The Green Mile
De Frank Darabont (USA)
Avec Tom Hanks,
David Morse, Bonnie Hunt, Michael Clarke Duncan, Harry Dean Stanton
Conçu à l’origine par Stephen King comme un
roman-feuilleton dans l’esprit de ceux qu’écrivait Charles Dickens, le récit
« La Ligne Verte » paraît chez l’éditeur Librio en six épisodes entre
mars et août 1996, avant d’être réédité en un seul volume. Il s’agit d’une
charge manifeste contre la peine capitale, racontée à la première personne par
un gardien de prison accompagnant les derniers pas des condamnés à mort jusqu’à
« la Veuve Courant », autrement dit la chaise électrique. « Quand
je repense à tout ça, la Veuve Courant me paraît être le produit d’une telle
perversité, l’expression macabre d’une telle folie », dit le narrateur.
« Nous sommes fragiles comme du verre soufflé, même dans les meilleures
conditions. Se tuer les uns les autres par le gaz ou l’électricité et de sang
froid ? La démence ! L’horreur ! »
Le thème ne pouvait que
séduire le cinéaste Frank Darabont, qui avait déjà intégré des réflexions
personnelles sur la peine de mort dans son court-métrage The Woman in the Room inspiré de la nouvelle « Chambre
312 ». Il hésite pourtant, de peur de se répéter après avoir déjà abordé
l’univers carcéral et l’univers de Stephen King dans Les Evadés, mais il finit par se laisser séduire par le potentiel
du roman. D’autant que, contrairement à « Rita Hayworth et la Rédemption
de Shawshank », « La Ligne Verte » comporte plusieurs éléments purement fantastiques. Paul Edgecomb (Tom Hanks), pensionnaire
centenaire d'une maison de retraite, est hanté par ses souvenirs. Gardien du
pénitencier de Cold Mountain en 1935, il était chargé de veiller au bon
déroulement des exécutions capitales en s'efforçant d'adoucir les derniers
moments des condamnés. Parmi eux se trouve un colosse du nom de John Coffey
(Michael Clarke Duncan), accusé du viol et du meurtre de deux fillettes.
Intrigué par cet homme candide et timide aux dons magiques, Edgecomb tisse avec
lui des liens très forts…
L’interprétation de Michael Clarke Duncan est
particulièrement touchante, sa stature déjà impressionnante étant amplifiée par
des effets de mise en scène habiles qui lui donnent les allures d’un véritable
géant. Ce colosse au pied d’argile et au cœur d’enfant illumine de sa présence
un film sans doute trop long, trop instable, trop indécis quant à ses enjeux
et ses thématiques. En effet, le surnaturel s’invite artificiellement dans une
intrigue par ailleurs très réaliste, et les exactions du gardien sadique
interprété par Doug Hutchison semblent juxtaposées à l’histoire sans réellement
l’enrichir. C'est la preuve manifeste que les éléments décrits sur papier ne passent pas
toujours bien le cap d’une transposition à l’écran sans être fondamentalement
réinterprétés. La Ligne Verte est
donc un film inégal, témoin des hésitations premières de Darabont lors de la
genèse du projet, mais il faut avouer que ce film est servi par un casting de
premier ordre et par une mise en scène d’une élégance et d’une sensibilité indiscutables.
Du coup, même dans les moments les plus déséquilibrés du film, Darabont et ses
comédiens parviennent à faire vibrer notre corde sensible et à nous émouvoir
presque miraculeusement.
© Gilles Penso
Thema: POUVOIRS PARANORMAUX

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