Thor
de Kenneth Branagh (Etats-Unis)
Avec Chris Emsworth, Natalie Portman, Anthony Hopkins, Tom Hiddleston, Stellan Skarsgard, Ray Stevenson, Idris Elba
En 1962, Stan
Lee a déjà créé quelques-uns des super-héros les plus populaires de
tous les temps : les Quatre Fantastiques,
l’incroyable Hulk et Spider-Man. Mû par la volonté d’enrichir son
écurie de justiciers surhumains et de varier les plaisirs, il se
réapproprie alors le Thor de la mythologie nordique, un choix
qui sied à merveille au style sublimement excessif du dessinateur
Jack Kirby mais n’est pas sans écueils scénaristiques. Comment propulser
un demi-dieu viking dans une cité du vingtième siècle
sans sombrer dans le ridicule ? Sur le papier, Lee et Kirby
rivalisent d’inventivité pour que l’alchimie fonctionne. A l’écran,
c’est une autre paire de manches, comme en témoigne
l’apparition anecdotique – et plutôt ridicule – de Thor dans le
téléfilm Le Retour de l’incroyable Hulk en 1989.
Mais depuis les succès d’Iron Man et de L'Incroyable Hulk,
produits directement par le studio Marvel, une
idée mégalomane s’est mise en place dans l’esprit des dirigeants de
cette jeune major : consacrer au moins un long-métrage à chacun des
membres fondateurs de l’équipe des Vengeurs (autrement
dit Iron Man et Hulk mais aussi Captain America, Thor et Ant-Man)
afin de les réunir ensuite dans un film choral. L’idée
est
séduisante, d’autant que les Vengeurs ont fait les belles heures du
Marvel Comic Group. Revers de la médaille : les films en question
risquent de s’apparenter d’avantage à des produits
marketings qu’à de véritables projets cinématographiques. C’est en
effet le problème majeur de Thor.
Le scénario,
qui raconte le bannissement du héros sur Terre par son père Odin suite à
son insubordination, l’amour qu’il voue à la mortelle
Jane Foster, puis son affrontement avec le vil Loki, n’en finit plus
de construire les prémisses d’une potentielle très grande aventure.
Laquelle ne nous sera hélas jamais narrée. Car au moment
où Thor devient enfin le super-héros que nous attendions, le film
s’achève brutalement. Une frustration intense se dégage donc de ce
demi-récit, conçu à la manière du pilote d’une série
télévisée. Second problème du film : ses partis pris visuels.
Certes, certains panoramas du royaume d’Asgard s’avèrent grandioses,
fidèles en tout point aux dessins de Kirby. Mais la
profusion de prises de vues acrobatiques slalomant au beau milieu de
panoramas en images de synthèse criardes témoigne de fautes de goût
assez flagrantes.
Tout le
budget semble être passé dans cette indigestion d’effets visuels, car
lorsqu’il s’agit de mettre en scène la population – qu’elle
soit viking ou américaine – celle-ci se limite généralement à une
demi-douzaine de figurants tassés dans un coin de décor. On le voit, Thor
n’est pas exempt de défauts. Pourtant,
il faut reconnaître que le film de Branagh demeure très
divertissant, notamment grâce à son casting. Au-delà des présences
toujours réjouissantes de Natalie Portman et Anthony Hopkins, on saluera
surtout les performances de Chris Emsworth et Tom Hiddleston,
véritables révélations dans les rôles respectifs de Thor et de Loki.
Quant aux amateurs de créatures fantastiques, ils s’extasieront
face aux exactions courtes mais spectaculaires du Devastateur, une
sorte de robot d’un autre âge détruisant tout sur son passage via un
rayon annihilateur digne du Gort du Jour où la Terre s'Arrêta.

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