de Juan Antonio Bayona (USA)
Avec Chris Pratt, Bryce Dallas Howard, James Cromwell,
Rafe Spall, Justice Smith, B.D. Wong, Jeff Goldblum
Dans la foulée du succès de Jurassic Park, une séquelle avait inévitablement été mise en chantier en s’appuyant sur un concept scénaristique simpliste : une mission de sauvetage obligeant les héros à retourner sur l’île aux dinosaures. C’était Le Monde Perdu, qui portait certes par moment la patte de Steven Spielberg mais se distinguait surtout par sa vacuité et sa nature à peine camouflée de pur produit dérivé. Par un étrange effet de miroir, ce Fallen Kingdom opère de manière tout à fait similaire au regard du premier Jurassic World. Même les « nouveautés » (la chasse aux dinosaures, le surgissement des monstres dans la civilisation) reprennent le schéma du Monde Perdu.
Dans la foulée du succès de Jurassic Park, une séquelle avait inévitablement été mise en chantier en s’appuyant sur un concept scénaristique simpliste : une mission de sauvetage obligeant les héros à retourner sur l’île aux dinosaures. C’était Le Monde Perdu, qui portait certes par moment la patte de Steven Spielberg mais se distinguait surtout par sa vacuité et sa nature à peine camouflée de pur produit dérivé. Par un étrange effet de miroir, ce Fallen Kingdom opère de manière tout à fait similaire au regard du premier Jurassic World. Même les « nouveautés » (la chasse aux dinosaures, le surgissement des monstres dans la civilisation) reprennent le schéma du Monde Perdu.
La prestation
fugace de Jeff Goldblum résume à elle-seule la futilité de cette séquelle. Son
personnage n’apparaît qu’en début et en fin de métrage pour délivrer quelques
phrases sentencieuses servant surtout à alimenter les bandes-annonces. Dans Le Monde Perdu, il avait au moins
l’honnêteté de bailler à s’en décrocher la mâchoire lors de sa première apparition
devant un faux panorama tropical, comme pour mieux révéler le cynisme et le
désenchantement ayant présidé à la mise en production de la première séquelle
de Jurassic Park. Ici, on se
contente d’un postulat absurde (l’île sur laquelle a été bâti le parc est
menacée d’un cataclysme naturel, donc il faut partir sauver les dinosaures)
pour relancer Chris Pratt et Bryce Dallas Howard sur les traces des grands
sauriens.
Dès les premières péripéties, on sent bien que quelque chose cloche
dans le film : les motivations des personnages sont incompréhensibles, les
deux jeunes faire-valoir dont on les affuble nous insupportent (notamment
l’espèce de sosie de Kev Adams qui incarne avec une lourdeur éléphantesque un
informaticien trouillard), les éruptions volcaniques à répétition sont à peu près
aussi crédibles que celles de Voyage au
Centre de la Terre 2 (oui, celui avec The Rock) et même les hordes de
dinosaures sont bâclées (la cavalcade du King Kong de Peter Jackson n’est pas loin). Juan Antonio Bayona est pourtant un
cinéaste de talent dont l’amour des monstres n’est plus à prouver, mais il nous
semble ici incapable de se dépêtrer de ce script anémique validé par des
dizaines d’exécutifs d’Universal. Pour tenter de sauver les meubles, il rend
hommage chaque fois qu’il le peut au cinéma de Spielberg et notamment à la saga Indiana Jones, Chris Pratt calquant
ses mimiques sur celles d’Harrison Ford et Michael Giacchino imitant les
marches militaires de John Williams.
Le film se rattrape en partie lors de son
dernier acte, notamment grâce à son nouveau dinosaure vedette, une sorte de
vélociraptor quadrupède géant qui semble avoir bénéficié de beaucoup plus de
soins que la majorité de ses congénères et
déploie sa férocité dans des séquences de suspense à l’efficacité
indiscutable. Mais à ce stade du récit, l’intérêt des spectateurs a tant été
émoussé que l’impact des séquences en question n’est pas aussi fort qu’il le
faudrait, d’autant que les hommages appuyés au premier Jurassic Park (la scène des raptors dans la cuisine et le climax en
équilibre sur les squelettes sont ici fusionnés en une seule séquence)
amenuisent souvent l’effet de surprise et nous laissent sur notre faim.
© Gilles Penso
Thema: DINOSAURES

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