1970 - LES NUITS DE DRACULA

(El Conde Dracula)
de Jesus Franco (Espagne/Allemagne/Italie/Grande-Bretagne)
avec Christopher Lee, Fred Williams, Paul Müller, Herbert Lom, Klaus Kinski, Maria Rohm, Soledad Miranda, Jack Taylor


Les Nuits de Dracula
est en rupture avec les productions Hammer, et c’est probablement ce qui séduisit Christopher Lee, las de jouer les utilités grimaçantes au sein d’une franchise vieillissante et usée. Ici, les décors en studio ont été remplacés par des sites naturels, et la stylisation a été évacuée au profit d’un maximum de réalisme. Le scénario, pour sa part, ne réserve pas beaucoup de surprises : au cours du prologue, le jeune avocat anglais Jonathan Harker (Fred Williams) se rend au château transylvanien de Dracula pour conclure une affaire. Lors de sa première nuit sur place, il rêve de trois belles femmes vampires et à l’aube, il découvre avec stupeur son hôte endormi dans une tombe. Harker s’évanouit… pour se réveiller à Bucarest, dans le sanatorium du docteur Van Helsing (Herbert Lom). Ce dernier croit à l’étrange récit du jeune homme, d’autant qu’il abrite dans une cellule capitonnée une victime du vampire, le pauvre Renfield (un Klaus Kinski hallucinant). Bientôt, Harker reçoit la visite des très photogéniques Mina (Maria Rohm) et Lucy (Soledad Miranda), qui viennent s’installer dans le sanatorium. Mais très vite, cette dernière tombe sous les crocs de Dracula…

Le look de Dracula n’a ici rien à voir avec celui auquel Christopher Lee nous avaiot habitué jusqu’alors. C’est un vieil homme aux cheveux blancs et à la moustache fournie, ravivant avec émotion les souvenirs de sa noble famille (et inscrivant du même coup le mythe dans le contexte historique emprunté à Vlad Tepes, ce que reprendra à son compte Francis Coppola 22 ans plus tard). Mais ce retour aux sources n’évite pas pour autant les lieux communs. Ainsi, les villageois frissonnent dès qu’on prononce le nom de Dracula, le grand miroir ne réfléchit pas le vampire, les portes grincent, les animaux font de drôles de bruits la nuit, les chandeliers sont couverts de toiles d’araignées, les chauve-souris volètent à la fenêtre… Quant à la mise en scène de Jess Franco elle s’avère une fois de plus très approximative. Les cadres sont hésitants, les mouvements de caméra peu assurés, les coups de zoom intempestifs, le montage maladroit.

Du coup, même la musique de Bruno Nicolai, loin d’être inintéressante, souffre d’une utilisation aléatoire et répétitive amenuisant considérablement son efficacité. Les Nuits de Dracula oscille ainsi entre les séquences d’épouvante inspirées voire quasi-surréalistes (les animaux empaillés qui s’agitent en poussant des cris) et les moments involontairement risibles (les deux héros qui jettent des rochers en carton-pâte sur une procession). Dracula périt finalement dans les flammes, via un trucage assez grotesque qui combine du feu surimpressionné avec des fondus enchaînés de faciès vieillissants. Cette nouvelle adaptation est donc pétrie de bonnes intentions, mais le résultat n’arrive pas à la cheville du moins intéressant des Dracula de la Hammer, et pâlit sans cesse de la comparaison avec le magistral Cauchemar de Dracula qui, lui aussi, structurait son scénario autour du roman de Bram Stoker – moins fidèlement, certes, mais ô combien plus magistralement.


© Gilles Penso  
Thema: DRACULA, Vampires