vendredi 1 juin 2018

1999 - LA LIGNE VERTE

The Green Mile

De Frank Darabont (USA)
Avec Tom Hanks, David Morse, Bonnie Hunt, Michael Clarke Duncan, Harry Dean Stanton

Conçu à l’origine par Stephen King comme un roman-feuilleton dans l’esprit de ceux qu’écrivait Charles Dickens, le récit « La Ligne Verte » paraît chez l’éditeur Librio en six épisodes entre mars et août 1996, avant d’être réédité en un seul volume. Il s’agit d’une charge manifeste contre la peine capitale, racontée à la première personne par un gardien de prison accompagnant les derniers pas des condamnés à mort jusqu’à « la Veuve Courant », autrement dit la chaise électrique. « Quand je repense à tout ça, la Veuve Courant me paraît être le produit d’une telle perversité, l’expression macabre d’une telle folie », dit le narrateur. « Nous sommes fragiles comme du verre soufflé, même dans les meilleures conditions. Se tuer les uns les autres par le gaz ou l’électricité et de sang froid ? La démence ! L’horreur ! » 

Le thème ne pouvait que séduire le cinéaste Frank Darabont, qui avait déjà intégré des réflexions personnelles sur la peine de mort dans son court-métrage The Woman in the Room inspiré de la nouvelle « Chambre 312 ». Il hésite pourtant, de peur de se répéter après avoir déjà abordé l’univers carcéral et l’univers de Stephen King dans Les Evadés, mais il finit par se laisser séduire par le potentiel du roman. D’autant que, contrairement à « Rita Hayworth et la Rédemption de Shawshank », « La Ligne Verte » comporte plusieurs éléments purement fantastiques. Paul Edgecomb (Tom Hanks), pensionnaire centenaire d'une maison de retraite, est hanté par ses souvenirs. Gardien du pénitencier de Cold Mountain en 1935, il était chargé de veiller au bon déroulement des exécutions capitales en s'efforçant d'adoucir les derniers moments des condamnés. Parmi eux se trouve un colosse du nom de John Coffey (Michael Clarke Duncan), accusé du viol et du meurtre de deux fillettes. Intrigué par cet homme candide et timide aux dons magiques, Edgecomb tisse avec lui des liens très forts… 

L’interprétation de Michael Clarke Duncan est particulièrement touchante, sa stature déjà impressionnante étant amplifiée par des effets de mise en scène habiles qui lui donnent les allures d’un véritable géant. Ce colosse au pied d’argile et au cœur d’enfant illumine de sa présence un film par ailleurs trop long, trop instable, trop indécis quant à ses enjeux et ses thématiques. En effet, le surnaturel s’invite artificiellement dans une intrigue par ailleurs très réaliste, et les exactions du gardien sadique interprété par Doug Hutchison semblent juxtaposées à l’histoire sans réellement l’enrichir. C'est la preuve manifeste que les éléments décrits sur papier ne passent pas toujours bien le cap d’une transposition à l’écran sans être fondamentalement réinterprétés. 

La Ligne Verte est donc un film inégal, témoin des hésitations premières de Darabont lors de la genèse du projet, mais il faut avouer que ce film est servi par un casting de premier ordre et par une mise en scène d’une élégance et d’une sensibilité indiscutables. Du coup, même dans les moments les plus déséquilibrés du film, Darabont et ses comédiens parviennent à faire vibrer notre corde sensible et à nous émouvoir presque miraculeusement.

© Gilles Penso
Thema: POUVOIRS PARANORMAUX

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