La musique de ON NE VIT QUE DEUX FOIS



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En 1967, Albert « Cubby » Broccoli et Harry Saltzman n’ont toujours pas pu récupérer les droits du roman « Casino Royale ». Le producteur concurrent Charles Feldman en profite pour l’adapter au cinéma en 1967, sous forme d’une parodie à gros budget détachée de la série officielle. La musique confiée à Burt Bacharach (célèbre pour Butch Cassidy et le Kid) ne cherche donc jamais à imiter le style de John Barry, déployant des morceaux jazzy qui laissent la part belle au trompettiste Herb Alpert. Pour une scène de séduction entre Ursula Andress et Peter Sellers, Bacharach compose une chanson magnifique, « The Look of Love », écrite par Hal David et chantée par la voix suave de Dusty Springfield.

 

Le James Bond officiel suivant sort la même année. Il s’agit de On ne vit que deux fois, pour lequel John Barry se surpasse. Pour la chanson du générique, écrite par Leslie Bricusse, les producteurs souhaitent un nom connu. « Cubby était un ami de Frank Sinatra », raconte Barry. « Or sa fille Nancy avait eu quelques succès ». C’est donc elle qui hérite du titre. L’enregistrement au milieu de 60 musiciens est quelque peu perturbé par la présence de nombreux photographes dans le studio et par la chanteuse elle-même, intimidée, dont la voix fragile a du mal à se poser sur la mélodie. « Le morceau final combine environ 25 prises différentes », avoue Barry. 

 

Mais le résultat est à la hauteur de toutes les espérances. « You Only Live Twice » est probablement l’une des plus belles chansons jamais composées pour la saga James Bond. Fidèle à ses habitudes, Barry la décline à loisir, notamment dans le splendide morceau lyrique « Mountains and Sunsets ». Le film se déroulant en partie en Asie, le compositeur se laisse aller à quelques orchestrations partiellement ethniques. « J’ai tenté d’intégrer la grâce orientale au reste de la trame musicale » avoue-t-il. (Ci-dessous : John Barry dirige l'orchestre durant les sessions d'enregistrement de la bande originale d'On ne vit que deux fois).

 

La bande originale se teinte aussi de science-fiction pour les scènes spatiales au cours desquelles le vaisseau du maléfique Blofeld engloutit des fusées américaines et russes. A cet effet, Barry compose un morceau sombre et mystérieux pour flûte, violons, piano, cuivres et percussions, s’inspirant de ses propres expérimentations sur les séquences aquatiques d’Opération Tonnerre. « Il s’agissait à nouveau de traduire un sentiment de flottaison, si ce n’est que l’action se situait cette fois dans l’espace », explique-t-il. « Puis la  musique devient presque militaire, et nous amenons la grosse artillerie, orchestralement parlant. »

© Gilles Penso