de Dario Argento (Italie)
Avec Jennifer Connelly, Daria Nicolodi, Dalila di Lazzaro, Donald Pleasence, Patrick Bauchau, Fiore Argento
Avec Jennifer Connelly, Daria Nicolodi, Dalila di Lazzaro, Donald Pleasence, Patrick Bauchau, Fiore Argento
On a généralement tendance à situer la période faste de Dario Argento entre 1971 et 1982, autrement dit de L’Oiseau au Plumage de Cristal à Ténèbres. Phenomena
s’inscrit donc à l’aune d’une lente phase de déclin, ce qui ne
l’empêche pas de regorger de morceaux et bravoures et d’idées folles
dont l’auteur de Suspiria a le secret. C’est d’ailleurs Suspiria qui semble servir d’inspiration principale au film, comme si Argento cherchait un peu à
réitérer le miracle de son chef d’œuvre.
Dans un rôle
proche de celui tenu en 1977 par Jessica Harper, Jennifer Connelly (qui
révèle ici son jeune talent après une petite apparition
en tutu dans Il était une fois en Amérique)
interprète Jennifer Corvino, la fille d’un célèbre acteur américain
venue poursuivre ses études dans un collège suisse. Rudoyée par
ses camarades qui lui envient sa prestigieuse parenté, l’adolescente
préfère de beaucoup la compagnie des insectes avec lesquels elle a le
pouvoir de communiquer. Au cours d’une crise de
somnambulisme, elle est témoin d’un meurtre commis avec une arme
blanche démontable et tranchante. Jennifer court alors un grave danger
puisque le tueur, qui l’a aperçue, va tenter de l’éliminer.
Grâce à l’aide d’un entomologiste infirme (Donald Pleasence, très
touchant) et de son singe savant, elle prend conscience de l’étendue de
son don et part à la recherche de l’assassin.
Reprenant les
composantes traditionnelles du giallo (un tueur mystérieux s’en prend à
d’innocentes jeunes filles), Phenomena y adjoint de
nombreux thèmes empruntés à d’autres sous-genre du cinéma
fantastique : les insectes intelligents (comme dans Phase IV), l’adolescente aux pouvoirs surnaturels (façon
Carrie), l’enfant monstrueux matérialisant la folie meurtrière de sa génitrice (à la manière de Chromosome 3),
le singe dangereusement intelligent (hérité
d’Edgar Allan Poe)… Le problème est que ces motifs variés et
dissemblables peinent à s’organiser au sein d’une intrigue cohérente.
Noyé dans ce trop plein d’idées et d’influences, Dario Argento
perd un peu de sa personnalité et oublie au passage les magnifiques
effets de style qui le singularisaient. La somptuosité des décors n’a
plus cours, la photographie oublie les couleurs
démesurément saturées au profit d’une banale polychromie, les
cadrages ont perdu de leur caractère insolite et même la bande
originale, signée ici par quelques ténors du hard rock, manque de
folie et d’étrangeté.
Reste
Jennifer Connelly, qui nimbe chaque séquence de son charme naissant, et
dont le personnage complexe demeure l’intérêt majeur de
Phenomena. Considérée tout à tour comme une folle
par ses camarades, comme un « Belzébuth maître des mouches » par la
directrice de son école, comme un fascinant prodige de la
nature par le vénérable entomologiste et comme une amie et
confidente par les insectes, elle cristallise toutes les émotions et
marque les esprits par sa différence, son refus de rester noyée
dans la masse. Ce bel appel à l’individualité et à l’originalité ne
fait hélas pas toujours mouche (sic), et Argento ne signe ici que
l’ébauche de ce qui aurait pu être un nouveau grand opéra
gore.
© Gilles Penso
Thema: INSECTES ET INVERTÉBRÉS, Pouvoirs surnaturels, ENFANTS, Singes, TUEURS
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