de Tim Burton (Etats-Unis)
Avec Alec Baldwin, Geena Davis, Michael Keaton, Jeffrey Jones, Winona Ryder, Catherine O’Hara, Glenn Shadix
Bien qu'il traite d'un sujet familier, celui de la maison hantée, Beetlejuice
ne ressemble à rien de connu. Adam et
Barbara Maitland (Alec Baldwin et Geena Davis, pas encore têtes
d’affiche à l’époque), jeunes mariés qui habitent une pittoresque maison
au cœur du Connecticut, meurent dès le début du film dans
un accident de voiture, en évitant un chien sur la route. Devenus
fantômes, ils voient avec horreur leur maison envahie par les Deetz, une
riche et bruyante famille new-yorkaise. A l’instar du
« Fantôme inexpérimenté » imaginé par H.G. Wells, qui ne sait pas
comment hanter une maison, les Maitland tentent en vain de chasser leurs
envahisseurs. Ils demandent conseil à une
vieille femme bien placée dans la hiérarchie de l’au-delà. Mises en
pratique, les recettes destinées à se débarrasser des intrus échouent
lamentablement. Ultime recours : l’exorciste
hystérique Betelgeuse, alias Michael Keaton rendu méconnaissable
sous un savant maquillage de Robert Short.
Une
fois n’est pas coutume, le point de vue adopté est ici celui des
fantômes. Nous n’avons donc pas affaire à une chasse aux
fantômes mais bel et bien à une chasse aux humains, qui représentent
les véritables intrus du film. Tim Burton a une vision très personnelle
de la mort. Pour lui, l'au-delà est une administration
kafkaïenne et multicolore où les trépassés, dans l'état où ils ont
quitté la vie (un plongeur avec un requin en train de le dévorer, un
explorateur à la tête réduite, une femme coupée en deux, un
homme brûlé des pieds à la tête), attendent leur tour, un ticket à
la main. Quant à la tâche ingrate des fonctionnaires, elle échoit aux
suicidés. A ces géniales trouvailles scénaristiques se
greffe une multitude d'idées visuelles concrétisées par des effets
spéciaux parfois maladroits mais inventifs et pleins de charme. Leur
supervision fut confiée à Alan Munro, ancien dessinateur de
storyboards qui tomba d'accord avec le réalisateur sur l'emploi de
techniques le plus souvent artisanales. L'animation image par image y
occupe une place de choix, ce qui semble logique étant
donnés l'attrait de Tim Burton pour ce mode d'expression, comme en
témoigne son premier court-métrage Vincent.
Les spectateurs ébahis découvrent ainsi une rampe d’escalier se muant en serpent géant, des vers des sables titanesques
(émules de ceux de Dune) rampant autour de la maison des Maitland ou encore des sculptures hideuses qui prennent soudain vie. « Tim Burton a essayé de retrouver l'esprit d'un
dessin animé en réalisant Beetlejuice , et on peut dire qu'il a réussi son coup ! » (1),
déclare à ce propos Doug Beswick, responsable des séquences
d’animation Le délire bat donc son plein tout au long du film (au
cours d’une séquence mythique, les habitants, hantés par les fantômes,
chantent soudain le « Day O » de Harry Belafonte
en plein repas) et la musique de Danny Elfman rythme l'ensemble de
manière trépidante, imposant les gimmicks incontournables qui feront sa
réputation (violon galopant, piano en contrepoint,
chœurs enjoués). Même si la dernière partie du film se laisse aller à
une surenchère un peu excessive, Beetlejuice demeure l’une des œuvres maîtresses de Tim Burton, l’un de ses films les
plus populaires et les plus appréciés.
(1) propos recueillis par votre serviteur en avril 1998

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