(The Phantom of the Opera)
de Dwight H.
Little (Etats-Unis)
avec Robert Englund, Alex Hyde-White, Terence Harvey,
Jill Schoelen, Emma Rawson, Molly Shannon, Bill Nighy
Les années 80 déclinantes s’étant
découvertes un nouveau croquemitaine en la personne de Freddy Krueger, le
comédien Robert Englund se mua en icône moderne de l’épouvante, s’efforçant
d’incarner maints personnages maléfiques du répertoire classique. Certains
producteurs espéraient ainsi en faire le digne successeur de Boris Karloff,
Bela Lugosi, Peter Cushing ou Vincent Price, mais le talent et le charisme fort
limités d’Englund ne lui permirent jamais d’assumer dignement ce prestigieux
héritage.
Le voilà ici dans la peau d’un nouveau Fantôme de l’Opéra, reprenant
le flambeau de Lon Chaney, Claude Rains et Herbert Lom. Les prémisses du film
laissent imaginer une version modernisée du roman de Gaston Leroux, car
l’intrigue prend place à New York de nos jours. L’étudiante en musique
Christine Day y découvre une partition du 19ème siècle, « Don
Juan triomphant », signée par un certain Erick Destler. Au cours d’une
audition, elle choisit de chanter un extrait de cette partition. Aussitôt, elle
s’évanouit, et nous changeons dès lors d’époque. Le film se propulse un siècle
plus tôt, en plein Londres, et Christine y est choriste à l’opéra. S’agit-il
d’un flash-back ? D’une hallucination ? D’une réincarnation ?
Nous ne le saurons jamais, et le scénario prend le parti de rester très évasif
à ce propos, comme si le prologue moderne n’avait qu’une seule vocation :
éviter de rebuter les fans de Freddy et de Vendredi 13 en leur présentant de prime abord un contexte familier et contemporain.
Toujours est-il que l’intrigue se contente alors de reprendre vaguement la
trame du roman de Leroux, transposant sans véritable justification le Paris
initial dans un Londres brumeux capté dans de très beaux décors naturels à
Budapest. Hélas, le sujet réclamait
une certaine élégance et une certaine classe, ce dont Dwight Little,
réalisateur de plusieurs épisodes de la série Les Cauchemars de Freddy et d’un peu mémorable Halloween 4, se montre assez dépourvu. D’autant que les passages
musicaux sont plutôt pesants, la voix de Christine Day étant loin de nous
subjuguer. Quand elle chante le monologue du miroir de Faust, on pense même
carrément à la Castafiore d’Hergé, c’est dire ! Robert Englund lui-même
cabotine plus que de raison, nous rejouant une version tourmentée de Freddy
Krueger.
Et lorsqu’il part en croisade meurtrière contre les critiques ayant eu
la maladresse d’incendier la prestation de Christine, on repense à Théâtre de Sang, la finesse en moins.
Ce Fantôme de l’Opéra se distingue
surtout par son approche résolument gore. Le Fantôme écorche vive ses victimes,
poignarde avec force jets de sang, et les maquillages spéciaux conjointement
signés Kevin Yagher et John Buechler ne font pas dans la demi-mesure. L’une des
scènes les plus impressionnantes, en la matière, est celle où Erik découd son
visage fait de peaux humaines, façon Leatherface, pour révéler son faciès
défiguré. Un épilogue ridicule et incohérent achève de rabaisser cette version
du mythe au rang d’œuvrette anecdotique, conçue pourtant en pleine vogue de la
comédie musicale d’Andrew Lloyd Webber.
© Gilles Penso
Théma: SUPER-VILAINS

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