(The Most
Dangerous Game)
de Ernest B. Schoedsack et Irving Pichel (USA)
avec Joel McCrea, Fay Wray, Leslie Banks, Robert Armstrong, Noble Johnson,
Steve Clemento
Les Chasses du Comte Zaroff
est étroitement lié à King Kong,
avec lequel il partage de nombreux points communs : les auteurs Ernest
B. Schoedsack et Merian C. Cooper, le
producteur David O. Selznick, les comédiens Fay Wray, Robert
Armstrong, Noble Johnson et Steve Clemento, le compositeur Max Steiner
et les mêmes décors de jungle reconstitués en studio. Les deux
films furent d’ailleurs tournés simultanément, le budget modeste de Zaroff (200 000 dollars) et celui – bien plus conséquent – de
Kong (600 000 dollars) s’équilibrant ainsi intelligemment.
Les Chasses du Comte Zaroff
est une
adaptation de la nouvelle « The Most Dangerous Game » de Richard
Connell, dont il restitue à merveille le rythme nerveux et le climat
oppressant. Dès les premières minutes, une réplique
d’un des protagonistes met en exergue la thématique du film :
« L’animal de la jungle qui tue pour se nourrir est appelé sauvage,
alors que l’homme qui tue pour le plaisir est qualifié
de civilisé. N’est-ce pas contradictoire ? » Après le naufrage du
yacht de ses amis (probablement inspiré à Schoedsack et Cooper par une
mésaventure similaire qu’ils vécurent lors du
tournage d’un documentaire ethnologique), le célèbre chasseur de
fauves Bob Rainsford (Joel McCrea) s’échoue sur une île des Caraïbes. Il
trouve refuge dans le château du comte Zaroff, un ancien
aristocrate russe qui vit entouré de domestiques tartares
patibulaires et d’une meute de chiens de chasse.
Le
comédien britannique Leslie Banks campe cet étrange personnage avec une
savoureuse duplicité,
arborant un accent cosaque du plus bel effet. Bizarrement, Zaroff
abrite également deux autres rescapés d’un naufrage, Martin Trowbridge
et sa sœur Eve (Robert Armstrong et Fay Wray), les récifs
de son île n’ayant visiblement aucune sympathie pour les coques des
bateaux. Il ne s’agit évidemment pas d’un hasard, car Zaroff, féru de
chasse ayant traqué tous les gibiers possibles et
imaginables aux quatre coins du monde, a décidé pour varier les
plaisirs de chasser désormais des proies humaines. « Dieu a créé
certains hommes pour être des poètes, de certains autres il a
fait des rois ou des mendiants. De moi, il a fait un chasseur »
déclare-t-il à Rainsford avec emphase, avant d’ajouter, en jetant un
regard mauvais à la belle Eve : « ce n’est
qu’après avoir tué qu’on connaît l’extase de l’amour. »
Au
bout d’une demi-heure de métrage, un impitoyable chasse à l’homme
s’amorce donc, dans une jungle
inquiétante qui semble emprunter ses clairs-obscurs aux gravures de
Gustave Doré. L’action ne se relâche plus, les séquences de suspense
savent savamment jouer avec les nerfs des spectateurs, et
quelques morceaux de bravoure comme l’affrontement avec les chiens
au sommet de la cascade évoquent la saga Tarzan des studios MGM, qui
s’amorça d’ailleurs la même année. Les Chasses du Comte Zaroff
est donc un classique indémodable, et probablement la meilleure
adaptation du
récit de Richard Connell. Joel McCrea, qui tient ici le devant de la
scène, deviendra par la suite le héros de nombreux westerns tels que Buffalo
Bill, La fille du désert ou Coups de feu dans la Sierra.
© Gilles Penso

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