Avec Oskar Werner, Julie Christie, Cyril Cusack, Anton
Diffring, Jeremy Spenser, Bee Duffell, Alex Scott, Noel Davis
François
Truffaut et la science-fiction, le mélange semble antithétique, et l’auteur des
400 Coups avouait n’avoir à priori
aucune affinité avec le genre. Mais il a trouvé dans le roman de Ray Bradbury
matière à nourrir son univers tout en livrant une fable d’anticipation de haute
tenue, s’attelant pour l’occasion à son unique film tourné en langue anglaise
(ce qui fut une véritable gageure dans la mesure où, à l’époque, le cinéaste
maîtrisait fort mal la langue de Shakespeare).
Le monde futuriste de Fahrenheit 451 interdit à la population
la détention de livres, quels qu’ils soient, car ils ont été jugés provocateurs
de comportements antisociaux. Les pompiers n’ont donc pas comme mission
d’éteindre les incendies, mais de brûler tous les ouvrages qu’ils trouvent chez
les gens en marge de la loi. Le film est donc régulièrement scandé par les déplacements
du camion des pompiers et par divers autodafés tous plus révoltants les uns que
les autres. Le plus violent d’entre eux montre une vieille dame refuser
d’abandonner ses livres et se laisser mourir au milieu du brasier. Truffaut est
parvenu à capter l’horrible photogénie des ouvrages qui brûlent, certaines
pages se recroquevillant comme des pétales fanés. Parmi les livres promis au
bûcher, on note « Mein Kampf », « Les Chroniques
Martiennes » et un exemplaire des « Cahiers du Cinéma » avec A Bout de Souffle en couverture !
Dans cet univers totalitaire, les journaux ne comportent que des dessins, la
population est incitée à la délation, des brigades anti-cheveux longs tondent
les jeunes aux coupes non-conformistes, la télévision s’appelle « la famille »,
et le sommet de l’ascension sociale consiste à posséder plusieurs grands écrans
muraux. Même si le plaidoyer en faveur de la lecture passe forcément mieux en
livre qu’en film, l’adaptation de Truffaut et de son co-scénariste Jean-Louis
Richard est une réussite indiscutable. Sa mise en scène s’amuse d’ailleurs à
opposer en permanence la télévision et les livres, notamment lorsqu’un pompier
découvre une pile d’ouvrages cachés derrière l’écran d’un téléviseur, ou
lorsque le héros se sert de la lumière du grand écran pour lire en pleine nuit.
Pour incarner Montag, le pompier qui refuse peu à peu d’assumer son rôle
destructeur, Truffaut a choisi Oskar Werner, avec qui il venait de tourner Jules et Jim. Pour donner corps aux
deux personnages féminins antithétiques, l’épouse conformiste et la voisine
rebelle, il a opté pour une seule et même comédienne, la belle Julie Christie.
A la fin du film, Montag quitte la ville, fuit une escouade de pompiers volants
qui annoncent les brigades aériennes de Minority Report et rejoint les hommes-livres. Ce sont des marginaux qui ont chacun
entrepris d’apprendre un livre par cœur, pour que la mémoire littéraire perdure
à travers les temps. Une idée d’une magnifique poésie, née de l’imagination
fertile de l’auteur des Chroniques
Martiennes, et que le film prolonge par un générique où les noms ne sont
pas écrits mais dits à voix haute. Grand admirateur d’Alfred Hitchcock,
Truffaut a eu la joie de confier la partition de son film à l’immense Bernard
Herrmann. Onze ans plus tard, le cinéaste allait retrouver l’univers de la
science-fiction en jouant l’improbable linguiste Lacombe dans Rencontres du Troisième Type.
BONUS : François Truffaut s'en grille une petite pendant le tournage

