Shivers / The Parasite Murders
De David
Cronenberg (Canada)
avec Paul Hampton,
Joe Silver, Lynn Lowry, Allan Kolman, Susan Petrie, Barbara Steele, Ronald
Mlodzik, Barry Baldaro
Ce
premier film commercial de David Cronenberg contient en germe (c’est le cas de
le dire) toutes ses obsessions, en particulier une angoisse viscérale liée à la
médecine et à la chirurgie. Passionné par le corps humain et ses mutations, le
cinéaste donnera plus tard le nom d’ « horreur organique » (ou « body
horror ») à ce sous-genre de l’épouvante qu’il n’a jamais cessé de décliner par la suite. Le prologue de Frissons marque d’emblée
un contraste. D’un côté une voix off rassurante nous décrit les bienfaits d’une
toute nouvelle résidence située sur l’île Saint Laurent, havre de paix et de
tranquillité. De l’autre un homme fou furieux agresse violemment une jeune
fille, la tue, la dénude et lui ouvre le ventre, puis s’égorge !
L'assassin était un scientifique de renom, le docteur Carl Hobbs, à l'œuvre sur
la création de parasites aux vertus thérapeutiques, capables de remplacer des
organes défectueux. Il introduisit expérimentalement l'un de ces parasites dans
le corps de sa victime avant de comprendre les conséquences de son acte et de
la tuer. Mais auparavant, la jeune femme a fréquenté de nombreux hommes dans la
résidence. Or le virus se manifeste par des monstres parasites qui se
reproduisent très vite, rampent sous l’épiderme de leurs hôtes involontaires et
sortent de leur bouche pour se propager. Les habitants de l’île, contaminés,
sont alors poussés à commettre des actes de violence et des agressions
sexuelles. C’est l’occasion pour le
maquilleur Joe Blasco d’inventer les « bladders », ces fameux effets
spéciaux à base de poches gonflables qui allaient révolutionner les maquillages
spéciaux par la suite et que notamment Rick Baker et Rob Bottin allaient
reprendre à leur compte.
Transfuge du cinéma d’épouvante des années
soixante, Barbara Steele incarne Betts, l'une des résidentes de l'île Saint
Laurent. Cronenberg nous la présente d'emblée comme une femme forte,
indépendante et sûre d'elle. Elle semble passer ses journées dans son
appartement, en peignoir, à siroter de l'alcool en aguichant Janine (Susan
Petrie), l'une de ses voisines, suscitant entre elles une atmosphère ambigüe.
Un jour, alors qu'elle prend son bain, un des parasites entre dans sa
baignoire, glisse entre les jambes et pénètre en elle. Désormais contaminée, Betts
fait l'amour avec Janine et propage l'infection.
Beaucoup de visions
dérangeantes ponctuent Frissons, comme ces parasites surgissant des
bouches des contaminés, ces viols en série dans l’immeuble, ces enfants tenus
en laisse et aboyant comme des chiens, ce vieil homme qui embrasse sa propre
fille… « Même lorsque je traite de sujets universels comme la violence
ou la sexualité, je n’ai jamais la prétention de véhiculer un quelconque
message », avoue le
réalisateur. « Si c’était le cas,
cela signifierait que j’ai la réponse aux questions que je soulève, et que je
vais donner des conseils aux spectateurs. Or réaliser des films, pour moi,
c’est plutôt le reflet d’une discussion que j’ai avec moi-même. » (1) Cronenberg nous offre des visions dignes de l’apocalypse telle que
l’imagine la Bible, et un final nihiliste évoquant tour à tour La Nuit des Morts-Vivants, Je
suis une légende et L’Invasion des
Profanateurs de Sépultures.
(1) Propos recueillis par votre serviteur en octobre 2005.
© Gilles Penso
Thema: MÉDECINE EN FOLIE, MUTATIONS

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