2011 - THOR

de Kenneth Branagh (Etats-Unis)
Avec Chris Emsworth, Natalie Portman, Anthony Hopkins, Tom Hiddleston, Stellan Skarsgard, Ray Stevenson, Idris Elba
 
En 1962, Stan Lee a déjà créé quelques-uns des super-héros les plus populaires de tous les temps : les Quatre Fantastiques, l’incroyable Hulk et Spider-Man. Mû par la volonté d’enrichir son écurie de justiciers surhumains et de varier les plaisirs, il se réapproprie alors le Thor de la mythologie nordique, un choix qui sied à merveille au style sublimement excessif du dessinateur Jack Kirby mais n’est pas sans écueils scénaristiques. Comment propulser un demi-dieu viking dans une cité du vingtième siècle sans sombrer dans le ridicule ? Sur le papier, Lee et Kirby rivalisent d’inventivité pour que l’alchimie fonctionne. A l’écran, c’est une autre paire de manches, comme en témoigne l’apparition anecdotique – et plutôt ridicule – de Thor dans le téléfilm Le Retour de l’incroyable Hulk en 1989. 
 
Mais depuis les succès d’Iron Man et de L’Incroyable Hulk, produits directement par le studio Marvel, une idée mégalomane s’est mise en place dans l’esprit des dirigeants de cette jeune major : consacrer au moins un long-métrage à chacun des membres fondateurs de l’équipe des Vengeurs (autrement dit Iron Man et Hulk mais aussi Captain America, Thor et Ant-Man) afin de les réunir ensuite dans un film choral. L’idée est séduisante, d’autant que les Vengeurs ont fait les belles heures du Marvel Comic Group. Revers de la médaille : les films en question risquent de s’apparenter d’avantage à des produits marketings qu’à de véritables projets cinématographiques. C’est en effet le problème majeur de Thor.
 
Le scénario, qui raconte le bannissement du héros sur Terre par son père Odin suite à son insubordination, l’amour qu’il voue à la mortelle Jane Foster, puis son affrontement avec le vil Loki, n’en finit plus de construire les prémisses d’une potentielle très grande aventure. Laquelle ne nous sera hélas jamais narrée. Car au moment où Thor devient enfin le super-héros que nous attendions, le film s’achève brutalement. Une frustration intense se dégage donc de ce demi-récit, conçu à la manière du pilote d’une série télévisée. Second problème du film : ses partis pris visuels. Certes, certains panoramas du royaume d’Asgard s’avèrent grandioses, fidèles en tout point aux dessins de Kirby. Mais la profusion de prises de vues acrobatiques slalomant au beau milieu de panoramas en images de synthèse criardes témoigne de fautes de goût assez flagrantes.
 
Tout le budget semble être passé dans cette indigestion d’effets visuels, car lorsqu’il s’agit de mettre en scène la population – qu’elle soit viking ou américaine – celle-ci se limite généralement à une demi-douzaine de figurants tassés dans un coin de décor. On le voit, Thor n’est pas exempt de défauts. Pourtant, il faut reconnaître que le film de Branagh demeure très divertissant, notamment grâce à son casting. Au-delà des présences toujours réjouissantes de Natalie Portman et Anthony Hopkins, on saluera surtout les performances de Chris Emsworth et Tom Hiddleston, véritables révélations dans les rôles respectifs de Thor et de Loki. Quant aux amateurs de créatures fantastiques, ils s’extasieront face aux exactions courtes mais spectaculaires du Devastateur, une sorte de robot d’un autre âge détruisant tout sur son passage via un rayon annihilateur digne du Gort du Jour où la Terre s’arrêta.
 
© Gilles Penso
Thema:
SUPER-HÉROS