de George A. Romero (USA)
Avec Jan White, Ray Laine, Ann Muffly, Joedda McClain, Bill
Thunhurst, Neil Fisher
En ces années 70 balbutiantes, George Romero
cherchait encore sa voie, partagé entre le cinéma d’auteur et les films de
genre. Il faut dire que le succès de La Nuit des Morts-Vivants le dépassa quelque peu, le public et la critique lui
allouant même des intentions qu’ils n’avait guère soupçonnées lui-même. « Je ne pensais même pas faire un film
de zombies », avoue-t-il. « Pour
moi, les zombies étaient liés aux Caraïbes et au vaudou. J’imaginais plutôt des
ghoules, comme dans les vieux films Universal. Comme quoi, parfois ce sont les
spectateurs qui décident pour vous ! » (1) En abordant Season of the Witch, le cinéaste
s’efforça une fois de plus de mêler le surnaturel à une réflexion
socio-politique. « Nous avions très peu
d’argent pour faire ce film, qui n’est pas très connu du public »,
regrettait Romero (2).
Lasse de sa vie monotone d’épouse modèle, Joan (Jan White),
une femme au foyer quinquagénaire, est en proie à des cauchemars lui renvoyant
l’image de son existence morose. Elle y découvre un mari violent et abject,
ainsi que son propre visage soudain vieilli. Le psychiatre à qui elle se confie
ne lui est pas d’un grand secours, et sa fille adolescente, en opposition
permanente avec son père, semble devenir une inconnue à ses yeux. Dès les
premières minutes du métrage, Romero saisit le malaise de son héroïne avec
beaucoup de justesse et le retranscrit de manière quasiment viscérale. Un
premier déclic survient dans sa vie lorsque ses amies et elle rencontrent une
tireuse de cartes de tarot qui prétend reprendre le flambeau d’une sorcellerie
se perpétuant de mère en fille. Ce culte, qui se vit comme une religion et se
transmettait jadis oralement, est désormais accessible à tous grâce à une
abondante littérature grand public.
Déçue par sa fille qui fugue, par le petit
ami de celle-ci qui n’est qu’un jeune homme prétentieux et imbu de lui-même,
par ses amies qui l’agacent, Joan décide de franchir le pas. Elle s’initie à la
magie grâce à un livre, achète dans un magasin le matériel nécessaire (un petit
chaudron, de l’encens, divers produits), se met à réciter une série
d’incantations et se dénude entièrement pour célébrer son entrée dans le cercle
fermé des sorcières. Ses nuits n’en sont pas moins agitées pour autant, bien au
contraire. Désormais, un homme masqué et ganté hante ses cauchemars, pénétrant
chez elle pour l’agresser. Ce rêve récurrent aura des conséquences désastreuses
au cours d’un final qui évoque celui de La Nuit des Morts-Vivants. Fascinant dans sa description du désespoir né d’une
vie où toute passion s’est peu à peu érodée, Season of the WItch pèche sans doute par excès de statisme et de
dialogues, passant du coup un peu à côté de son sujet. Bien des années plus
tard, George Romero nous confiait son envie d’en réaliser un jour un remake. Un
vœu resté hélas sans suite.
(1) et (2) Propos recueillis par votre serviteur en juillet 2005
© Gilles Penso
Thema: SORCELLERIE ET MAGIE

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