JULIEN RICHARD THOMSON : MON CINEMA DE A À Z

Le moins que l'on puisse dire, c'est que Julien Richard Thomson est un cinéaste atypique. Il ne rentre dans aucune case, ne correspond à aucun critère, n'est représentatif d'aucune étiquette. Et pourtant, ce n'était pas faute de tenter de lui en coller, des étiquettes, tout au long de son étrange carrière. Selon l'inspiration ou l'humeur du moment, les journalistes en firent un réalisateur underground, un roi de la série Z, un nouveau Ed Wood, et même (dans les moments les plus enthousiastes) un émule français de Peter Jackson et Sam Raimi à leurs débuts. Mais l'homme demeure insaisissable. 

Car sous la partie émergée de l'iceberg – une poignée de films fantastico-comico-érotico délirants aux titres aussi improbables que Roboflash Warrior, Time Demon ou Jurassic Trash – se cache tout un univers filmique complexe que personne, ni le public ni la profession, n'a encore découvert. Et pour cause : Julien Richard Thomson n'a jamais bénéficié d'aucune aide publique. Le CNC l'ignore superbement, les chaînes de télévision le boudent, les réseaux de distribution le snobent. Bien obligé de financer lui-même ses films, avec les moyens du bord et une équipe de bénévoles passionnés et turbulents, il est contraint de laisser au placard les projets les plus alléchants, les plus ambitieux, les plus proches de sa sensibilité.

Moins pour redorer son blason que pour tenter d'expliquer sa démarche artistique, Julien a donc décidé de se raconter dans « Mon cinéma de A à Z », une autobiographie savoureuse et décomplexée structurée selon un chapitrage alphabétique ludique. De A comme Apollon à Z comme série Z en passant par Gangsters, Hémoglobine, Litiges, Mad Movies, Surnaturel, Web ou classé X, le livre regorge d'anecdotes de tournages hallucinantes. Les chapitres consacrés à Eject, Jurassic Trash ou Time Demon sont à ce titre assez édifiants. Souvent drôle, dénué de la moindre langue de bois (le complot politique ourdi contre le tournage de Korruption, digne d'un thriller de John Grisham, dépasse l'entendement), « Mon Cinéma de A à Z » titille parfois, et de manière tout à fait inattendue, la fibre émotionnelle, notamment lorsque Thomson évoque ses « non films », cette vaste filmographie fantôme qui pour l'instant n'existe que dans le monde parallèle de son imagination. 

Là où l'on pensait trouver un peu d'aigreur et de cynisme, on découvre une plume sereine, débonnaire et surtout extrêmement lucide. En refermant la dernière page de ce manifeste pas comme les autres, on est soudain saisi d'une envie fébrile d'empoigner la première caméra qui traîne pour aller filmer des dinosaures en caoutchouc dans la forêt la plus proche. Comme quoi, la passion et le grain de folie peuvent être communicatifs…

© Gilles Penso 

BONUS : Sur le tournage de Jurassic Trash !