jeudi 3 mai 2018

1994 - LE FLEAU

The Stand
de Mick Garris (USA)
avec Gary Sinise, Rob Lowe, Miguel Ferrer, Jamey Sheridan, Ruby Dee, Kathy Bates, Ed Harris

Lorsqu’il imagine le roman « Le Fléau », Stephen King s’inspire de deux éléments : les annonces de fin du monde prêchées par certains prédicateurs et les menaces de guerres bactériologiques. Il développe cette idée sous plusieurs formes avant de rédiger le pavé de 1300 pages qui sortira en librairie en 1978. Dès le début des années 80, King pense à George Romero pour en tirer une adaptation cinématographique, mais le roman est tellement dense et le budget prévisionnel si élevé que le projet tombe à l’eau. L’option d’une mini-série semble plus raisonnable. La chaine ABC accepte de la produire pour la confortable somme de 28 millions de dollars.  King en écrit lui-même le scénario et propose à Mick Garris de le réaliser, après leur expérience heureuse sur La Nuit Déchirée

Subdivisé en quatre épisodes d’une heure et demie chacun, Le Fléau raconte comment un terrible virus s’échappe d’un laboratoire américain et provoque la mort de 99,4% de la population à la surface de la Terre. Ne s’embarrassant pas de long prologue, le film révèle d’emblée les conséquences du fléau, son générique se déroulant sur la vision d’innombrables cadavres amassés dans un laboratoire scientifique. L’épidémie gagne tous les Etats-Unis. Garris nous livre alors des scènes de pillage et de panique à New York, des visions de cauchemar comme ce centre médical jonché de cadavres grimaçants, ou des images de fin du monde à grande échelle où les voitures sont abandonnées par milliers tandis que gisent partout des corps rigides et blafards. De fait, le réalisateur assume l’horreur viscérale suscitée par le script, osant montrer en gros plan des corps ensanglantés ou couverts de vers, ou filmant un prisonnier contraint de manger un rat pour ne pas mourir de faim. 

Malgré les tentatives de circonscrire cette contamination galopante, le monde s’écroule en quelques semaines. Les 0,6 % de survivants sont perdus dans un monde post-apocalyptique. Isolés, ils tentent de trouver d'autres rescapés, chacun étant hanté par des rêves obsédants. Certains sont attirés par Randall Flagg (Jamey Sheridan), l'incarnation du mal (qui se transforme en corbeau ou en démon via un morphing hérité de La Nuit Déchirée), d'autres par Mère Abigail (Ruby Dee), une centenaire qui symbolise le bien, jouant de la guitare sur le perron de sa maison au milieu d’un champ de maïs. Bientôt, deux clans se forment, les uns s’établissant à Las Vegas, les autres dans le Colorado. 

Cette réorganisation des rescapés, selon un manichéisme un peu simpliste, fait perdre au Fléau beaucoup de son attrait. La finesse n’est plus de mise, la musique de W.G. Snuffy Walden abuse des guitares enjouées et des synthétiseurs, Mère Abigail ne cesse d’évoquer la volonté de Dieu et quelques scènes embarrassantes – comme l’hymne américain chanté avec ferveur par tous les « gentils » – font basculer le métrage vers une bigoterie et un patriotisme dont nous nous serions bien passés. A ces réserves près, Le Fléau demeure une réussite d’autant plus remarquable qu’il bouscule les codes télévisuels de son époque. Le public répond massivement présent et King fera dès lors de Garris l’un de ses collaborateurs les plus réguliers.

© Gilles Penso

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Laissez votre commentaire ici