Frankenstein 90
de Alain Jessua (France)
Avec Eddy
Mitchell, Jean Rochefort, Fiona Gélin, Herma Vos, Ged Marlon, Anna Gaylor,
Serge Marquand, Dirk Altevogt
Alain
Jessua a toujours flirté de près ou de loin avec le fantastique et la
science-fiction, comme en témoignent Traitement de Choc, Les Chiens ou Paradis pour Tous. Le voir s’investir
dans une relecture du thème de Frankenstein procédait donc presque d’une
continuité logique. Mais le réalisateur a pris le parti du pastiche, et depuis
Mel Brooks la barre a été placé particulièrement haut. Comme on pouvait le
craindre, Frankenstein 90
n’atteint pas vraiment ses objectifs, malgré quelques choix artistiques
judicieux et surtout un casting franchement séduisant.
Le docteur Victor
Frankenstein (Jean Rochefort !) fabrique une créature d'autant plus
perfectionnée qu'il a inséré dans son cerveau un microprocesseur. Mais hélas,
bien qu'assez sexy, le nouveau monstre (Eddy Mitchell !!) ne peut
s'empêcher de tuer quelques personnes par-ci, par-là. Pour éviter des ennuis à
son maître, il prend la fuite, bientôt rejoint par Elizabeth (Fiona Gélin), la
propre fiancée et assistante du professeur Frankenstein, qui n'a pu résister à
l'attrait irrésistible de l'étrange créature, ayant troqué les bottes
orthopédiques et la bure élimée de Boris Karloff contre un jean et un sweat
shirt plus adaptés au look du sympathique rocker français. Afin d'assouvir la
sexualité délirante du monstre, le professeur construit alors une femelle… dont
il tombe lui-même éperdument amoureux.
Le titre du film, qui anticipe
légèrement sur les années 90, évoque celui de Frankenstein 70 réalisé en 1958. Cette similitude dans les
appellations n'est pas tout à fait innocente, dans la mesure où les deux films
mâtinent le thème du docteur Frankenstein d'un peu de science-fiction
futuriste, l'énergie atomique du premier film ayant ici cédé le pas aux
circuits intégrés électroniques. Cela dit, la ressemblance avec la série B
horrifique d’Howard Koch s'arrête là. Malgré ses affinités manifestes avec le genre fantastique, Alain Jessua ne l'aborde ici que timidement, maladroitement, sans conviction apparente. Et la qualité de Frankenstein
90 s'en ressent. Contrairement au magistral Frankenstein Junior de Mel Brooks, cette comédie pataude ne rend
pas un hommage parodique au mythe mais le détourne simplement pour accumuler des gags et des quiproquos vaudevillesques.
Pourtant, l'idée d'Eddy
Mitchell en monstre et du brillant Jean Rochefort en baron Frankenstein était
réjouissante, et les maquillages de Reiko Kruk et Dominique Colladant (qui
avaient donné à Klaus Kinski la tête de Max Schreck dans Nosferatu Fantôme de la Nuit) sont très réussis, presque trop par
rapport au niveau général du film. Ils nous gratifient d'un Eddy-Franck
subtilement balafré, d'un ancêtre du monstre aux allures karloffiennes, et
d'androïdes au front démesuré qui se liquéfient de fort impressionnante
manière. « La prothèse est toujours
préférable au masque entier », nous explique Reiko Kruk à propos du
maquillage de Mitchell. « Car sous
le masque, le jeu du comédien s’efface complètement. La prothèse, au contraire,
permet de mêler la présence de l’acteur avec une force venue d’ailleurs » (1).
L'affiche du film cultivait la célèbre confusion entre le monstre et son
créateur, annonçant Jean Rochefort dans le rôle de « Victor » et Eddy
Mitchell dans celui de « Frankenstein ».
(1) Propos recueillis par votre serviteur.
(1) Propos recueillis par votre serviteur.
© Gilles Penso
Thema: FRANKENSTEIN