(Carriers)
de David et Alex Pastor (USA)
avec Lou Taylor Puci, Chris Pine, Piper Perabo, Emily VanCamp,
Christopher Meloni, Kiernan Shipka, Ron McClary, Mark Moses
Depuis le choc que Danny Boyle nous asséna avec 28
Jours plus Tard, les contaminés n’en finissent plus d’envahir les écrans. Mais Infectés
se démarque de cette cohorte contagieuse par la teneur de son propos et
sa
tonalité générale. Au lieu d’opter pour la surenchère, Alex et David
Pastor, qui réalisent là leur premier long-métrage, évacuent toute
référence à George Romero et Richard Matheson pour nous
offrir un « road movie post-apocalyptique intimiste ». Les
duettistes ont tout de même une influence cinématographique apparente : Mad Max 2 auquel ils rendent hommage dès les premières minutes par l’entremise du tag « The Road Warrior »
ornant fièrement le capot de la voiture des héros.
Lorsqu’Infectés
commence, un virus mortel s’est déjà installé partout. L’intrigue se
centre donc sans
préambule sur deux jeunes couples taillant la route en quête
d’essence, de nourriture et d’un éden hypothétique. Chris Pine et Lou
Taylor Pucci incarnent Brian et Danny, deux frères extrêmement
dissemblables mais liés par une forte complicité, comme en
témoignent ces extraits de films super 8 évoquant furtivement une
enfance heureuse et désinvolte. Leurs compagnes d’infortune sont
interprétées par Piper Perabo et Emily VanCamp, deux filles de
générations et de caractères divergents, dont la personnalité va
progressivement s’affirmer face à l’adversité. C’est sur une plage
du golfe du Mexique, celle où Brian et Danny vécurent leurs vacances
insouciantes, que les quatre jeunes gens comptent couler des jours
paisibles en attendant une éradication présumée du fléau.
Leur route sera semée de rencontres imprévues et de choix qui
risquent de les marquer à tout jamais.
Aucun monstre ne vient hanter Infectés,
les gens frappés par le virus n’étant que de tristes victimes
condamnées à se décomposer lentement dans d’atroces souffrances. Le
schéma habituel du film de zombies n’est donc pas de mise. La
monstruosité est pourtant omniprésente dans le métrage, à travers
le comportement qu’adoptent les survivants – souvent à contrecœur –
dans l’espoir souvent vain d’attiser le plus longtemps possible
l’étincelle de leur sinistre existence. Voila toute la richesse
et la complexité de cette remarquable première œuvre, qui s’affirme
comme un véritable coup de maître. Dans Infectés, la menace réside en chacun de nous, non sous forme d’une
mutation ou d’une métamorphose incontrôlable, mais via un instinct de survie bafouant allégrement tout code moral.
La culpabilité, l’hypocrisie, l’égoïsme, le sens du sacrifice, les crises de conscience sont au cœur d’un récit désespérément
universel. Pourtant, Infectés ne se complaît pas
dans la noirceur ou le misérabilisme. La dynamique du « road movie »
insuffle au métrage une énergie positive qui ne le
prive jamais de ses vertus divertissantes. Les kilomètres défilent
donc à travers le désert, tandis que l’innocence des protagonistes
s’estompe et que leurs liens s’étiolent. Infectés
est aussi le portrait désenchanté d’un couple fraternel partagé
entre la connivence et les discordances, le réalisme de leurs relation
ayant probablement été alimenté par les souvenirs communs
des deux réalisateurs.
© Gilles Penso
Thema: Mutants
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