1985 - THE STUFF

de Larry Cohen (Etats-Unis)
Avec Michael Moriarty, Andrea Marcovicci, Garrett Morris, Paul Sorvino, Scott Bloom, Danny Aiello, Patrick O’Neal, James Dixon


Fidèle à ses habitudes, Larry Cohen met ici en vedette son vieil ami Michael Moriarty, héros trois ans plus tôt d’Epouvante sur New York, et se livre à l’une de ses activités préférées : marier en un étrange cocktail le fantastique outrancier hérité des années 50 et la satire sociale moderne. Ici, c’est la publicité, les fast-food et la société de consommation qui sont en ligne de mire, et même si l’on eut aimé que la critique soit plus acerbe et mieux développée, le scénario de Cohen fait mouche plus d’une fois. L’auteur/réalisateur utilise pour son propos le « Stuff » (littéralement le « Truc »), une friandise blanche et visqueuse qui s’inspire directement des mashmallows en pot dont raffolent les Américains, la marque la plus connue en la matière s’appelant « Fluff » !

Ici, pas de demi-mesure : ce dessert qu’adorent petits et grands est en réalité une matière vivante extra-terrestre qui dévore les gens de l’intérieur et les mue en automates serviles dénués d’émotions. Larry Cohen revisite ainsi Danger Planétaire et L’Invasion des Profanateurs de Sépulture, en les teintant de l’humour et de la désinvolture qui sont sa marque de fabrique. Cette légèreté de ton est principalement véhiculée par Moriarty, qui incarne Moe Rutherford, un expert en espionnage industriel enquêtant sur le Stuff pour le compte d’une société concurrente. Les effets spéciaux qui donnent vie au blob sucré, mélange de maquettes et de trucages mécaniques, sont souvent basiques mais toujours très réussis, et le film se permet même quelques séquences gore assez excessives, histoire de visualiser les méfaits du Stuff une fois qu’il a été ingéré. D’où des moments assez dégoulinants où hommes et animaux vomissent des litres de matière blanchâtre en se déformant hideusement, secoués par de terribles spasmes.

Moins horrifiques mais tout aussi spectaculaires, on garde également en mémoire les étonnants passages où le Stuff rampe au sol et sur les murs, ou envahit carrément une chambre d’hôtel dans laquelle se sont réfugiés nos héros. Le cinéaste tire ainsi parti au mieux d’un budget pourtant très modeste. Comme s’il voulait malgré tout rendre son film accessible à un public familial, Cohen a donné l’un des rôles principaux à un petit garçon, Scott Bloom, dans le rôle du malheureux Jason dont la famille a été intégralement « contaminée »… Ce qui n’est pas sans évoquer le jeune héros des Envahisseurs de la Planète Rouge, lui aussi en proie à des adultes possédés par des aliens.

A ce titre, la séquence où père, mère et frère sourient artificiellement, en insistant pour que Jason ingère à son tour le Stuff qui a envahi tous les étages du réfrigérateur, s’avère assez inquiétante. Mais cet aspect paranoïaque, que Cohen exploita avec une redoutable efficacité dans la série Les Envahisseurs, passe ici au second plan, au profit d’un ton récréatif et distancié. C’est tout le paradoxe de Cohen, qui ne peut pas s’empêcher de mêler les genres. Du coup, la mayonnaise ne prend pas toujours, comme le prouve ce final très classique et très premier degré, avec intervention massive de l’armée, assaut général et explosions en tout genres, qui nous laisse un peu sur notre faim.


© Gilles Penso