(The Lost Horizon)
de Frank Capra (USA)
avec Ronald Colman, Jane Wyatt, Edward Everett Horton, John Howard, Thomas Mitchell,
Margo, Isabel Jewell, Sam Jaffe
Quels
que soient les genres cinématographiques abordés, Frank Capra s’est
toujours servi des films comme véhicules de ses prises de
position humanistes et utopiques. Avec Les Horizons Perdus,
il s’attaquait à l’adaptation d’un roman de James Hilton, délaissant
les comédies
douces-amères auxquelles il était généralement associé pour se plonger
dans une aventure exotique et mystérieuse fortement teintée de
fantastique. Alter-ego glamour du cinéaste, Robert Conway
(Edward Everett Horton) est un officier britannique chargé de faire
évacuer de la ville de Baskul quatre-vingt dix ressortissants
occidentaux. C’est au cœur d’une Chine secouée par la révolution
que s’ouvre donc le film, en un prologue frénétique situé en mars
1935, empli de cris et de fureur et scandé par une partition tonitruante
de Dimitri Tiomkin.
Le dernier avion fuyant la foule paniquée et les incendies à répétition embarque Conway et quatre passagers :
Lovett, un paléontologue tout fier d’avoir découvert une vertèbre de mégathérium, Gloria Stone,
une jeune femme aigrie et condamnée par la
médecine, Charmers Bryant, un industriel ruiné, et George, le frère
impulsif et fougueux de Conway. Bientôt, nos cinq passagers découvrent
qu’un mystérieux Chinois a pris les commandes de l'avion.
A l’issue d’un voyage interminable et fort oppressant au-dessus du
désert et des montagnes, l’avion finit par s’écraser dans la neige. Tous
s’en sortent à l’exception du pilote clandestin. Le
mystère reste donc entier. Et lorsque des autochtones secourent nos
naufragés pour leur proposer le refuge de leur lamaserie, chacun finit
par se demander si tout ceci n’était pas prévu
d’avance.
Au
sein du vénérable palais de Shangri-La érigé à 3000 pieds au-dessus de
la vallée, Conway et ses compagnons découvrent une
véritable oasis à l’abri de l’hiver et des tempêtes grâce aux
montagnes qui le protègent. Ayant rejeté tout modernisme et tous modes
de communications, le lieu est entouré de mystère. Les gens y
vivent à l’abri du crime, de l’avarice et de la jalousie, car le
manque est une notion qui leur est étrangère. L’argent non plus n’a pas
droit de cité, le troc étant en vigueur et la vallée
regorgeant d’or. On retrouve là les élans idéalistes du réalisateur de
la Vie est Belle, décrivant un monde heureux, loin d’une civilisation
frénétique vouée à l’autodestruction où l’on se « tue au travail » et où l’on « meurt de chagrin ».
La
camarde semble d’ailleurs ne jamais pénétrer l’enceinte de Shangri-La,
comme si ses habitants avaient percé le secret de
l’immortalité. C’est en tout cas ce que laisse imaginer à nos héros le
grand lama, un ancien prêtre belge nommé Perrault qui aurait fondé
cette communauté en 1713… Séduit par la philosophie locale
et amoureux de la belle et mystérieuse Sondra, Conway est tenté de
finir ses jours dans ce monde féerique. Mais y aurait-il vraiment sa
place ? N’a-t-il pas un rôle à jouer dans son propre
monde ? C’est sur ce dilemme que s’articule la dernière partie des Horizons Perdus, un film décidément atemporel dont le message
pacifiste est d’autant plus fort qu'il sortit sur les écrans deux ans avant la seconde guerre mondiale.

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