(The Exorcism of Emily Rose)
de Scott Derrickson (Etats-Unis)
avec Laura Linney, Tom Wilkinson, Campbell Scott, Jennifer Carpenter, Colm Feore, Shoreh Aghdashloo
de Scott Derrickson (Etats-Unis)
avec Laura Linney, Tom Wilkinson, Campbell Scott, Jennifer Carpenter, Colm Feore, Shoreh Aghdashloo
« D’après une
histoire vraie ». De nombreux films d’horreur se drapent volontiers
sous cette assertion afin de s’assurer un argument de
marketing infaillible ou une respectabilité bienvenue, comme en
témoignent les remakes de Massacre à la Tronçonneuse ou Amityville. Mais en ce qui concerne L’Exorcisme d’Emily
Rose, le cas est un peu plus complexe dans la mesure où, au lieu
de fantasmer les ramifications horrifiques d’un simple fait divers, le
scénario de Scott Derrickson et Paul Harris Boardman
s’attache à suivre pas à pas une affaire judiciaire qui fit couler
beaucoup d’encre en son temps.
Du coup, nous
nous retrouvons face à une œuvre hybride et audacieuse, mixant deux
genres à priori antithétiques : le film de tribunal et le
film d’horreur. Tout commence par le constat du décès d’Emily Rose,
et par l’inculpation du père Richard Moore pour homicide par imprudence.
Dès que s’ouvre le procès, les témoignages nous
narrent en flash-back la mésaventure de cette jeune fille quittant
sa province pour aller étudier à l’université. Une nuit, seule dans sa
chambre d'étudiante, elle est la proie d'hallucinations
terrifiantes qui la marquent à tout jamais. Convaincue d’être
possédée par des forces démoniaques, elle sombre peu à peu, victime de
symptômes de plus en plus spectaculaires. La médecine semblant
impuissante, Emily s’en remet donc au prêtre de sa paroisse, qui va
s’efforcer de l’exorciser…
Le casting du
film se prive volontairement de stars, et c’est une excellent idée.
L’approche réaliste en est renforcée (Mel Gibson en prêtre
et Nicole Kidman en avocate, ça aurait fait un peu désordre). Les
acteurs sont exceptionnels de justesse, et les performances hystériques
de la débutante Jennifer Carpenter (un nom prédestiné !)
proprement hallucinantes. Familier de l’épouvante, Scott Derrickson (Hellraiser Inferno, Urban Legend 2)
concocte des séquences d’angoisse extrêmement efficaces, même si elles
reposent
souvent sur le principe archi connu d’une femme isolée en pleine
nuit qui entend des bruits bizarres et erre en cherchant leur source.
Les effets sonores et la musique de Christopher Young jouent
beaucoup sur les nerfs du spectateur, et les étonnants maquillages
3D de Michael Shelton valent leur pesant d’effroi, notamment
lorsqu’Emily voit les gens de son entourage arborer soudainement un
visage hideux et grimaçant.
Fatalement, les séquences de possession et d’exorcisme évoquent L’Exorciste, dans la mesure où elles reposent sur des faits voisins (ici, Emily est sensée être possédée par six démons, dont
Lucifer en personne !). La Malédiction vient également à
l’esprit, surtout lorsqu’un témoin gênant est violemment éliminé. Mais
toutes ces références n’amenuisent jamais le caractère
hyperréaliste du film. L’Exorcisme d’Emily Rose est assurément une
expérience éprouvante et une indéniable réussite, qui frôle le
manichéisme sans tout à fait s’y complaire, et pose en substance
la question de la justice divine taraudant de nombreux pratiquants,
toutes religions confondues. Une question qu’on pourrait résumer en ces
termes : « Pourquoi Dieu éprouve-t-il certains de ses
fidèles au point de leur faire endurer mille souffrances ? »

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