mercredi 17 octobre 2018

1971 - QUATRE MOUCHES DE VELOURS GRIS

4 Mosche di Velluto Grigio

de Dario Argento (talie/France)
avec Michael Brandon, Mimsy Farmer, Jean-Pierre Marielle, Aldo Bufi Landi, Calisto Calisti, Marisa Fabbri, Bud Spencer

L’oiseau exhibait de belles plumes de cristal, le chat arborait neuf queues éngimatiques… Désormais ce sont les mouches qui viennent hanter le cinéma de Dario Argento, pour un troisième long-métrage qui pousse encore plus loin les expérimentations scénaristiques et sensorielles. Bien sûr, ce titre animalier n’est qu’un leurre de plus, référence à une expérience scientifique révolutionnaire permettant de photographier la dernière image enregistrée par l’une des victimes d’un tueur avant sa mort… image qui s’avère être, en l’occurrence, quatre mouches grises. 

Dès le générique, Dario s’amuse à jouer les mouches du coche – si l’on ose dire – en montrant un insecte qui vient importuner son héros Roberto Tobias pendant qu’il joue de la musique. Ce dernier, incarné par Michael Brandon, n’est pas sans présenter de nombreuses ressemblances physiques avec le jeune réalisateur, comme si Argento cherchait à mettre en scène ses propres incertitudes de l’époque. Depuis une semaine, Roberto remarque qu’un homme étrange le suit partout. Pour démêler ce mystère, il le suit à son tour, l’interpelle et le tue accidentellement dans un grand théâtre bariolé, sous les yeux d’une présence masquée qui photographie la scène. L’étrangeté et le surréalisme s’invitent ainsi très tôt dans Quatre Mouches de Velours Gris

Le style baroque d’Argento se développe davantage que dans les deux films précédents, annonçant les géniales extravagances des Frissons de l’Angoisse et de Suspiria. Les prises de vues insolites abondent (plan filmé depuis l’intérieur d’une guitare, caméra qui suit un gourdin en train de frapper ou la balle d’un pistolet qui fend les airs) et les compositions d’Ennio Morricone cèdent souvent le pas à des morceaux pop rocks joués par le groupe dans lequel notre héros est batteur. Comme toujours, plusieurs passages virtuoses ponctuent le métrage, comme cette scène de poursuite dans un parc nocturne qui prend littéralement les allures d’un cauchemar claustrophobique et vertigineux, ou ce rêve récurrent au cours duquel Roberto assiste à une éxecution publique – sorte de remake gore de l’accident de voiture des Choses de la Vie

L’humour est aussi très présent dans le film, même si cette composante de la personnalité de Dario Argento est généralement peu citée. « J’ai toujours eu un petit faible pour l’humour, à condition qu’il soit saupoudré discrètement dans l’intrigue », nous avoue-t-il. « Vous trouverez de nombreuses touches d’ironie dans mes films. Pas dans tous, certes, parce que certains sont trop durs pour laisser la moindre place à la comédie, si discrète soit-elle. Mais chaque fois que j’en ai la possibilité, j’essaie d’injecter quelques doses de dérision et de drôlerie. » (1) D’où les prestations ubuesques de Jean-Pierre Marielle et Bud Spencer, respectivement détective privé homo qui n’a jamais résolu une seule affaire et pêcheur glouton qui se régale de poissons crus en répondant au surnom de « Dieu », ou encore cette scène improbable d’un salon international des arts funéraires dans lequel les visiteurs peuvent essayer les cercueils !

(1) Propos recueillis par votre serviteur en février 2011

© Gilles Penso
Thema: TUEURS

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