(The Imaginarium of Dr Parnassus)
de Terry Gilliam - Grande Bretagne
avec Heath Ledger, Christopher Plummer, Tom Waits, Liliy Cole, Andrew Garfield, Johnny Depp, Colin Farell, Jude Law
Désireux de
revenir aux sources de ses premières œuvres, Terry Gilliam a concocté de
toutes pièces une de ces histoires abracadabrantes dont
il a le secret. Sur un postulat scénaristique qui n’est pas sans
évoquer Le Cirque du Docteur Lao de
George Pal,
nous découvrons les pérégrinations d’un cirque ambulant anachronique
abritant le vénérable docteur Parnassus (Christopher Plummer), sa fille
Valentina (Lily Cole), son comédien Anton (Andrew
Garfield) et son assistant Percy (Verne Troyer).
Leur numéro
rétro n’attire guère les foules des cités modernes, mais ce théâtre
mobile et poussiéreux abrite un secret. Grâce à un miroir
magique dissimulé derrière un rideau, le docteur Parnassus a le
pouvoir de faire voyager les gens dans leur propre imagination. A
l’issue de chacun de ces voyages, un choix est nécessaire, et le
Diable (Tom Waits) attend les visiteurs au tournant. Car Parnassus a
passé un pacte avec le Malin, qui viendra réclamer Valentina dès ses
seize ans révolus. Toute cette petite mécanique se grippe
avec l’arrivée d’un homme étrange, Tony (Heath Ledger), qui se mêle à
la troupe et semble lui-même dissimuler sa véritable nature… Film
hybride et quelque peu décousu, L’Imaginarium du
docteur Parnassus souffre probablement d’un trop plein d’idées et du traitement évasif d’un scénario qui eut mérité plus de
rigueur.
Mais c’est
également un concentré de tout ce que Terry Gilliam sait faire de
mieux : des dialogues cultivant l’absurde jusqu’au
surréalisme (les policiers cherchant le terme le moins vexant
possible pour qualifier l’assistant nain Percy), un humour souvent
désenchanté (les rencontres répétées de Parnassus et du Diable) et
des séquences fantastiques prenant souvent des proportions
titanesques (Tony qui cherche à atteindre les nuages grâce à une échelle
immense, le flash-back dans le temple antique)… « J’ai
voulu que Le docteur Parnassus soit une sorte
de “best of“ de tout ce que j’avais pu faire avant », reconnaît le cinéaste (1). A l’instar du Don Quichotte qu’il prépara avec Johnny Depp et Jean
Rochefort, Le Docteur Parnassus a bien failli ne jamais voir le jour suite à la mort prématurée de Heath
Ledger.
« Le choc fut terrible pour nous tous, et il n’était pas question que je recommence le tournage avec un autre
acteur », raconte-t-il. « Mais
toute l’équipe m’a poussé à reprendre le film et à le terminer, ne
serait-ce que
pour finir ce que Heath avait commencé. J’ai alors eu l’idée de
faire changer son visage chaque fois qu’il traversait le miroir,
puisqu’il se retrouve dans un lieu qui reflète l’imagination
des gens. Voilà comment Johnny Depp, Colin Farell et Jude Law ont
repris son personnage à tour de rôle. » (2) Transcendant
le drame pour doter son œuvre d’un supplément d’âme nouveau, Gilliam
n’a pas seulement sauvé son film. Il a également prouvé qu’un
personnage peut prendre le pas sur son (ou ses) interprète(s). A
tel point qu’en observant les performances respectives de Depp, Law
et Farell, les superstars s’effacent et l’on jurerait continuer à
apprécier le travail de Ledger sous d’autres visages.
L’expérience est fascinante et quelque peu troublante, dotant le
film d’une dimension inattendue.
(1) et (2) Propos recueillis par votre serviteur en octobre 2009

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