lundi 24 septembre 2018

2018 - THE PREDATOR

de Shane Black (USA)
Avec Boyd Holbrook, Olivia Munn, Trevante Rhodes, Jacob Tremblay, Keegan-Michael Key, Thomas Jane, Jake Busey

Une voute spatiale aussi tourmentée que la nébuleuse de Mutara dans Star Trek 2, un vaisseau qui traverse le cosmos comme ceux des space-opera post­-Star Wars, une partition symphonique dont l’emphase cherche à retrouver les envolées de John Williams, Jerry Goldsmith et James Horner… Dès son entrée en matière, The Predator affirme sa volonté explicite de s’inscrire dans une atmosphère héritée du cinéma de science-fiction des années 80-90. En ce sens, il semble vouloir se montrer fidèle à ses deux modèles séminaux : le Predator de John McTiernan et la séquelle de Stephen Hopkins. 

S’il se situe à notre époque, le film de Shane Black se positionne donc comme une suite directe des deux premiers Predator, auxquels le scénario se réfère régulièrement en évoquant les événements survenus successivement en 1987 et 1997. Pour autant, ce Predator ne cherche pas spécialement à caresser les fans dans le sens du poil, en dépit d’un prologue situé en pleine jungle, comme pour mieux imiter le cadre sauvage et primaire de l’œuvre de Mc Tiernan. Shane Black a en effet pour habitude de détourner les franchises qu’on lui confie pour mieux les dynamiter de l’intérieur. Iron Man 3 en est le meilleur exemple. N’y voyait-on pas Tony Stark pulvériser en un gigantesque feu d’artifice l’intégralité de ses armures high-tech et de son laboratoire ? Cette insolence caractéristique du scénariste de L’Arme Fatale et Last Action Hero est cependant tempérée par son co-scénariste Fred Dekker, dont l’amour pour le cinéma de genre à l’ancienne transparaissait dès son premier long-métrage Night of the CreepsLes deux hommes avaient déjà écrit à quatre mains le script de Monster Squad qui témoignait déjà d’étonnantes ruptures de ton. 

Or c’est justement ce mélange de tons – tour à tour irrévérencieux et respectueux – qui fait toute la singularité de The Predator. Le respect des conventions établies dans les deux films originaux passe par une bande originale d’Henry Jackman reprenant avec fidélité les thèmes et les orchestrations d’Alan Silvestri, une utilisation intensive d’effets animatroniques créés par l’équipe surdouée d’Amalgamated Dynamics, un protagoniste dur à cuire s’affirmant comme un adversaire de poids face à la menace d’outre-espace et une violence débridée qui n’hésite pas à accumuler les corps mutilés et les morts brutales. La présence même de l’acteur Jake Busey dans le rôle du scientifique Keyes est référentielle, puisqu’il joue le fils du personnage qu’incarnait son propre père Gary Busey dans Predator 2

Mais The Predator joue aussi la carte de l’autodérision. Les « héros » sont donc une escouade de militaires déficients mentalement et les dialogues désamorcent les situations les plus critiques (l’un des personnages compare même le look du monstre à celui de Whoopi Goldberg !). Quant au personnage féminin principal, c’est un pastiche à lui tout seul, la jolie scientifique se muant sans aucune explication en tireur d’élite de haut niveau et en championne de combats à mains nues. Avec ses nombreuses libertés de ton et son final qui semble cligner de l’œil vers Iron Man, The Predator s’avère un peu déstabilisant, mais face au marasme artistique dans lequel a sombré la franchise depuis le début des années 2000, ce petit grain de folie s’avère finalement rafraichissant.

© Gilles Penso

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