1986 - MAXIMUM OVERDRIVE


de Stephen King (USA)
 
Avec Emilio Estevez, Pat Hingle, Laura Harrington, Yeardley Smith, John Short, Ellen McElduff, J.C. Quinn, Christopher Murney 

Gonflé à bloc par le colossal succès de ses romans et de leurs adaptations cinématographiques, Stephen King a décidé au milieu des années 80 d’essayer lui-même le fauteuil du réalisateur à l’occasion de ce Maximum Overdrive adaptant une de ses nouvelles, « Trucks », et recyclant une des thématiques clefs de Christine : l’objet vivant et maléfique. Au cours du générique, un carton nous annonce que la Terre va entrer pendant une semaine dans la queue de la comète Rhea-M. Ce phénomène n’aurait d’intérêt qu’aux yeux des astronomes s’il n’entraînait pas d’inquiétants effets secondaires.

Toutes les machines deviennent en effet autonomes. Animées d’une vie propre, elles développent une agressivité croissante et s’en prennent soudain aux humains. La première partie du film, fort récréative, s’attache ainsi à illustrer le phénomène via une série d’attaques variées. Un distributeur de billets insulte son utilisateur (interprété par King en personne), un pont au-dessus d’un fleuve s’ouvre et provoque un gigantesque carambolage, une pompe à essence aveugle un pompiste, un couteau électrique entaille la main d’une serveuse, un distributeur de cannettes et un rouleau compresseur sèment la panique sur un terrain de football, puis ce sont une série de poids-lourds qui se mettent à écrabouiller les voitures et écraser les gens (en particulier un impressionnant semi-remorque arborant une gigantesque tête de Bouffon Vert sur son capot).

D’où une inévitable imitation de Duel au moment où l’un des camions course la voiture d’un jeune couple marié. L’intrigue se resserre alors sur un relais routier de la petite ville de Willmington, en Caroline du Nord, le Dixie Boy, où travaille notamment le repris de justice Bill Robinson (Emilio Estevez, seul visage familier d’un casting plutôt fadasse). Maximum Overdrive bénéficie d’effets spéciaux et de cascades particulièrement réussis, qui permettent de visualiser avec beaucoup d’impact les diverses attaques mécaniques. Certaines séquences sont donc explosives à souhait, notamment cette mitrailleuse sur roulettes qui accomplit un véritable massacre au Dixie Boy, ce bulldozer qui nous joue un remake destructeur de Killdozer, ou encore ce receleur d’armes qui attaque les camions au bazooka. Stephen King lui-même se tire avec les honneurs de ses premiers pas derrière la caméra, révélant ici un sens manifeste du cadrage, du rythme et de la photogénie.

Tout ceci serait plutôt réjouissant si l’intrigue n’était pas basique, les dialogues stupides, les situations absurdes, l’humour au ras des pâquerettes et les acteurs en totale roue libre (d’où une idylle totalement invraisemblable entre Emilio Estevez et Laura Harrington). Sans parler d’une bande originale aussi subtile qu’un bruit de marteau piqueur, que King confia au groupe ACDC dans l’espoir de séduire le public adolescent, alors cœur de cible de son œuvre. Dommage, car le scénario aurait pu véhiculer une passionnante problématique, celle de l’esclavagisme de l’homme vis-à-vis de ses machines et de son incapacité à vivre sans elles. Hélas, Maximum Overdrive ne place jamais ses ambitions au-delà d’un divertissement potache, et ce sera d’ailleurs l’unique expérience du romancier en tant que réalisateur.

© Gilles Penso
Thema : OBJETS VIVANTS

BONUS : Le King en plein tournage