de Matthew Vaughn (Etats-Unis)
Avec James McAvoy, Michael Fassbender, Kevin Bacon, Jennifer Lawrence, Beth Goddard, Rose Byrne, Oliver Platt, Jason Flemyng
Avec les deux premiers X-Men,
Bryan Singer avait donné un véritable coup de fouet à
l’univers Marvel et aux films de super-héros. Mais les déclinaisons
suivantes (un troisième opus rejeté en bloc par les fans et un X-Men Origins : Wolverine moyennement convaincant) marquaient sans conteste les limites du concept. Aussi la mise en chantier de ce X-Men, le commencement
ressemblait-elle à une opération marketing de la dernière chance,
empruntant prudemment la voie ouverte par d’autres préquelles à succès
telles que la seconde trilogie Star Wars
ou le Star Trek de J.J. Abrams. Rien de bien palpitant ne s’annonçait donc dans cette « First Class » initiée par Fox et Marvel.
Et pourtant…
quelle claque ! Bryan Singer, de retour aux commandes en tant qu’auteur
et producteur, et Matthew Vaughn, passé derrière
la caméra après avoir largement fait ses preuves grâce à Stardust et Kick-Ass, reprennent les choses en main avec une virtuosité qui confine au génie. En
quelques minutes, X-Men, le commencement s’impose
ainsi comme le meilleur épisode de la saga, articulant sa narration
autour du droit à la différence, clef de voûte thématique de
l’univers des X-Men tel qu’il fut imaginé par Stan Lee et Jack
Kirby. Et pour traiter frontalement l’intolérance, le racisme et la
marginalisation, l’arc narratif du film s’étend entre deux
points historiques cruciaux : la seconde guerre mondiale et la crise
des missiles cubains. Avec une audace scénaristique époustouflante, le
quatrième long-métrage de Matthew Vaughn s’ouvre
sur le prologue du premier X-Men et le prolonge.
Le jeune Eric
Lehnsherr, prisonnier des camps de la mort nazis, y révèle des pouvoirs
paranormaux qui attisent l’intérêt du professeur Shaw.
Un traumatisme violent ne tarde pas à le frapper, creusant les
stigmates de sa future personnalité et amorçant une dévorante soif de
vengeance. Lorsque nous retrouvons Eric dans les années 60,
c’est un homme extrêmement déterminé, maîtrisant désormais ses
capacités télékinétiques. Glacial et charismatique comme le James Bond
incarné par Sean Connery à l’aube de swinging sixties, il
s’impose comme le protagoniste le plus complexe et le plus
passionnant du film, révélant au passage l’immense talent de son
interprète Michael Fassbender. A ses côtés, James McAvoy et Kevin Bacon
excellent dans les rôles respectifs du jeune Charles Xavier et du
redoutable Simon Shaw.
Aucun des
personnages secondaires n’est d’ailleurs laissé au hasard, chaque
sous-intrigue se nouant et se dénouant au fil d’un récit
vertigineux qui mue les mutants en acteurs majeurs d’un conflit réel
dont chacun connaît l’issue – et qui génère pourtant un suspense
affolant au cours d’un climax excessivement tendu. Survolté
dans ses séquences d’action palpitantes, paré d’une violence brute
qui sait éviter toute complaisance, profondément touchant dans
l’appréhension du mal-être de ses protagonistes en marge,
X-Men le commencement est un véritable tour de
force qui sait remplir toutes les conditions de son cahier des charges
(amorcer une nouvelle trilogie qui respecte les codes déjà
établis, abreuver les fans de références et des clins d’œil) sans
jamais perdre sa personnalité et sa singularité.


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