The
Stand
de Mick Garris (USA)
avec Gary Sinise, Rob Lowe,
Miguel Ferrer, Jamey Sheridan, Ruby Dee, Kathy Bates, Ed Harris
Lorsqu’il
imagine le roman « Le Fléau », Stephen King s’inspire de deux
éléments : les annonces de fin du monde prêchées par certains prédicateurs
et les menaces de guerres bactériologiques. Il développe cette idée sous
plusieurs formes avant de rédiger le pavé de 1300 pages qui sortira en
librairie en 1978. Dès le début des années 80, King pense à George Romero pour
en tirer une adaptation cinématographique, mais le roman est tellement dense et
le budget prévisionnel si élevé que le projet tombe à l’eau. L’option d’une
mini-série semble plus raisonnable. La chaine ABC accepte de la produire pour
la confortable somme de 28 millions de dollars. King en écrit lui-même le scénario et propose à Mick Garris
de le réaliser, après leur expérience heureuse sur La Nuit Déchirée.
Subdivisé en quatre épisodes d’une heure et demie
chacun, Le Fléau raconte comment un
terrible virus s’échappe d’un laboratoire américain et provoque la mort de
99,4% de la population à la surface de la Terre. Ne s’embarrassant pas de long
prologue, le film révèle d’emblée les conséquences du fléau, son générique se
déroulant sur la vision d’innombrables cadavres amassés dans un laboratoire
scientifique. L’épidémie gagne tous les Etats-Unis. Garris nous livre alors des scènes
de pillage et de panique à New York, des visions de cauchemar comme ce centre
médical jonché de cadavres grimaçants, ou des images de fin du monde à grande
échelle où les voitures sont abandonnées par milliers tandis que gisent partout
des corps rigides et blafards. De fait, le réalisateur assume l’horreur
viscérale suscitée par le script, osant montrer en gros plan des corps
ensanglantés ou couverts de vers, ou filmant un prisonnier contraint de manger
un rat pour ne pas mourir de faim.
Malgré les tentatives de circonscrire cette
contamination galopante, le monde s’écroule en quelques semaines. Les 0,6 %
de survivants sont perdus dans un monde post-apocalyptique. Isolés, ils tentent
de trouver d'autres rescapés, chacun étant hanté par des rêves obsédants.
Certains sont attirés par Randall Flagg (Jamey Sheridan), l'incarnation du mal
(qui se transforme en corbeau ou en démon via un morphing hérité de La Nuit Déchirée), d'autres par Mère
Abigail (Ruby Dee), une centenaire qui symbolise le bien, jouant de la guitare
sur le perron de sa maison au milieu d’un champ de maïs. Bientôt, deux clans se
forment, les uns s’établissant à Las Vegas, les autres dans le Colorado.
Cette
réorganisation des rescapés, selon un manichéisme un peu simpliste, fait perdre
au Fléau beaucoup de son attrait. La
finesse n’est plus de mise, la musique de W.G. Snuffy Walden abuse des guitares
enjouées et des synthétiseurs, Mère Abigail ne cesse d’évoquer la volonté de
Dieu et quelques scènes embarrassantes – comme l’hymne américain chanté avec
ferveur par tous les « gentils » – font
basculer le métrage vers une bigoterie et un patriotisme dont nous nous serions
bien passés. A ces réserves près, Le
Fléau demeure une réussite d’autant plus remarquable qu’il bouscule les
codes télévisuels de son époque. Le public répond massivement présent et King
fera dès lors de Garris l’un de ses collaborateurs les plus réguliers.
© Gilles Penso

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire
Laissez votre commentaire ici