(The
Abominable Dr. Phibes)
de Robert Fuest
(Grande-Bretagne)
avec Vincent Price, Peter Jeffrey, Joseph Cotten,
Virginia North, Terry-Thomas, Hugh Griffiths, Caroline Munro, Alex Scott
Le
docteur Phibes est probablement l’un des super-vilains les plus originaux de
l’histoire du cinéma d’épouvante, même s’il présente de nombreux points communs
avec L'Homme au Masque de Cire, déjà
interprété par Vincent Price. Artiste de génie laissé pour mort dans un
accident, lui aussi fomente une vengeance méthodique, cachant son visage
défiguré sous un masque imitant les traits qu’il avait autrefois. Sauf qu’au
lieu d’être brûlée au dernier degré, sa figure est carrément réduite à l’état
de tête de mort grimaçante, dont seul le regard semble encore animé par un
semblant de vie, une vision de cauchemar qui préfigure la célèbre affiche d’Evil Dead 2.
Ancien spécialiste de
music-hall, organiste de talent et mécanicien génial, Anton Phibes a basculé
dans la folie après la mort de sa femme Virginia, due à l’incompétence des
chirurgiens qui l’opéraient. Dès lors, réfugié dans une vaste demeure
londonienne, il donne de grands concerts d’orgue, avec pour seule compagnie un
orchestre d’automates et une jeune fille aux tenues extravagantes qui répond au
doux prénom de Vulnavia, dont l’identité et les relations avec Phibes resteront
un mystère. Son titre de docteur, Phibes le doit à un doctorat en théologie, et
c’est là qu’il puise l’inspiration de sa redoutable vengeance : les dix
plaies qui frappèrent l’Egypte. Ainsi les membres de l’équipe médicale
meurent-ils un à un dans des conditions abominables : piqué à mort par des
milliers de guêpes, agressé en pleine nuit par une nuée de chauves-souris,
envahi par des rats féroces dans un cockpit d’avion, congelé dans une voiture,
la tête écrabouillée par un masque de grenouille rétrécissant, le corps
entièrement vidé de son sang, le poitrail transpercé par une licorne en bronze,
le visage dévoré par des sauterelles…
Quant au chirurgien en chef, interprété
par Joseph Cotten, il doit opérer son propre fils en six minutes seulement et
lui extraire une clef du corps, afin d’ouvrir un cadenas et d’éviter qu’un flot
d’acide ne se déverse sur lui ! On voit bien l'influence qu'un tel film a pu avoir sur Saw et ses séquelles. Le scénario prend pas mal de libertés avec
la bible, mixant allègrement certaines vraies plaies (le sang, les grenouilles,
les sauterelles, la grêle, les ténèbres, la mort des premiers-nés) avec
d’autres plaies complètement fantaisistes (les boursouflures, les
chauve-souris, les rats, ou carrément les licornes !). Mais cela importe peu,
dans la mesure où c’est l’impact dramatique qui prime ici.
Ciselé avec une
précision d’horloger, le scénario évite l’aspect mécanique et répétitif
inhérent à un tel récit, et se pare de savoureux dialogues, échangés par une
poignée de comédiens excellents. Les joutes entre l’inspecteur chargé de
l’enquête et son supérieur, notamment, sont de mémorables morceaux de comédie
typiquement british. Quant à la mise en scène de Robert Fuest, elle rappelle
par moments les meilleurs épisodes de Chapeau
Melon et Bottes de Cuir période Emma Peel, dont cet Abominable Docteur Phibes retrouve parfois l’esprit, le goût de
l’insolite et les situations surréalistes. Dans le rôle de la défunte épouse,
Caroline Munro fait de brèves mais inoubliables apparitions, sous forme de
photos ou d’un joli cadavre embaumé à la toute fin du film.
© Gilles Penso
Thema: SUPER-VILAINS


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