samedi 28 avril 2018

1993 - LA PART DES TÉNÈBRES

The Dark Half

De George A. Romero (USA)
Avec Timothy Hutton, Amy Madigan, Julie Harris, Michael Rooker, Rutanya Alda, Robert Joy, Kent Broadhurst, Beth Grant

Près de dix ans séparent Creepshow de La Part des Ténèbres, et les retrouvailles de Stephen King avec George Romero avaient logiquement de quoi attiser tous les espoirs. La Part des Ténèbres ne déçoit nullement les attentes, même si le ton a bien changé, puisque les exubérances de la bande dessinée macabre façon EC Comics ont laissé place à une angoisse bien plus tangible. L'un des grands atouts de Romero aura justement été de savoir aborder le cinéma d'horreur sous les angles les plus variés. Dans le cas de La Part des Ténèbres, la peur est le seul vrai guide du récit, et il faut avouer que celle-ci atteint souvent des sommets au sein de séquences où le spectateur a fréquemment l'occasion de sursauter sur son fauteuil. 

« Lorsque je pense à un film, je n’imagine pas d’abord un type avec un masque de hockey et une machette. », explique le cinéaste « Ce qui m’intéresse d’abord, c’est la thématique de base. De quoi parle le film ? Vous avez d’abord un squelette, et ensuite vous y greffez l’histoire que vous souhaitez. » (1) En l’occurrence, l’idée de base de La Part des Ténèbres provient du roman homonyme de Stephen King, publié en 1990, que le scénario de Romero s’efforce d’adapter avec un maximum de fidélité. Ce récit torturé est celui de Thad Beaumont (Timothy Hutton), gâté par une femme aimante, deux adorables bébés et un emploi stable de professeur de littérature à l'université. Sous le pseudonyme de George Stark, il écrit des livres à succès ultra-violents qui lui permettent d'arrondir ses fins de mois. Il suffit qu'un indiscret du nom de Fred Clawson découvre la vérité sur sa double identité et tente de le faire chanter pour que Thad décide de faire disparaître George Stark et de se mettre à écrire, sous son propre nom, une œuvre plus ambitieuse. Tout le monde se satisfait de cette solution… Sauf George Stark lui-même qui accepte plutôt mal son passage de vie à trépas. Notre écrivain se retrouve donc bientôt menacé par un très inquiétant alter-ego, et le cauchemar ne fait dès lors que commencer… 

Romero a su saupoudrer l’ensemble de son film d'éléments étranges qui créent un climat avant-coureur annonçant le climax spectaculaire du film. Le roman de King  est légèrement imprégné d'autobiographie (puisque l'auteur signait lui-même certains romans sous le pseudonyme de Richard Bachman jusqu'à ce que le secret soit éventé) et exploite le thème du double maléfique, sous un aspect qui évoque souvent l'étonnant Esprit de Caïn de Brian De Palma. Mais ici, le Ça cher à la psychanalyse n’est pas une simple « vue de l’esprit ». Le « Mister Hyde » de notre écrivain existe réellement, physiquement, et l’absence d’explication logique sur sa tangibilité renforce finalement la peur qu’il suscite. Le double jeu de Timothy Hutton fonctionne admirablement, même si le look de George Stark frôle la caricature (les lunettes noires, les bottes et le blouson de cuir, c’est un peu too much !). Les scènes finales qui mettent en relation les deux jumeaux bénéficient de remarquables effets visuels. Quant à l'attaque des oiseaux, époustouflante, elle aurait eu de quoi faire pâlir Alfred Hitchcock lui-même.

(1) Propos recueillis par votre serviteur en juillet 2005

© Gilles Penso
Thema: DOUBLES


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