Ghostland
de Pascal Laugier (France/Canada)
Avec Crystal Reed, Anastassia Philips, Emilia Jones, Taylor Hickson,
Mylène Farmer, Adam Hurtig, Rob Archer, Kevin Power
Après Martyrs, il semblait impossible que Pascal Laugier repousse davantage les limites de l’horreur physique et
psychologique. Son long-métrage précédent était radical, ultime, presque
définitif. Le cinéaste fait donc machine arrière en partant cette fois-ci en
quête d’une terreur plus « classique », plus en accord avec une
culture populaire de l’épouvante établie depuis de longues décennies. Cette
démarche est assumée dès les premières secondes du film, qui s’ouvre sur un
hommage à l’écrivain H.P. Lovecraft puis laisse apparaître furtivement sur une
route déserte nord-américaine un enfant qui semble échappé des Démons du Maïs. Plus tard apparaissent
d’autres motifs familiers : la maison apparemment hantée, les vieilles
poupées effrayantes, l’intrusion de psychopathes dégénérés, la lutte désespérée
pour la survie…
Pascal Laugier connaît ses classiques et cite volontiers ses
sources. Mais sa personnalité reste singulière, son style est unique et son
approche des personnages – toujours féminins, une constante – témoigne d’une
sensibilité à fleur de peau. L’une des idées les plus étonnantes du film est
sans doute d’offrir l’un des rôles centraux à Mylène Farmer. Absente des écrans
depuis Giorgino en 1994 (si l’on
excepte son interprétation vocale de Sélénia dans la version française des
trois Arthur de Luc Besson), la
chanteuse entre avec un naturel désarmant dans la peau de Pauline Keller, mère
de deux jeunes filles que tout semble opposer : Elizabeth (Emilia Jones),
qui rêve de devenir écrivain, et Verra (Taylor Hickson) qui entre en opposition
avec sa sœur en affichant un caractère ouvertement plus extraverti.
Toutes
trois investissent une grande maison isolée dont elles ont hérité d’une vieille
tante excentrique. Les lieux ne sont pas particulièrement rassurants, la
décoration étant saturée de personnages en bois et en porcelaine au sourire
glacial et figé, et chacune sent bien qu’il va falloir un certain temps pour
s’y accommoder. Mais dès la première nuit, deux meurtriers s’introduisent dans
la maison et agressent les trois occupantes. Le cauchemar que s’apprêtent à
vivre Pauline, Elizabeth et Verra va bouleverser leur vie à tout jamais…
Si les prémisses de Ghostland cultivent un certain
« académisme », l’intrigue prend bientôt une tournure inattendue qui altère
drastiquement son cours et redéfinit le rôle de chacun(e). Ce coup de théâtre
central est l’idée maîtresse du film, celle qui justifie à elle seule sa mise
en chantier. Malgré son approche du genre « à l’ancienne », Pascal
Laugier n’a rien perdu de son mordant. Les séquences de suspense, d’angoisse et
d’horreur sont extrêmes, jusqu’au-boutistes et franchement éprouvantes. Comme
les grands maîtres de l’épouvante transalpins qui lui servent souvent de
référence – Dario Argento et Lucio Fulci en tête – le réalisateur se
réapproprie l’imagerie du conte de fée pour la muer en vecteur de terreur
primaire. L’ogre, la sorcière et la princesse sont donc au cœur du récit, mais
aucun prince charmant ne se présente pour sauver la situation, qui ne pourra se
dénouer que de l’intérieur, quitte à sacrifier quelques vies
et beaucoup d’innocence.
© Gilles Penso
Thema: TUEURS

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