1997 - LE CINQUIEME ELEMENT

(The Fifth Element)
de Luc Besson (France)
avec Bruce Willis, Milla Jovovich, Gary Oldman, Ian Holm, Chris Tucker, Mathieu Kassovitz


« J’ai écrit ce film à seize ans, d’abord sous forme d’un roman qui s’appelait “Zaltman Bleiros “ »
, raconte Luc Besson. « Il était prévu que je le tourne avant Léon. J’ai travaillé un an et demi avec l’illustrateur Patrice Garcia sur ce projet, et au dernier moment le producteur Patrice Ledoux a décidé d’arrêter le développement du film. Je pense que c’était trop gros pour lui. J’ai donc tourné Léon, qui a eu un belle carrière internationale, et ça m’a aidé à monter Le Cinquième Elément. » (1) L’auteur de Nikita ne pouvait rêver meilleure revanche. Armé d’un budget de 96 millions de dollars, Le Cinquième Elément était en 1997 le film français le plus cher de l’histoire du cinéma, record détenu jusqu’alors par le bien plus modeste Hussard sur le toit de Jean-Paul Rappeneau.

Le scénario a bien évolué depuis ses premières ébauches et le casting intègre des têtes d’affiches alors impensables quelques années plus tôt. Bruce Willis incarne ainsi Korben Dallas, un chauffeur de taxi du vingt-troisième siècle contraint de mettre la main sur l’énigmatique « Cinquième Elément », seul moyen d’éviter à l’humanité de courir à une catastrophe planétaire et de tomber entre les griffes du Mal. Il devra retrouver les pierres des quatre éléments fondamentaux (la terre, l’air, le feu et l’eau), affronter le redoutable Zorg et sauver la vie de la belle Leeloo dont il ignore tout… S’appuyant sur les dessins de Moebius et Jean-Claude Mézières, l’univers futuriste créé par Luc Besson est fortement influencé par Blade Runner, Métal Hurlant, Brazil, Judge Dredd, Stargate et la trilogie de La Guerre des Etoiles, pour ne citer qu’une poignée de références. Et cet effet patchwork, gâche une grande partie du plaisir qu’on pourrait éprouver à la vision du Cinquième Elément, ce qui est d’autant plus surprenant que Besson semble réprouver la méthode du « copier-coller ».

« Il y a plein de films que j’adore, mais je ne suis pas du tout pour la nourriture cinématographique »
, dit-il à ce propos. « Je pense que quand on fait un film, il faut puiser partout sauf dans d’autres films. Le cinéma qui se nourrit du cinéma, c’est consanguin. Ça donne des monstres et ça n’a aucun intérêt. C’est du narcissisme. Ce qu’on demande à un artiste, c’est de nous surprendre. » (2) Ces propos virulents s’appliquent hélas parfaitement au Cinquième Elément, qui cultive l’effet « déjà-vu » avec une opiniâtreté quasiment compulsive.

Etant donné que l’intrigue manque singulièrement de profondeur, que les personnages ne sont que des icônes superficielles (Gary Oldman, époustouflant dans Léon, n’est plus ici qu’un méchant caricatural et pathétique) et que l’humour véhiculé notamment par Chris Rock frôle souvent l’hystérie, l’intérêt du spectacle s’avère très relatif. Ce qui n’enlève rien aux qualités formelles du film, Besson n’ayant pas son pareil pour concocter quelques séquences somptueuses entrées dans toutes les mémoires, en s’appuyant ici sur les effets spéciaux de Digital Domain : le majestueux navire Fhloston Paradise flottant au-dessus des flots, la « résurrection » de la mystérieuse Leeloo, et surtout une course-poursuite hallucinante au beau milieu d’un trafic futuriste bigarré et multicolore.

(1) et (2) Propos recueillis par votre serviteur en novembre 2006

© Gilles Penso
Thema: FUTUR, EXTRA-TERRESTRES