de Rob Zombie (USA)
Avec Sheri Moon Zombie, Bruce Davison, Jeff Daniel Philips, Judy Geeson, Meg Foster, Patricia Quinn, Ken Foree, Dee Wallace
Le cas Zombie est des plus originaux. Musicien de métal fan de film de genre, propulsé nouveau pape des réalisateurs
horrifiques grâce à son premier effort à la frénésie bariolée, La maison des 1000 morts, et surtout par la bombe The Devil's rejects,
qui lorgnait déjà plus vers
le western à la Peckinpah et le naturalisme cru des 70's, l'ami Rob a
rapidement déchanté. Phagocyté par Universal d'abord puis par les
frères Weinstein sur ses deux réactualisations
d'Halloween, le mercenaire chevelu décide de revenir à un
budget moindre, abandonnant ses projets en cours, un remake du Blob et le film de boxe
Tyrannosaurus Rex. S'inspirant du fameux procès des sorcières de Salem du XVIIe siècle, The Lords of Salem
prend son public potentiel à contrepied. Exit les
débordements gore et choquants, le montage cut et le rythme
soutenu : à l'image des deux superbes morceaux du Velvet Underground de
sa B.O., le film fait le choix culotté du lancinant, de
l'ambiant, de l'oblique. Pour le meilleur et pour le pire.
Rien n'est vraiment attendu. Les influences affichées ne sont pas dans l'air du temps, Zombie citant allègrement le Ken
Russell du Repaire du Ver Blanc, le John Carpenter de Fog et Prince des ténèbres, le Polanski de Rosemary's Baby et du Locataire, la Hammer des Vierges de Satan...
Le ton est grave, une forme d'inéluctabilité et de désespoir
enveloppant doucement le métrage, montant crescendo jusqu'à un final
halluciné et élégiaque. La surprise majeure vient du soin apporté aux
scènes intimistes (qu'on pouvait entrevoir dans
The Devil's Rejects), le récit s'attardant avec
sensibilité sur le couple avorté formé par l'héroïne et son collègue
timide et protecteur. Le fan de frissons lambdas en sera pour
ses frais : pas de jump scares faisandés, uniquement des visions
furtives et des cauchemars psychédéliques à l'ancienne, portés par le
score hypnotique de John 5 (ex Marilyn Manson et actuel
guitariste de Rob), sachant se faire tour à tour mélancolique et
inquiétant, épaulé par Mozart et Bach.
Mais
alors, où le bât blesse-t-il ? Premièrement au niveau scénaristique.
Très étrangement, Zombie ne cherche jamais à
transcender un postulat de départ rebattu, visiblement plus axé sur
l'atmosphère, le sensitif et le visuel. Le récit se perd en intrigues
secondaires (le personnage de Bruce Davison, malgré le
charisme de l'acteur, paraît placé là artificiellement pour faire
avancer l'intrigue), marquant le pas, manquant cruellement d'enjeux et
ne trouvant pas d’aboutissement. Le film ne décolle donc
jamais vraiment de son statut de série B old school, malgré ses
élans lyriques. Ensuite, face aux séquences contemporaines très
réussies, les inserts du passé de Salem font pâle figure, flirtant
parfois avec le ridicule (un manque de moyens ?).
Enfin,
on se demande parfois si la pourtant douée Sheri Moon (que son mari,
malgré tous ses efforts, ne parvient pas à enlaidir)
est taillée pour tenir un rôle principal, quelque peu éclipsée par
un très juste et touchant Jeff Daniel Phillips et une terrifiante Meg
Foster (dont personne n'a pu oublier le regard perçant
depuis Invasion Los Angeles).
Rob Zombie pèche donc, au choix, par laxisme ou
trop-plein d’ambition. Difficile cette fois de cerner ses véritables
intentions, écartelé entre sa position de Messie du bis et d'auteur
maudit, risquant de se perdre et de perdre son troupeau
avec lui. Il reste que les sorties de route du bonhomme sont mille
fois plus passionnantes que celles des autres.
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