de Meir Zarchi (Etats-Unis)
Avec Camille Keaton, Eron Tabor, Richard Pace, Anthony Nichols, Gunter Kleemann, Alexis Magnotti, Terry Zarchi
Descendant contre-nature de Délivrance et de La Dernière Maison sur la Gauche, ce surprenant I Spit
on your Grave est un film OVNI, d’une noirceur à la limite
du soutenable, dont les intentions et la morale nous échappent quelque
peu. Film voyeuriste et malsain pour pervers en tout
genres ? Film d’horreur « survival » dans la droite lignée de Massacre à la Tronçonneuse ? Drame psychologique dénonçant la violence à la manière des
Chiens de Paille ? Film féministe au ton revanchard (comme le laisserait entendre son autre titre connu, Day of the Woman) ? A vrai dire, la
classification de I Spit on your Grave est des plus
malaisées, mais la dernière option pourrait bien être la bonne, dans la
mesure où Meir Zarki eut l’idée de ce film après avoir
porté secours à la jeune victime d’un viol, à l’encontre d’une
police désespérément inerte.
Son
infortunée héroïne est une romancière du nom de Jennifer Hill,
interprétée par la splendide Camille Keaton, petite-nièce du grand
Buster
en personne. Elle fuit la ville pour terminer calmement son dernier
livre dans une charmante maison de campagne au bord de l’eau, en lisière
d’une petite ville du Sud. Mais sa beauté ingénue
finit par attirer l’attention d’un pompiste libidineux, de l’idiot
du village et de deux bons à rien qui passent le plus clair de leur
temps à jouer au couteau ou à faire des ronds dans l’eau
avec leur barque à moteur. Un jour, poussés par leurs instincts les
plus bestiaux, tous les quatre fondent sur elle comme des oiseaux de
proie et la violent à tour de rôle, pendant trois quarts
d’heure particulièrement éprouvants pour le spectateur. Humiliée,
tabassée, laissée pour morte, Jennifer se remet douloureusement de la
quadruple agression et panse une à une ses blessures. Une
fois d’aplomb, elle ne prévient pas la police, pas plus qu’elle ne
quitte les lieux. La seule chose qui l’anime désormais est la soif de
vengeance. Muée en véritable ange exterminateur, elle
attire donc chacun de ses agresseurs dans ses filets séducteurs et
leur réserve un sort des moins enviables. L’un finit pendu à un arbre,
l’autre émasculé dans une baignoire, le troisième abattu
à coup de hache et le dernier réduit en charpie par l’hélice d’un
bateau.
Voilà pour le
scénario, cinglante démonstration d’autodéfense réduite à sa plus
simple expression. La mise en scène est à l’avenant, exempte
d’effets de style, épaulée par des comédiens sobres et des dialogues
épurés. Pour autant, Meir Zarchi n’opte pas pour une forme
pseudo-documentaire, avec caméra portée, improvisations des
comédiens et gros grain à l’image. Il assume au contraire pleinement
le statut fictionné de son film, contrairement à La Dernière Maison sur la Gauche par exemple, qui puisait
une grande partie de son impact sur son réalisme cru. I Spit on your Grave
est donc un film ô combien déroutant, l’un des plus marquants fleurons
d’un sous-genre insolite et
parfois douteux connu sous l’appellation de « rape revenge ». Le
slogan de l’époque ne reculait devant aucune démesure : « Cette femme
vient de découper, hacher, écrabouiller
et brûler cinq hommes jusqu’à les rendre méconnaissables… Mais aucun
jury américain ne la condamnera ! »
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