lundi 2 avril 2018

La musique de GOLDENEYE


Après six années d’imbroglio juridique, James Bond revient en 1995 avec un nouveau visage, celui de Pierce Brosnan, et avec un nouveau compositeur, Eric Serra. Ce choix surprenant s’explique par la popularité outre-Manche des films de Luc Besson, dont Serra demeure le musicien attitré. « Lorsqu’ils m’ont proposé de travailler sur le film, ils m’ont dit qu’ils adoraient ma musique », explique-t-il. « J’ai donc pensé que la meilleure chose à faire était d’écrire une musique personnelle, sans me laisser influencer par les vieux James Bond ». Ce choix était intéressant, mais le goût de Serra pour les sonorités synthétiques trahit le style musical lyrique et symphonique dicté par ses prédécesseurs. 


Hérités de son expérience avec Besson, certains tics sonores de Serra sont tenaces, et son usage intensif du sampler, des boîtes à rythme et des percussions échantillonnées nous ramène illico au Grand Bleu ou à Nikita. Certes, à l’occasion d’Atlantis et de Léon, Eric Serra avait eu l’occasion d’écrire pour un orchestre symphonique, et il réitère l’expérience dans Goldeneye. Cependant, même si dans « The Severnaya Suite » la flûte traversière soutenue par des cordes, puis rattrapée par des cuivres pesants, évoque John Barry, les envolées symphoniques de l’orchestre manquent de profondeur et d’une mélodie digne de ce nom. Probablement parce qu’Eric Serra est meilleur arrangeur que compositeur. Dommage, par exemple, qu’il n’ait pas tenté d’écrire des variantes symphoniques sur le thème de la chanson du générique. 


Le fameux James Bond Theme lui-même prend dans Goldeneye une tonalité techno (boîte à rythme lancinante, sons synthétiques en boucle, voix et bruits échantillonnés), à l’occasion du morceau « A Plesant Drive in St Petersburg ». C’est un signe des temps, mais c’est très appauvrissant musicalement. A tel point que les producteurs, comprenant trop tard leur erreur, demandent à l’arrangeur John Altman de concevoir en quatrième vitesse une version orchestrale du « James Bond Theme » pour remplacer celle composée par Serra pour la poursuite avec un tank dans les rues de St Petersbourg. 


De l’avis général, la bande originale de Goldeneye est la pire de toutes. Fort heureusement, il reste la chanson du générique, qui porte le titre du film et que Tina Turner interprète avec une vigueur communicative. Ecrite par Bono and the Edge, cette « title song » permet à la voix chaude de Tina de succéder sans pâlir à celles de Shirley Bassey, Carly Simon ou encore Sheena Easton.

© Gilles Penso

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