The Endless
de Aaron
Moorhead et Justin Benson (USA)
Avec Aaron
Moorhead, Justin Benson, Leal Naim, Thomas R. Burke, David Clarke Lawson Jr
Depuis leurs débuts
communs derrière la caméra, Aaron Moorhead et Justin Benson se sont révélés
être deux cinéastes à suivre de très près. Rares exemples de réalisateurs ayant
parfaitement réussi le mariage du cinéma indépendant à petit budget et du film
de genre à mi-chemin entre l’horreur et la science-fiction, les duettistes sont
en train de bâtir une filmographie passionnante. Leur premier long-métrage, Résolution, transformait une situation
absurde et comique en huis-clos terrifiant. Après cette première réussite, ils
enchaînaient sur Spring, une romance
pleine de fraîcheur et de spontanéité basculant progressivement dans un
fantastique pur imprégné des écrits de H.P. Lovecraft.
Avec The Endless, ils continuent de creuser
ce sillon singulier. Le film s’intéresse à deux frères sans le sou recevant un
jour une cassette vidéo qui émane visiblement de la secte où ils ont grandi et
d’où ils se sont enfuis pour échapper à un suicide collectif. Or apparemment
celui-ci n’a jamais eu lieu. Pleins de doutes, regrettant presque cette vie
passée qui leur semblait plus harmonieuse que celle qu’ils connaissent
actuellement, faite d’expédients et de petits boulots, ils décident de revenir
sur place le temps d’une journée. Lorsqu’ils retrouvent la secte qui les avait
jadis accueillis, rien ne semble avoir changé, du moins en apparence…
Avec un
budget toujours aussi anémique, Aaron Moorhead et Justin Benson réalisent des
miracles en occupant quasiment tous les postes clés eux-mêmes, devant et
derrière la caméra. The Endless est un
film ambitieux, sensible, surprenant, parfois spectaculaire, gorgé d’idées de
mise en scène étonnantes, et révélant sans la montrer totalement la présence d’une
entité monstrueuse toute-puissante. « Notre
film traite de l’inconnu et de l’acceptation de choses impalpables », explique Aaron Moorhead. « Or si vous voyez la créature, elle
ne vous est plus inconnue. Elle a un corps et devient tangible. Même si vous
faites appel aux meilleurs designers et aux meilleurs créateurs d’effets spéciaux,
vous perdez cet aspect crucial du récit : le monstre est effrayant parce
que sa nature exacte nous est inconnue. » (1)
Le thème de la boucle temporelle s’installe dans le scénario jusqu’au
vertige et – fait suffisamment rare pour être noté – échappe à toute redite au
regard des nombreux films ayant par le passé abordé un thème similaire. « Nous nous sommes beaucoup
questionnés sur la place de l’humain dans l’univers, et le fruit de ces
interrogations a nourri l’écriture du scénario », explique Justin Benson. « Nous avons alimenté cette notion de boucle temporelle en essayant
de gommer toutes les incohérences. » (2) Etonnamment, The Endless se
révèle en cours de route être une sorte de crossover de Resolution, les deux films se rencontrant le temps d’une séquence
déstabilisante qui sera malgré tout parfaitement compréhensible pour ceux qui
ne connaissent pas le premier long-métrage de Moorhread et Benson. Au-delà de
sa mécanique science-fictionnelle, The
Endless s’attache à brosser une relation fraternelle fragile et touchante,
portée par le jeu subtil et tout en retenue de deux réalisateurs aux talents
décidément multiples.
(1) et (2) Propos recueillis par votre serviteur en septembre 2017
© Gilles Penso