(Nightbreed)
De Clive Barker
(USA)
Avec Craig
Sheffer, Anne Bobby, David Cronenberg, Charles Haid, Hugh Quarshie, Hugh Ross,
Doug Bradley
Hellraiser avait été une excellente surprise au moment de
sa sortie sur les écrans en 1987, générant un véritable culte auprès de la
vaste communauté des fans de films d’horreur. Rasséréné par ce succès, le
talentueux Clive Barker s’attela dans la foulée à une autre adaptation d’un de
ses romans, « Cabal », qu’il porta à l’écran sous le titre Nightbreed (autrement dit « les
rejetons de la nuit »). Craig Sheffer y incarne Boone, un jeune homme
tourmenté par des cauchemars se situant dans un monde parallèle et souterrain
appelé Midian.
En se confiant au psychiatre Decker (incarné par David
Cronenberg, marquant une pause « récréative » entre Faux Semblants et Le Festin Nu), Boone finit par se demander s’il n’est pas sans le
savoir le tueur psychopathe recherché par tous les policiers du pays. Bientôt
traqué par les autorités, il essaie de retrouver le chemin de Midian qui
s’avère être un cimetière abandonné. Mais sous terre, des créatures étranges et
changeantes errent à l’abri du regard des humains. L’une d’elles plonge ses
crocs dans sa chair, le métamorphosant pour toujours. Ainsi, lorsque Boone est
abattu sans autre forme de procès par la police, il revient d’entre les morts
et regagne Midian. Sa petite amie Lori (Anne Bobby) fera tout pour le ramener
parmi les vivants. Mais elle est suivie de près par Decker, qui semble avoir
d’autres objectifs en tête…
Variante horrifique du mythe d’Orphée dans laquelle
les sexes auraient été inversés (comme si cette fois c’est Eurydice qui tentait
de ramener son bien aimé des Enfers), Cabal
bénéficie d’un incroyable bestiaire conçu par l’atelier de Bob Keen (L’Histoire sans Fin, Highlander, Hellraiser),
d’une prestation savoureuse de David Cronenberg qui nous fait regretter la
rareté de ses interventions devant la caméra, et d’une partition onirique d’un
Danny Elfman très inspiré (alors en pleine vogue grâce à son travail sur Batman). Mais le résultat est décousu,
comme s’il s’agissait d’une sorte de brainstorming délirant qui aurait été
filmé tel quel, le manque de cohérence de l’univers de Midian ne laissant guère
au public la possibilité de mieux l’apprécier. On sait Clive Barker adepte du « premier
jet » et de la « création spontanée », notamment à travers ses
œuvres picturales. Mais les problèmes structurels de Cabal trouvent probablement leur explication ailleurs.
Car juste
avant la distribution du film en salles, les cadres de la 20th Century Fox,
effrayés par les excès sanglants du montage, exigèrent des coupes franches sans
souci de préservation de l’essence du travail de Barker. Allégé de la plupart
de ses débordements gore, amputé de plusieurs séquences clefs (le métrage est
passé de 150 minutes à 100 minutes !), Cabal n’est plus vraiment le film qu’envisageait son auteur. Si l’on
ajoute un manque de moyens empêchant à la bataille finale d’atteindre l’ampleur
qu’elle méritait et une campagne publicitaire le présentant comme un simple
slasher anonyme, on comprend mieux la tiédeur de son accueil par le public et
la critique. Mais, comme à peu près tout ce qui touche à Clive Barker, il gagna
progressivement ses galons de film culte.
© Gilles Penso
Thema : DIABLES ET DÉMONS
BONUS : Le poster original



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