Batman Returns
de Tim Burton (USA)
avec Michael Keaton, Danny de Vito, Michelle Pfeiffer, Christopher Walken
A la demande de Warner, Tim Burton réalisa Batman le défi après avoir signé
l’un de ses films les plus intimes, Edward aux Mains
d'Argent. Cette séquelle est considérée par beaucoup de fans
comme supérieure au premier Batman.
S’il ne cherche pas à développer davantage la personnalité complexe de
Bruce Wayne, toujours campé par
l’excellent Michael Keaton, le réalisateur lui oppose deux vilains
exceptionnels : le pathétique Pingouin (Danny de Vito, défiguré par un
étonnant maquillage de Stan Winston) et la
schizophrène Catwoman (Michelle Pfeiffer, dans l’un des rôles les
plus mémorables de sa carrière).
Bien
loin du dandy caricatural et de la vamp évanescente généralement
décrits dans la bande dessinée initiale et dans la série TV
pop des années soixante, ces deux antagonistes permettent au
cinéaste de développer l’un des motifs phares de sa filmographie :
l’attachement pour les « monstres », pour les
parias, pour les êtres à part que la société rejette sans
discernement. Des liens étroits se tissent ainsi entre Batman le Défi et
Edward aux Mains d'Argent. Plus sombre et gothique que jamais, ce second Batman puise aussi son inspiration dans le cinéma expressionniste germanique, comme en témoignent les
apparitions de Christopher Walken dans le rôle du sinistre Max Schreck (nom de l’interprète du Nosferatu de F.W. Murnau).
Libéré
des contraintes de producteurs trop encombrants ou trop peu confiants,
Burton signe donc un film plus cohérent, y compris
d’un point de vue stylistique. Ici, Gotham City bénéficie de décors,
de maquettes et de peintures sur verre lui conférant magnifiquement la
singularité qui lui échoit. Le problème majeur du film
demeure l'impossibilité, dans les limites temporelles immuables d'un
long-métrage, de s'attarder correctement sur chacun des personnages.
Batman se retrouve ainsi presque déchu au statut de
guest-star, au profit des super-vilains qui, pour leur part, ont
droit à toute l’attention du réalisateur. Mais on le sait, Burton a
toujours préféré les monstres aux héros, un penchant qui
remonte à ses plus jeunes années.
« Dans un cadre banlieusard tranquille, comme celui où j’ai grandi, vous cherchez le
contraste », se remémore-t-il. « Les films d’horreur et les films expressionnistes m’apportaient cette part d’ombre, ce sens du cauchemar.
Pour 55 cents, vous pouviez aller voir trois film sur grand écran. Je me souviens des Godzilla, de Scream Blacula Scream, de Dr Jekyll et Sister Hyde.
Je voyais beaucoup
de films de série B à l’époque. Ces films m’ont aidé à me
construire. Les monstres y étaient souvent les personnages les plus
attachants. » (1) Si le Joker incarné par Jack
Nicholson versait trop dans la caricature (et fut éclipsé quelques années plus tard par la prestation d’Heath Ledger dans The Dark Knight),
il semble difficile d’imaginer,
aujourd’hui encore, un Pingouin aussi poignant ou une Catwoman plus
envoûtante. Quant à Danny Elfman, il prolonge le thème magnifique qu’il
composa pour le premier Batman en y adjoignant des motifs empruntés aux contes de fées, à la musique de cirque et au folklore
tzigane.
(1) Propos recueillis par votre serviteur en mars 2012
© Gilles Penso
Thema: SUPER-HÉROS
Saga: DC Comics, Batman
Saga: DC Comics, Batman
BONUS : Séance de maquillage pour le Pingouin
BONUS : Tim Burton et Danny de Vito



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