mercredi 10 octobre 2018

1993 - UN JOUR SANS FIN

Groundhog Day

De Harold Ramis (USA)
Avec Bill Murray, Andie MacDowell, Chris Elliott, Stephen Tobolowsky, Brian Doyle-Murray

Un Jour sans fin appartient à cette catégorie précieuse de films qui provoquent une bonne humeur immédiate, communicative et durable. Le scénario s’appuie sur une idée tellement insolite qu’elle aurait pu servir de base à un épisode de La Quatrième Dimension. Phil Connors (Bill Murray, inoubliable héros pince sans rire de S.O.S. Fantômes) présente la météo sur une chaîne câblée de la télévision américaine. Ses agitations devant un fond bleu et ses prévisions sur les humeurs du ciel sont inscrites dans une routine où la passion a disparu au profit du cynisme et de la roublardise. Cette routine prévoit également un séjour annuel à Punxsutawney, une petite bourgade qui célèbre tous les 2 février le « jour de la marmotte ». Phil part donc s’acquitter sans enthousiasme de son reportage, en compagnie de son caméraman (Chris Elliott) et de sa nouvelle productrice Rita (l’irrésistible Andy McDowell). La journée se déroule selon un schéma habituel, mais après le reportage, un blizzard se lève et oblige le trio à passer une nuit supplémentaire sur place. Le lendemain matin, Phil découvre avec stupeur que la journée de la veille recommence. Dès lors, sans qu’il comprenne pourquoi, il va revivre inlassablement ce 2 février à Punxsutawney. 

Le concept du protagoniste coincé dans une boucle temporelle est devenu depuis longtemps un motif classique du cinéma de science-fiction, décliné sous des formes aussi variées que Retroaction, Source Code, Edge of Tomorrow, Happy Birthdead ou The Endless. Mais à l’époque d’Un Jour sans fin, le terrain était vierge dans ce domaine, du moins à l’écran, et le fait que ce soit une comédie – et non une fable de SF pure et dure – qui donne au genre ses premières lettres de noblesse offre un nouveau sens au terme « comique de répétition ». Le principe de la redite inlassable permet de faire passer le héros par tous les états d’âme possibles et imaginables, de  l’incrédulité à la stupéfaction en passant par la lassitude, l’inquiétude, la déprime, l’opportunisme ou le sentimentalisme. Attiré par Rita, Phil tente de la séduire. Mais, tel Sisyphe ou les Danaïades condamnés à recommencer éternellement leur labeur dans les Enfers de la mythologie, il voit ses efforts réduits au néant lorsque, chaque matin, la journée recommence à son point de départ et que Rita a tout oublié. 

Même si tout ici est prétexte à faire rire le spectateur, les implications psychologiques de cet éternel recommencement – qui n’est pas sans évoquer certains exercices de style d’Alain Resnais - sont passionnantes, et Harold Ramis sait éviter la moralisation qui menace parfois de poindre à l’horizon. Scénariste et acteur (il partagea justement la vedette avec Murray et Dan Aykroyd dans S.O.S. Fantômes), Ramis avait jusqu’alors signé des comédies sympathiques mais guère promises à la postérité : Caddyshack, Bonjour les Vacances et Club Paradise. Mais avec Un Jour Sans Fin, ce fut la consécration immédiate. Le film aurait même tendance à se bonifier en vieillissant, la justesse de jeu du couple vedette et la mise en scène ciselée de Ramis étant – comme le film lui-même – atemporels.

© Gilles Penso

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