2010 - THE CRAZIES

de Breck Eisner (Etats-Unis)
Avec Timothy Olyphant, Radha Mitchell, Joe Anderson, Danielle Panabaker, Christie Lynn Smith, Brett Rickaby, Preston Bailey
 
Grâce à L'Armée des Morts et à ses propres Land of the Dead et Diary of the Dead, George Romero est revenu sur le devant de la scène et suscite les passions des cinéphiles. Ses films de zombies ayant été imités, plagiés, reproduits et usés jusqu’à la corde, c’est à une autre de ses œuvres que se sont intéressés les producteurs Michael Aguilar et Dean Georgaris : The Crazies, sorti en nos contrées sous le titre opportuniste de La Nuit des fous vivants. Si les cadavres ambulants ne sont pas ici de la partie, les motifs chers à Romero sont plus que jamais prégnants, notamment l’opposition des scientifiques et de l’armée, le dépassement des autorités politiques et les réactions de la population face à une menace qui vient de l’intérieur.

« Lorsque George Romero réalisa The Crazies, l’Amérique était encore dans l’ombre de la guerre du Vietnam », explique Breck Eisner, à qui échut la responsabilité de diriger le remake. « Son film se positionnait politiquement par rapport au rôle de l’armée et du gouvernement dans cette guerre. Ma version s’inscrit dans l’après 11 septembre 2001, dans la foulée du monde de George Bush, un monde de guerres injustes où l’armée est chargée d’effacer par la force les erreurs du gouvernement. » (1) Soucieux de préserver le discours politique cher au père de La Nuit des Morts-Vivants, Eisner raconte ainsi l’histoire d’une petite ville tranquille du Middle-West frappée par un mal étrange.

Peu à peu, les habitants se transforment en fous dangereux avides de meurtres. Alors que la population cède à la panique, un shérif tente de protéger ceux qui ne sont pas encore contaminés en attendant les renforts. Or l’armée n’a qu’un seul objectif en tête : mettre la ville en quarantaine et exécuter tous les contrevenants… Avec son premier long-métrage, Sahara, Breck Eisner avait démontré son savoir-faire technique et sa maîtrise des séquences d’action, mais le scénario médiocre de ce sous-Indiana Jones ne lui permettait guère de faire des étincelles. Conscient de cet état de fait, le réalisateur s’implique ici dans l’écriture du scénario et choisit de modifier le point de vue initialement adopté par Romero, qui consistait à s’intéresser autant aux habitants qu’aux militaires. 

« Ce genre de récit nécessite une narration serrée, et chaque minute passée avec les personnages principaux est précieuse pour que les spectateurs puissent s’attacher à eux », explique-t-il. « C’est pour cette raison que j’ai écarté le point de vue des militaires. » (2) Constellé de séquences de suspense éprouvantes et particulièrement originales (l’attaque dans le lave-auto, l’intervention terrifiante de l’homme à la fourche), The Crazies embrasse dans un format Scope magnifique les vastes panoramas de la Georgie et de l’Iowa et s’impose bien vite comme un western moderne mâtiné d’horreur. « L’acteur principal Timothy Olyphant est filmé comme un cowboy », confirme Eisner. « Et c’est exactement ce que son personnage est devenu : un shérif s’efforçant de faire encore régner la loi dans une ville perdue au milieu de nulle part. » (3) Bref, voilà un remake de haute tenue qui redonne un coup de jeune à son modèle et exploite à merveille son inquiétant postulat : que se passerait-il si la folie était contagieuse ?

(1), (2) et (3) Propos recueillis par votre serviteur en avril 2010

© Gilles Penso
Thema: Mutations