de Christopher Nolan (Etats-Unis)
Avec Leonardo di Caprio, Ken Watanabe, Joseph Gordon-Levitt, Marion Cotillard, Ellen Page, Tom Hardy, Cillian Murphy
Christopher
Nolan n’est pas le genre de réalisateur à prôner la facilité et les
sujets légers. Même lorsqu’il s’approprie le travail des
autres à l’occasion d’un remake (Insomnia), de l’adaptation d’un roman (Le
Prestige) ou de la relecture d’un comic book populaire (Batman Begins, The Dark Knight), Nolan est capable d’insuffler à ses œuvres
une noirceur, une complexité et une profondeur extrêmement personnelles. Avec Inception, il s’attaque pour la
première fois depuis douze ans à un sujet 100% original, et le résultat dépasse toutes les espérances.
Mixage incroyable entre un épisode de Mission Impossible et
le thriller paranormal Dreamscape de Joseph Ruben, le scénario d’Inception est
un passionnant casse-tête chinois qui sollicite la participation active
des spectateurs. En ce sens, cette expérience nous rappelle celle de
Memento qui,
lui aussi, ne pouvait s’apprécier qu’en s’immergeant corps et âme dans
les méandres d’un scénario
incroyablement tortueux. Et comme entre-temps Nolan a su séduire le
public le plus large grâce à des blockbusters d’une grande intelligence,
les studios lui font les yeux doux en lui allouant de
confortables budgets. Grâce aux 200 millions de dollars mis ici à sa
disposition, il peut donner corps à ses folles idées visuelles,
n’hésitant jamais à recourir aux effets spéciaux les plus
spectaculaires et aux scènes d’action les plus mouvementées pour
mieux nourrir les réflexions soulevées par son récit.
Leonardo di
Caprio incarne Dom Cobb, un espion qui sait s’introduire dans les rêves
d’autrui afin de voler les secrets les plus intimes en
toute impunité. Cobb est très convoité pour ses talents, mais c’est
aussi un fugitif recherché par les autorités du monde entier. Pour se
racheter une conduite, il accepte une dernière mission
qui n’a pas pour objet de voler une idée mais au contraire d’en
implanter une dans l’esprit de quelqu’un… « La suggestion consiste à faire dans l’esprit des autres une
petite incision où l’on met une idée à soi », écrivait Victor Hugo. Tel est exactement l’objet de la mission du héros d’Inception, et
c’est là
que réside tout le sel de ce scénario à tiroirs. Car pour pouvoir
manipuler le rêveur et pratiquer cette « incision » psychologique, Cobb
va devoir enchâsser plusieurs rêves les uns
dans les autres, chacun se soumettant à des règles
spatio-temporelles différentes.
Bien
vite, le film devient vertigineux, les règles établies dès le prologue
prenant une dimension inattendue en
cours de métrage. Il est d’ailleurs étonnant de voir avec quelle
facilité les spectateurs acceptent l’argument science-fictionnel
initial, pourtant particulièrement insolite. C’est là toute la
finesse de Christopher Nolan, soucieux de traiter son sujet sous
l’angle le plus réaliste possible et s’attachant avant tout à ses
personnages et à leurs tourments. D’où le choix d’un casting
extrêmement judicieux où les acteurs vedettes s’effacent derrière
leurs protagonistes et où quelques guest stars savoureuses comme Michael
Caine, Pete Postletwaite ou le trop rare Tom Berenger
nous offrent d’extraordinaires prestations. Passionnant de la
première à la dernière minute, Inception est un spectacle inoubliable… Peut-être
le meilleur film d’un réalisateur d’exception arrivé ici au sommet de son art.

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