypte. Ainsi les membres de l’équipe médicale meurent-ils un à un dans des conditions abominables : piqué à mort par des milliers de guêpes, agressé en pleine nuit par une nuée de chauves-souris, envahi par des rats féroces dans un cockpit d’avion, congelé dans une voiture, la tête écrabouillée par un masque de grenouille rétrécissant, le corps entièrement vidé de son sang, le poitrail transpercé par une licorne en bronze, le visage dévoré par des sauterelles… 

Quant au chirurgien en chef, interprété par Joseph Cotten, il doit opérer son propre fils en six minutes seulement et lui extraire une clef du corps, afin d’ouvrir un cadenas et d’éviter qu’un flot d’acide ne se déverse sur lui ! On voit bien l'influence qu'un tel film a pu avoir sur Saw et ses séquelles. Le scénario prend pas mal de libertés avec la bible, mixant allègrement certaines vraies plaies (le sang, les grenouilles, les sauterelles, la grêle, les ténèbres, la mort des premiers-nés) avec d’autres plaies complètement fantaisistes (les boursouflures, les chauve-souris, les rats, ou carrément les licornes !). Mais cela importe peu, dans la mesure où c’est l’impact dramatique qui prime ici. 

Ciselé avec une précision d’horloger, le scénario évite l’aspect mécanique et répétitif inhérent à un tel récit, et se pare de savoureux dialogues, échangés par une poignée de comédiens excellents. Les joutes entre l’inspecteur chargé de l’enquête et son supérieur, notamment, sont de mémorables morceaux de comédie typiquement british. Quant à la mise en scène de Robert Fuest, elle rappelle par moments les meilleurs épisodes de Chapeau Melon et Bottes de Cuir période Emma Peel, dont cet Abominable Docteur Phibes retrouve parfois l’esprit, le goût de l’insolite et les situations surréalistes. Dans le rôle de la défunte épouse, Caroline Munro fait de brèves mais inoubliables apparitions, sous forme de photos ou d’un joli cadavre embaumé à la toute fin du film.

© Gilles Penso
Thema: SUPER-VILAINS


BONUS : Une photo dédicacée par Vincent Price himself !