de Cecil B. De
Mille (USA)
Avec Victor Mature, Hedy Lamarr,
Angela Lansbury, George Sanders, Henry Wilcoxon, Olive Deering, Fay Holden
Aujourd’hui, Samson
et Dalila est généralement considéré comme l’un des classiques épiques de
Cecil B. De Mille, au même titre que Les
Dix Commandements. Mais il n’en fut pas toujours ainsi. Trop hollywoodien
pour les fervents lecteurs de l’Ancien Testament, trop porté sur le sexe et la
violence pour un public encore assez puritain, le film fut également vilipendé
par les détracteurs du sculptural Victor Mature, ancienne vedette de Tumak fils de la jungle. Sujet à d’innombrables
phobies malgré ses allures de colosse imperturbable, le comédien émailla en
effet le tournage de nombreux incidents que la presse de l’époque colporta
allègrement. Sans parler de cette fameuse boutade, généralement attribuée à
Groucho Marx, selon laquelle « il est difficile de s’intéresser à un film
dans lequel le héros a une plus grosse poitrine que l’héroïne. »
Mais
qu’importent les commérages d’antan. Samson
et Dalila est un monument qui se bonifie à chaque vision, alternant avec
maestria les séquences spectaculaires (le combat contre le lion, le massacre de
mille Philistins, le climax cataclysmique) et les moments intimes (au sein
desquels la parade amoureuse à laquelle se livrent les deux protagonistes du
titre prend une place majeure). Dans le rôle de Samson, l’homme le plus fort de
la tribu de Dan, héros du peuple juif oppressé par les Philistins, Victor
Mature est tout simplement parfait. La vigueur de sa musculature et la hauteur
de sa stature contrastent avec son sourire amer et son regard de chien battu.
Par bien des aspects, il évoque la future star Sylvester Stallone, dont il
faillit d’ailleurs interpréter le père dans L’Embrouille est dans le sac de John Landis (le rôle échut
finalement à Kirk Douglas). Face à lui, Hedy Lamarr tient le rôle de sa vie,
sous les atours ensorcelants de la perverse et délicieuse Dalila, amoureuse
éconduite usant de ses charmes pour faire chuter le colosse aux pieds d’argile
dont elle est éprise. A côté de son inoubliable prestation, la Scarlett O’Hara
de Victor Fleming et la Cléopâtre de Joseph Manciewicz passeraient presque pour
des modèles d’altruisme et de bienveillance.
Le scénario du film suit assez
fidèlement les péripéties décrites par le Livre des Juges, avec pour point
d’orgue la révélation cruciale, que le texte biblique exprime en ces
termes : « si j’étais rasé, ma force se retirerait de moi, je
deviendrais faible et je serais pareil à un homme quelconque », et que le
script, riche en répliques savoureuses aux allures d’aphorismes, reprend
quasiment à l’identique. C’est là que Samson
et Dalila exprime pleinement son rattachement au genre fantastique, la chevelure
du héros étant le vecteur entre Dieu et l’homme, doté par sa foi d’une force
surpassant celle de tous ses congénères. Et lorsque le temple de Dagon –
divinité philistine réinventée en 1917 par H.P. Lovecraft et dès lors empreinte
d’une forte connotation démoniaque – s’écroule sur ses bases, Samson et Dalila marque la fusion
sublime entre le péplum, le film catastrophe et la fable mythologique. Avec 12
millions de dollars de recettes, ce fut le plus gros succès cinématographique de
l’année 1949, et le meilleur score jamais enregistré alors par le studio
Paramount.
© Gilles Penso
Thema: DIEU, LES ANGES, LA BIBLE

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