The Sentinel
de
Michael Winner (USA)
avec
Cristina Raines, Chris Sarandon, Martin Balsam, John Carradine, José Ferrer,
Ava Gardner, Burgess Meredith
Film de fantômes relativement atypique, La
Sentinelle des Maudits adapte un roman que
Jeffrey Konvitz publia en 1975. Interprétée par une Cristina Raines pleine de
charme, qui jouait la même année dans Les Duellistes de Ridley Scott, l’héroïne de ce récit tourmenté
est le mannequin Alison Parker. Elle enchaîne avec succès les séances photo
(avec Jeff Goldblum dans le tout petit rôle du photographe), est fiancée avec
un jeune avocat brillant (Chris Sarandon) et vient d’emménager dans un bel
appartement de Brooklyn. Les choses se gâtent lorsque son père meurt d’un
cancer.
Au cours d’un flash-back qui ne fait pas dans la dentelle, Alison se
souvient avoir surpris ce dernier en train de faire l’amour avec deux grosses
bonnes femmes, et avoir sous le choc tenté de se suicider. Désormais, la voilà
sujette à de violentes migraines en pleines séances de travail. Lorsqu’elle
fait connaissance avec ses nouveaux voisins, elle découvre une belle brochette
d’excentriques : un homme affable qui vit avec un chat et un oiseau, deux
lesbiennes exhibitionnistes, un couple étrange, une vieille dame qui tient des
propos incohérents… Sans compter ce vieux prêtre aveugle qui vit au dernier
étage et ne bouge jamais de sa fenêtre (incarné par un John Carradine au visage
frippé, aux cheveux argentés en bataille et aux yeux blancs). Mais sa surprise
est immense lorsque son agent immobilier Miss Logan (Ava Gardner) lui affirme
qu’à l’exception du prêtre, l’immeuble est entièrement vide depuis trois ans.
Qui sont donc ces voisins ? Des fantômes ? Des hallucinations ?
Une nuit, alertée par des bruits inquiétants au-dessus de son appartement,
Alison se retrouve carrément nez à nez avec le fantôme blafard de son propre
père. Prise de panique, agressée par le revenant, elle le défigure et le tue à
coups de couteau (ce qui permet au génial maquilleur Dick Smith de s’en donner
à cœur joie, nous gratifiant d’un nez tranché et d’un œil littéralement découpé
en gros plan !). Un inspecteur de police et son adjoint (Eli Wallach et
Christopher Walken) mènent une enquête de routine, tandis que le fiancé d’Alison
pousse plus loin les investigations au sein même de l’immeuble, découvrant
qu’il s’agit d’un accès direct vers l’Enfer, protégé par un ordre secret de
l’église catholique répondant au nom de « Confrérie des
Protecteurs »…
La Sentinelle des Maudits est avant tout un film d’atmosphère, distillant une insidieuse
ambiance d’épouvante croissante, et gratifiant le spectateur d’un véritable
défilé de comédiens familiers (aux noms cités, on peut ajouter Martin Balsam,
le détective de Psychose, ainsi que Tom
Berenger dans un minuscule rôle à la fin du film). Le climax s’avère quant à
lui grand guignolesque, muant l’immeuble en véritable train fantôme empli de
spectres plus hideux et difformes les uns que les autres. Reposant sur un
manichéisme de catéchisme assez basique, le scénario de La Sentinelle
des Maudits a un peu de mal à convaincre,
d’autant qu’il multiplie les incohérences. Et pourtant, miracle, le film
fonctionne plutôt bien, en grande partie grâce à la mise en scène efficace de
Michael Winner, à la qualité de son interprétation, et à l’intrigante étrangeté
de son propos.
© Gilles Penso
Thema: FANTÔMES
BONUS : Michael Winner pendant le tournage
BONUS : L'un des maquillages horrifiques conçus par Dick Smith



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